Si cinq siècles séparent le peintre italien Michel-Ange (1475-1564) et le vidéaste américain Bill Viola désormais âgé de 68 ans, les deux artistes partagent de nombreux points communs. Leur questionnement existentiel sur la condition humaine, le caractère éphémère de la vie, la nature de l’être et l'idée d'une réincarnation, est similaire. Voyage immersif à travers les cycles de la vie, cette exposition s’intéresse au tumulte de l’existence et à la possibilité d’une renaissance. Bien que les deux artistes aient travaillé sur des supports bien différents, cette première exposition de la Royal Academy dédiée à l’art vidéo fait naître un dialogue artistique entre les 12 installations vidéo de Bill Viola réalisées entre 1977 et 2013 et les 15 œuvres de Michel-Ange comprenant quatorze dessins complètement terminés et son fameux bas-relief Tondo Taddei.

 

C'est dans les années 1970 que Bill Viola découvre les chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne à Florence. Bien plus tard, en 2006, il aura aussi une sorte de révélation en visitant la “Print Room” du château de Windsor, dans laquelle se trouvent les dessins de Michel-Ange qu’il ne connaissait qu’en reproductions. On peut dire que c'est cette visite qui est à l’origine de l’exposition londonienne Bill Viola/Michelangelo. “Lors de mes voyages et de mes expériences, tout d’abord à Florence puis principalement dans des cultures non-occidentales, j’ai commencé à prendre conscience de l’existence d’une tradition plus profonde, un mouvement sous-jacent reliant les époques et les cultures… une ancienne tradition spirituelle qui s’intéresse à la conscience de soi”, a déclaré Bill Viola. À travers son média, le vidéaste s'intéresse particulièrement à l'aspect émotionnel cherchant à susciter l'empathie du spectateur avec l'œuvre. Il est l’un des premiers artistes à avoir utilisé le support vidéo pour créer des œuvres magistrales : l’installation sur cinq écrans Five Angels and the Millenium (2001), l’installation monumentale Fire Woman (2005) et Tristan’s Ascension, représentant des corps qui tombent pour évoquer le dernier voyage du corps, vers les ténèbres ou vers la lumière.

 

Les dessins réalisés par Michel-Ange dans les trente-cinq dernières années de sa vie figurent, eux, le corps, comme un sanctuaire abritant l’âme éternelle (images religieuses de la Vierge à l’Enfant, de la Résurrection et de la Crucifixion évoquant le rapport à la mort et à l'éternité), offrent des métaphores de la condition humaine ou explorent des allégories de conflits existentiels.

 

La scénographie de l'exposition crée un dialogue ininterrompu entre les deux artistes, notamment sur le paradoxe de la mort au cœur de la vie. C’est notamment le cas avec La Vierge à l'enfant avec saint Jean-Baptiste, dit Tondo Taddei (env. 1504-05), sculpture dans laquelle Michel-Ange dépeint Jean-Baptiste enfant tenant un oiseau voletant, devant lequel le Christ enfant recule, saisi d'effroi. Cette scène traduit l’annonce du sacrifice ultime de celui-ci sur la croix. Elle est ici présentée aux côtés de The Messenger (1996) de Bill Viola, qui utilise la métaphore de l’eau pour présenter le cycle éternel de la naissance, de la vie et de la mort.

 

L’exposition “Bill Viola/ Michelangelo” sera présentée à la Royal Academy of Arts de Londres du 26 janvier au 31 mars 2019.