26 Mars

Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique : les cyberféministes se révoltent

 

Du 14 mars au 14 juillet à la Gaîté Lyrique, Inke Arns et Marie Lechner, les commissaires de l’exposition “Computer Grrrls” ont sélectionné vingt-trois artistes et collectifs qui interrogent la place de la femme au sein des technologies numériques et réhabilitent son rôle dans cet univers, devenu véritable chasse gardée masculine.

Par Estelle Laurent

The Unbinding, Lauren Moffatt
1/11
Le fantôme de l’opératrice, Caroline Martel
2/11
Neo-Surreal, Jenny Odell
3/11
I’m here to learn so :)))))), Zach Blas & Jemima Wyman
4/11
Le fantôme de l’opératrice, Caroline Martel
5/11
Howto3, Elisabeth Caravella
6/11
Premium Connect, Tabita Rezaire
7/11
VUKOSAVA, Aleksandra Domanović
8/11
Housewives Making Drugs, Mary Maggic
9/11
Polly Returns, Jenny Odell
10/11
Housewives Making Drugs, Mary Maggic
11/11
The Unbinding, Lauren Moffatt
Le fantôme de l’opératrice, Caroline Martel
Neo-Surreal, Jenny Odell
I’m here to learn so :)))))), Zach Blas & Jemima Wyman
Le fantôme de l’opératrice, Caroline Martel
Howto3, Elisabeth Caravella
Premium Connect, Tabita Rezaire
VUKOSAVA, Aleksandra Domanović
Housewives Making Drugs, Mary Maggic
Polly Returns, Jenny Odell
Housewives Making Drugs, Mary Maggic
  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

  • Un monde numérique colonisé par les mâles blancs

     

    Dans le monde digital actuel, les rares fois où l’on entend véritablement la voix des femmes se résument à leurs interventions en tant qu’assistantes vocales, qu'il s'agisse de “Siri” lancé sur l’Iphone 4S (et qui signifie “belle femme vous menant à la victoire” en norvégien), Cortana (Windows 10), Alexa (Amazon), Xiaoice (Microsoft), en passant par les ascenseurs… En effet, qui d'entre nous est capable de citer le nom d’une inventrice, ingénieure en informatique, codeuse, programmatrice ou créatrice de jeux vidéo, alors que les noms d'icônes masculines telles que Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg ou Kim Dotcom sont sur toutes les lèvres… Les faits sont là : l’univers des technologies demeure indissolublement lié à la figure masculine : un phénomène dûment épinglé par l’œuvre de l’artiste Jennifer Chan au sein de l'exposition “Computer Grrrls”. Trônant sur une pile de cartons de pizzas (symbole de l’alimentation du geek), un MacBook diffuse une vidéo powerpoint détournant l'image des stars du monde de la technologie par le biais de slogans publicitaires parodiques et sarcastiques qui les juxtaposent à des représentations sexistes de femmes dénudées hentai.

     

    Ce manque de diversité est devenu alarmant, estime Isabelle Collet, chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université de Genève : “En l’espace de vingt ans, la place des femmes dans l'informatique a été divisée par deux, a-t-elle rappelé dans une interview au journal Le Monde. L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression : en école d’ingénieurs, le nombre de filles stagne autour des 15 % – nous sommes même sous les 10 % dans les IUT – alors que dans toutes les filières scientifiques et techniques la part des femmes augmente, passant de 5 % en 1972 à 26 % en 2010.”

     

     

    L’époque où les “ordinateurs portaient des jupes”

     

    Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les femmes ont traité des avalanches d’informations astrophysiques, cracké des codes nazis, détourné des trajectoires balistiques… Surnommées “Bletchley girls”, “Eniac girls” ou “Rocket girls”, ces pionnières étaient extrêmement présentes au début de l’informatique. Télégraphistes, dactylographes, opératrices de téléphonie, mécanographes, programmeuses… Dans les années 50, les femmes ont souvent constitué une avant-garde dans le développement de technologies novatrices. Au moment où la genèse de la programmation logicielle et le calcul était considérés comme des tâches féminines, celles-ci représentaient près de 40 % des employés du secteur. De la première programmeuse du monde, Ada Lovelace, à l’ingénieure Alice Recoque (qui a participé au développement de l’un des premiers mini-ordinateurs français) en passant par “Miss Computer”, “Sœur Computer” (femme de foi religieuse et informatique) aux “Demoiselles du Téléphone”, l’exposition met en lumière les figures féminines qui ont contribué à l’histoire du numérique. Le titre de l’exposition “ Computer Grrrrls” est par ailleurs un clin d’œil à l’article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1967, qui désignait l’univers de l’informatique comme un nouveau milieu professionnel particulièrement porteur pour les femmes. 

     

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

     

    Étrangement, peu après la parution dans Cosmopolitan, la profession commence sérieusement à se masculiniser. Le mouvement s’amplifie notamment dans les années 80 avec l’apparition de l’ordinateur personnel, qui s’impose grâce à l’action de certains communicants, comme le boy’s toy (jouet de garçon) par excellence. L’artiste Jenny Odell représente parfaitement cette domination masculine avec sa collection d’images représentant un ordinateur coiffé d’un képi militaire et armé d’une cravache ou bien accompagné d’une arme à feu dont la balle traverse l’écran. Au fil des ans, la figuration du nerd (sous-catégorie du geek) et du hacker se construit avec cette philosophie machiste en filigrane. Aujourd’hui les clichés n’en sont que plus renforcés. Lorsqu’on interroge une des rares filles orientées vers ces filières, les questions du type “Tu veux faire de l’informatique ? Mais tu n’es pas une geek ? Tu aimes les jeux vidéo ?”  n’étonnent plus personne.

     

    Cette chasse gardée des hommes a notamment induit l'apparition d'une “bro-culture” (“culture des frères” en français) qui induit des discriminations et des normes sexistes. Mais n'oublions pas que l’ancêtre de “Facebook”, intitulé “Facemash”, piratait et dérobait les trombinoscopes (face books en anglais) d’étudiantes d’Harvard, puis de Stanford, Columbia et Yale afin de les comparer… et de les noter en fonction de critères physiques.

     

    Le temps de la révolte cyberféministe

     

    Vidéo poétique de Lauren Moffat présentant un personnage féminin dont le visage fragmenté, les mains et les cheveux changent à chaque mouvement, robot Polly de Jenny Odell submergé par une liste de choses épuisantes et interminables telles que “3 jours pour transformer le pain rassis en quelque chose de délicieux” ou “5 façons d’augmenter votre productivité” (sur la bande-son d’un film d’horreur aux accents synthétiques), tutoriel d’un logiciel incontrôlable habité par un fantôme hantant l'intérieur de l’ordinateur et empêchant le programme de fonctionner réalisé par Elisabeth Caravella…

     

    Pour cette exposition inédite en France, programmeuses, designeuses, hackeuses, chercheuses dénoncent une pluralité de sujets tels que les algorithmes sexistes, la surveillance numérique, le colonialisme électronique ou les conséquences désastreuses d’une intelligence artificielle confiée à une minorité d’hommes blancs. Leurs œuvres sont réalisées à partir de techniques d’illusion du siècle passé, telle que la stéréoscopie, ou bien modernes à l’image de l’impression 3D, la réalité virtuelle, des installations vidéo, des films publicitaires, des tutoriels YouTube, des aquarelles ou des algorithmes…

     

    La Gaîté Lyrique organise également une série d’évènements et de rencontres ainsi que des performances, concerts, DJ sets, projections, performances, tables rondes ou workshops tout au long du mois de mars et d’avril qui permettront des échanges et des dialogues sur le sujet.

     

    Exposition “Computer Grrrls” à la Gaîté Lyrique du 14 mars au 14 juillet.

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