Que penser de la série évènement “La servante écarlate” ?

 

Avec huit trophées sur treize nominations dont celui de la meilleure série dramatique, The Handmaid’s Tale était l'attraction principale de la 69e cérémonie des Emmy Awards. Cette série d’anticipation nous plonge au cœur d’une nation qui a basculé dans le totalitarisme. Les femmes n’y ont plus le droit de lire et vivent en esclaves, réduites à leur seule fonction reproductrice. Une dystopie haletante qui s’impose comme l’une des pépites de l’année.

 

Par Olivier Joyard

2017 MGM Television Entertainment INC. And Relentless Productions LLC. Tous droits réservés.

Les meilleures séries peuvent créer de véritables ondes de choc sur le globe, une fascination collective qui se propage sur la Toile depuis les écrans du monde entier. C’est le cas de The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate. La raison principale tient à l’ombre qui plane sur chaque épisode de la première saison. Une ombre qui fait peur et que chacun sent aujourd’hui dans son dos.

 

Elles n’ont pas le droit de lire. Le viol fait partie de leur quotidien.

 

Adaptée d’un roman d’anticipation de la Canadienne Margaret Atwood paru en 1985, la série arpente un univers dystopique où un État théocratique à tendance fasciste – la république de Gilead – a instauré de nouvelles règles qui asservissent en priorité les femmes. Alors que le taux de natalité est devenu extrêmement bas, celles qui sont encore capables d’avoir des enfants deviennent des esclaves au service de riches couples en mal de fertilité. Elles portent un ensemble rouge et un chapeau blanc obligatoires. Elles n’ont pas le droit de lire. Le viol fait partie de leur quotidien. Ce qui leur reste ? De rares conversations avec des partenaires de souffrance dont elles doivent se méfier – la délation est encouragée – et la possibilité de se parler à elles-mêmes, dans le secret de leur esprit.

 

C’est l’une de ces jeunes opprimées que la série propose de suivre, au sens propre du terme, puisque nous ne la quittons pas, ou presque, enchaînés à ses frustrations et aux violences qu’elle subit. Interprétée par Elisabeth Moss (Mad Men, Top of The Lake), elle s’appelait June il y a encore quelques mois. Elle répond désormais au nom d’Offred, pour signifier qu’elle appartient à son maître Fred. Elle passe du dénuement à la rage en un instant avec une fluidité totale. Nous entendons sa voix off, nous scrutons sa peau tendue par l’angoisse : l’incarnation d’une souffrance se joue devant nos yeux. Une souffrance dont nous ressentons nous-mêmes l’écho.

2017 MGM Television Entertainment INC. And Relentless Productions LLC. Tous droits réservés.

Sans détourner les yeux, The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate décrit un monde qui ressemble au nôtre, même s’il est encore juste à côté.

 

La création de Bruce Miller, dont les trois premiers épisodes ont été réalisés par Reed Morano, appartient au genre finalement assez peu répandu de la fable politique. Dans The Handmaid’s Tale… le contrôle des corps et des têtes n’est pas une possibilité, mais une réalité. De manière très fine, la série tisse une toile narrative qui donne la sensation exacte du moment où quelques personnes, puis un pays, égarent en route leur liberté. Quelques flash-back émouvants montrent OffredJune quand elle était encore une jeune femme capable de profiter du soleil avec ses amis ou sa famille, puis le basculement vers le moment où l’inquiétude s’est immiscée dans son regard. Elle a fini par perdre son mari, assassiné par le pouvoir, puis son jeune fils, enlevé sous ses yeux. Les scènes situées dans le présent, alors que la société a déjà basculé, semblent appartenir à un passé obsolète. Dans la réalité tragique de la république de Gilead, tout est devenu gris, régressif et potentiellement dangereux. Le regret des lumières d’avant n’en est que plus fort. Sans détourner les yeux, The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate décrit un monde qui ressemble au nôtre, même s’il est encore juste à côté. En dénouant les ressorts des tentations autoritaires actuelles, la série veut montrer qu’une oppression finit toujours par trouer le cœur d’une société, au-delà des premières victimes concernées. Il se pourrait bien que l’on tienne la série de l’année.

 

The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate, depuis le 27 juin sur OCS max.