07 Novembre

Robert Pattinson et Juliette Binoche embarquent pour l’espace dans “High Life”, le nouveau film de Claire Denis

 

Dans son nouveau long-métrage, Claire Denis expédie Robert Pattinson et Juliette Binoche dans l’espace, pour une mission sans issue. Un film de science-fiction inhabituel et déroutant qui nous interroge sur notre intériorité et nos désirs enfouis.

Par Olivier Joyard

Andrew Lauren Productions/Pandora Film Produktion/Alcatraz Films/The Apocalypse Films Company/Madants/The BFI/Ar te France Cinéma/Ar te-ZDF/Canal+/Cine+/Film und Medienstiftung NRW Deutscher Filmförderfonds/Centre national du cinéma et de l’image animée/Medienboard Berlin-Brandenburg Filmförderungsanstalt/Polish Film Institute/Wild Bunch

Claire Denis face à Robert Pattinson… la géniale cinéaste française de J’ai pas sommeil et Trouble Every Day tournant avec l’ancien acteur pour ados devenu un trentenaire aventureux du cinéma indé : l’époque est aux hybrides excitants et c’est à cela que ressemble High Life, sans doute l’un des sommets d’une année plutôt morne. Film de science-fiction barré où une équipe de condamnés à mort est envoyée dans l’espace pour une mission scientifique sans issue, cet opus fonctionne aussi comme une exploration personnelle de nos désirs, tabous – et plus si af finités.

 

Pour confier le rôle principal à l’acteur de Twilight (vu l’année dernière dans le polar fracassé des frères Safdie, Good Times), Claire Denis s’est fiée à son éternelle boussole : le désir de filmer une personne, un corps, une manière d’être. “J’ai un problème, dit-elle, c’est que je ne pourrais pas faire un film avec quelqu’un que je ne vais pas aimer, même si on me dit qu’il ou elle serait bien pour le rôle. S’il n’y a pas d’espace intime, ça ne fonctionne pas. Robert Pattinson est très pudique, mais au bout de deux jours de tournage, je lui ai dit : ‘Tu me pardonnes, mais à un moment je vais commencer à te toucher.’ Il m’a regardée, incrédule. Je lui ai expliqué que je mettrais ma main dans ses cheveux, que je bougerais son bras, que je le pousserais dans le cadre. Je lui ai demandé de ne pas mal le prendre. Ce rapport est tellement fort. Juliette [Binoche, également présente dans le film], je l’aime beaucoup et elle aime que je la touche. Il n’y a pas d’indécence

dans le toucher, beaucoup de respect. Mais c’est sur tout une façon d’évacuer le langage psychologique.”

 

 

“Je n’utilise qu’une seule caméra. Je ne dis pas que j’ai raison, mais comme ça, je suis aux premières loges et je ressens les choses. Quand mon oeil a vu un truc, ça y est, c’est enregistré.”

Andrew Lauren Productions/Pandora Film Produktion/Alcatraz Films/The Apocalypse Films Company/Madants/The BFI/Ar te France Cinéma/Ar te-ZDF/Canal+/Cine+/Film und Medienstiftung NRW Deutscher Filmförderfonds/Centre national du cinéma et de l’image animée/Medienboard Berlin-Brandenburg Filmförderungsanstalt/Polish Film Institute/Wild Bunch

Le cinéma comme arme contre la psychologie scolaire à laquelle il nous habitue par fois ? High Life respecte ce programme avec un mélange de provocation et de candeur qui lui donne son ampleur rare. Il est question ici ni plus ni moins que de l’avenir de l’humanité, de la manière dont l’espèce humaine déborde d’elle-même quand elle se trouve confrontée à ses limites. Loin de la Terre, près des trous noirs, les peaux et les sexes palpitent différemment mais pas moins intensément. “Dans Docteur Folamour de Kubrick, un film que j’adore, il y a cette magnifique séquence avec le général fou au début qui dit : ‘It’s only a matter of fluids.’ J’y ai pensé en tournant High Life. Je me suis dit que c’était le film. La vie, ce n’est que cela : le sang, les humeurs…” Une folie douce s’immisce, avec l’idée que le cinéma permet d’accéder à d’autres mondes, invisibles à l’oeil nu. C’est pour tant un oeil sans trucages qui mène la danse, celui d’une cinéaste septuagénaire conservant intacts son charisme et son art du détail. “Je n’utilise qu’une seule caméra. Je ne dis pas que j’ai raison, mais comme ça, je suis aux premières loges et je ressens les choses. Quand mon oeil a vu un truc, ça y est, c’est enregistré.”

 

Malgré son refus d’aborder ce que d’autres appelleraient des “sujets”, High Life balaie l’espace symbolique contemporain en mettant en scène le désir et le sexe sans détours, en regardant les femmes – notamment le personnage de Juliette Binoche, proche symboliquement d’une sorcière – sans accepter qu’elles soient perçues comme des victimes. “Pour moi, les femmes par ticipent à la brutalité du monde”, explique la réalisatrice, qui en revient toujours au centre de son film, Robert Pattinson : “J’ai trouvé qu’il avait quelque chose que peu d’acteurs ont : une forme de réserve. Il reste toujours en deçà de ce qu’on attendrait. Il est verrouillé. Je pense que Robert Pattinson est comme un contenu de désir renfermé. Cette réserve me semble super érotique. Je crois que Robert le sait, mais il n’en fait pas commerce. Il sait qu’il l’a, ce regard avec la paupière qui dévie un tout petit peu. Mais il veut donner autre chose.”

 

 

High Life de Claire Denis. En salle.

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