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L'obsession de Xavier Veilhan pour son… anémomètre

Art

Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges.

Photo par Pierre Even.

Le plasticien traque le vent sur son anémomètre.

 

Mon ami Jean-Olivier Després, qui apprécie mon travail, m’a offert l’anémomètre de son grand- père. Il savait que cet instrument, qui sert à mesurer la vitesse du vent, serait susceptible de m’intéresser. Et il avait raison. J’aime l’immatérialité du vent. Il est là, il est sensible, il a un impact, mais on ne le voit pas. Le vent dégage une certaine élégance. C’est une énergie douce, porteuse de progrès. Dans l’avenir, je suis certain qu’on tractera des bateaux à l’aide de cerfs-volants. J’ai immédiatement su qu’il s’agissait d’un anémomètre, mais je n’ai pas tout de suite compris comment on l’installait sur un voilier, ni comment on le reliait à un compteur. J’aime observer un objet afin d’en déduire ses fonctions. Je pense d’ailleurs que sa dimension technique est intimement liée à son esthétique. Quand un objet est juste, il gagne en beauté.

 

Je tire ces réflexions d’une théorie enseignée au Bauhaus selon laquelle la forme d’un objet est définie par sa fonction. Cette idée rejoint celle de Bruno Latour [sociologue, anthropologue et philosophe des sciences] : pour lui, les objets sont également définis par un aspect anthropomorphique – le corps de l’homme –, auquel s’ajoute une dimension sociale et économique. Toutes les choses qui nous entourent sont caractérisées par ces champs de force, comme le siège où l’on était assis qui garde une empreinte négative du corps.
L’anémomètre, quant à lui, doit tendre vers le plus de neutralité possible. Il doit mesurer la vitesse du vent sans pour autant la freiner. Il doit être mobile, léger et facile à mettre en mouvement. Quand je le prends dans mes mains et que je tourne sur moi-même, les aiguilles du cadran bougent instantanément, preuve de son efficacité. Son élégance provient de cette sensibilité, une qualité que j’apprécie autant chez l’homme que chez l’objet.

 

J’ai une fascination pour tout ce qui est cosmique. L’anémomètre m’intéresse beaucoup parce qu’il accomplit, comme les planètes, un mouvement de rotation. Ce cycle répétitif cache une grande idée philosophique : celle de la révolution. La Terre, les astres, les étoiles sont en mouvement les uns par rapport aux autres et en même temps dans une espèce de chute perpétuelle. Certaines de mes œuvres, dont mes mobiles en forme de sphère et mes machines tournantes, possèdent une configuration similaire à celle de mon anémomètre. Cet instrument ressemble également à une pièce que j’ai intitulée La Turbine parce qu’elle me rappelle l’intérieur d’un réacteur. Elle mesure trois mètres cinquante de diamètre et est suspendue au plafond. On pouvais la voir à la Galerie Perrotin dans le cadre d’Orchestre, mon exposition solo de novembre 2011.

 

[Archives Numéro Homme automne-hiver 2011-2012]

 

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    Ça fait cinquante-quatre ans que je fume et, franchement, je suis en pleine forme. Je n’ai d’ailleurs pas l’intention d’arrêter. En fait, je trouverais ça incroyablement difficile de travailler sans cigarettes. Fumer me permet de garder mon calme. Dans les années 60, quand des artistes ou des architectes tels que Frank Lloyd Wright donnaient des interviews à la télévision, ils fumaient tous cigarette sur cigarette ! C’était génial. Si vous regardez des images d’archives de la mort de Kennedy, vous verrez que les présentateurs des infos fument tous, eux aussi. C’était un autre monde !

     

    J’adorais New York à l’époque, on pouvait y fumer n’importe quoi et n’importe où. Il y avait une grande liberté. De nos jours, on n’a même plus le droit d’en griller une. Les New-Yorkais sont devenus de vrais moutons, terriblement conformistes. J’ai cessé de m’y rendre parce que je ne me voyais pas aller dans une fête où tout le monde boit de l’eau, prend du Prozac et te tombe dessus dès que tu fais mine d’allumer une cigarette. Mais ce n’est pas tellement mieux en Angleterre. A l’heure actuelle, avec l’interdiction, on n’a même plus le droit de fumer dans les pubs ! Le seul endroit où j’ai eu le droit de fumer, c’était à Clarence House [résidence officielle du prince Charles] lors d’un dîner. C’était formidable. J’ai également lu dans la presse que la reine autorise la cigarette lors des déjeuners à Buckingham Palace. La reine ne s’octroie évidemment pas le droit d’interdire à ses invités de fumer, elle est bien trop polie. Ce que je redoute, c’est que les gens finissent par rester chez eux et se mettent à consommer de la drogue. C’est exactement ce qui se passe en Californie à l’heure actuelle : environ 40 % des spots télé font la réclame pour des médicaments. C’est par eux qu’on va remplacer le tabac.

     

    J’en ai affreusement marre des campagnes antitabac. Et cette manie d’écrire “Fumer tue” sur les paquets de cigarettes ? Oui, eh bien la vie tue ! Et alors ? Ça transforme les fumeurs en criminels. Il existe une manière équilibrée de s’y prendre : donner le choix aux gens, par exemple. C’est une liberté pour laquelle nous nous sommes battus pendant des siècles, et ces cuistres bien-pensants la bradent ! Quand j’étais jeune, il était illégal d’être gay, maintenant il est illégal de fumer. J’ai toujours été en marge. Mais ça ne m’empêche pas de vivre.

     

    [Archives Numéro Homme n°21 printemps été 2011]

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  • L’obsession de Raf Simons pour… le Coca-Cola

    Artistes ou créateurs, Numéro plonge dans ses archives à la recherche des obsessions les plus étranges.

    Photo par Pierre Even.

    Le créateur avoue son addiction au Coca-Cola.

     

    Ma mère était elle-même accro au “vrai” Coca-Cola, je me souviens d’en avoir bu beaucoup, depuis toujours. Je suis passé au Coca-Cola light quand il est arrivé sur le marché, idem pour le Coca-Cola zero. Je ne sais même pas exactement quand ce changement a eu lieu : j’ai goûté la boisson, et tout à coup je me suis rendu compte que j’étais passé du light au zero. J’ai bien essayé de me débarrasser de cette habitude, parce qu’on dit que l’aspartam est nuisible à la santé, mais je n’étais pas très motivé. Je me suis dit : “Après tout, je n’ai aucune autre addiction...” Et c’est là que j’ai compris que c’était vraiment une dépendance. Pendant longtemps, j’allais me coucher avec un verre plein de Coca-Cola zero que je posais sur ma table de chevet, comme d’autres prennent un verre d’eau. Et quand je me réveillais le matin, le verre était vide. Je l’avais bu pendant la nuit de façon automatique, de manière inconsciente. C’était une très mauvaise habitude. Aujourd’hui j’essaie de ne pas en boire avant le déjeuner. Les jours où je n’en prends pas à midi, je ressens le besoin impérieux d’en consommer à 16 heures précises. C’est comme ça que je sais qu’il est 16 heures : je ne peux pas tenir plus longtemps.

     

    Je l’aime encore davantage quand il a perdu tout son gaz. Il faut simplement qu’il soit glacé. Même privé de Coca-Cola zero pendant trois jours, je ne pourrais pas en boire à température ambiante. Pendant les essayages à Milan, en juin, il fait parfois très chaud, avec vingt-cinq personnes dans la pièce. Alors j’ouvre une canette de Coca-Cola zero, mais elle se réchauffe trop rapidement. Quand j’en ai bu la moitié, je la replace donc dans le réfrigérateur et j’en ouvre une nouvelle en attendant que la première refroidisse. Il y a quelques années, j’en buvais deux litres par jour. Aujourd’hui je peux parfois me limiter à deux ou trois verres quotidiens. Mais comme j’en consomme de moins en moins, je me dis que je ne m’en débarrasserai jamais définitivement. A cause de ces présomptions qui pèsent sur l’aspartam, peut-être devrais-je recommencer à boire du vrai Coca-Cola. Mais maintenant, le goût me déplaît. Contrairement à de nombreux adeptes, je suis capable de boire du Pepsi Max quand il n’y a pas de Coca-Cola zero ni même de light. Ce qui prouve juste à quel point je suis accro.

     

    [Archives Numéro Homme n°22 automne-hiver 2011-2012]

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