Le plasticien traque le vent sur son anémomètre.

 

Mon ami Jean-Olivier Després, qui apprécie mon travail, m’a offert l’anémomètre de son grand- père. Il savait que cet instrument, qui sert à mesurer la vitesse du vent, serait susceptible de m’intéresser. Et il avait raison. J’aime l’immatérialité du vent. Il est là, il est sensible, il a un impact, mais on ne le voit pas. Le vent dégage une certaine élégance. C’est une énergie douce, porteuse de progrès. Dans l’avenir, je suis certain qu’on tractera des bateaux à l’aide de cerfs-volants. J’ai immédiatement su qu’il s’agissait d’un anémomètre, mais je n’ai pas tout de suite compris comment on l’installait sur un voilier, ni comment on le reliait à un compteur. J’aime observer un objet afin d’en déduire ses fonctions. Je pense d’ailleurs que sa dimension technique est intimement liée à son esthétique. Quand un objet est juste, il gagne en beauté.

 

Je tire ces réflexions d’une théorie enseignée au Bauhaus selon laquelle la forme d’un objet est définie par sa fonction. Cette idée rejoint celle de Bruno Latour [sociologue, anthropologue et philosophe des sciences] : pour lui, les objets sont également définis par un aspect anthropomorphique – le corps de l’homme –, auquel s’ajoute une dimension sociale et économique. Toutes les choses qui nous entourent sont caractérisées par ces champs de force, comme le siège où l’on était assis qui garde une empreinte négative du corps.
L’anémomètre, quant à lui, doit tendre vers le plus de neutralité possible. Il doit mesurer la vitesse du vent sans pour autant la freiner. Il doit être mobile, léger et facile à mettre en mouvement. Quand je le prends dans mes mains et que je tourne sur moi-même, les aiguilles du cadran bougent instantanément, preuve de son efficacité. Son élégance provient de cette sensibilité, une qualité que j’apprécie autant chez l’homme que chez l’objet.

 

J’ai une fascination pour tout ce qui est cosmique. L’anémomètre m’intéresse beaucoup parce qu’il accomplit, comme les planètes, un mouvement de rotation. Ce cycle répétitif cache une grande idée philosophique : celle de la révolution. La Terre, les astres, les étoiles sont en mouvement les uns par rapport aux autres et en même temps dans une espèce de chute perpétuelle. Certaines de mes œuvres, dont mes mobiles en forme de sphère et mes machines tournantes, possèdent une configuration similaire à celle de mon anémomètre. Cet instrument ressemble également à une pièce que j’ai intitulée La Turbine parce qu’elle me rappelle l’intérieur d’un réacteur. Elle mesure trois mètres cinquante de diamètre et est suspendue au plafond. On pouvais la voir à la Galerie Perrotin dans le cadre d’Orchestre, mon exposition solo de novembre 2011.

 

[Archives Numéro Homme automne-hiver 2011-2012]