Le peintre déclare sa flamme à la cigarette.

 

Ça fait cinquante-quatre ans que je fume et, franchement, je suis en pleine forme. Je n’ai d’ailleurs pas l’intention d’arrêter. En fait, je trouverais ça incroyablement difficile de travailler sans cigarettes. Fumer me permet de garder mon calme. Dans les années 60, quand des artistes ou des architectes tels que Frank Lloyd Wright donnaient des interviews à la télévision, ils fumaient tous cigarette sur cigarette ! C’était génial. Si vous regardez des images d’archives de la mort de Kennedy, vous verrez que les présentateurs des infos fument tous, eux aussi. C’était un autre monde !

 

J’adorais New York à l’époque, on pouvait y fumer n’importe quoi et n’importe où. Il y avait une grande liberté. De nos jours, on n’a même plus le droit d’en griller une. Les New-Yorkais sont devenus de vrais moutons, terriblement conformistes. J’ai cessé de m’y rendre parce que je ne me voyais pas aller dans une fête où tout le monde boit de l’eau, prend du Prozac et te tombe dessus dès que tu fais mine d’allumer une cigarette. Mais ce n’est pas tellement mieux en Angleterre. A l’heure actuelle, avec l’interdiction, on n’a même plus le droit de fumer dans les pubs ! Le seul endroit où j’ai eu le droit de fumer, c’était à Clarence House [résidence officielle du prince Charles] lors d’un dîner. C’était formidable. J’ai également lu dans la presse que la reine autorise la cigarette lors des déjeuners à Buckingham Palace. La reine ne s’octroie évidemment pas le droit d’interdire à ses invités de fumer, elle est bien trop polie. Ce que je redoute, c’est que les gens finissent par rester chez eux et se mettent à consommer de la drogue. C’est exactement ce qui se passe en Californie à l’heure actuelle : environ 40 % des spots télé font la réclame pour des médicaments. C’est par eux qu’on va remplacer le tabac.

 

J’en ai affreusement marre des campagnes antitabac. Et cette manie d’écrire “Fumer tue” sur les paquets de cigarettes ? Oui, eh bien la vie tue ! Et alors ? Ça transforme les fumeurs en criminels. Il existe une manière équilibrée de s’y prendre : donner le choix aux gens, par exemple. C’est une liberté pour laquelle nous nous sommes battus pendant des siècles, et ces cuistres bien-pensants la bradent ! Quand j’étais jeune, il était illégal d’être gay, maintenant il est illégal de fumer. J’ai toujours été en marge. Mais ça ne m’empêche pas de vivre.

 

[Archives Numéro Homme n°21 printemps été 2011]