“Ce n’est pas un couturier, c’est un métallurgiste !”, s’exclamait Coco Chanel pour définir le travail de Paco Rabanne. Une déclaration acide qui traduit bien l’attitude que manifesta la profession à son égard lorsqu'il fit ses débuts. Le couturier, qui a longtemps fait figure d’outsider avec ses créations avant-gardistes et subversives, est célébré au musée Le Secq des Tournelles de Rouen jusqu’au 19 mai 2019. Des vidéos, des documents d’archives, des magazines, et surtout des pièces originales du créateur montreront l'esprit précurseur de celui qui s'est affranchi des codes de la mode dès la fin des années 1960. Le titre de sa première collection sonne comme une provocation : “12 robes importables en matériaux contemporains”. Il la présente le 1er février 1966 à l’hôtel George V. Il se distingue par la manière très originale dont il use des matériaux : le cuir, chez Paco Rabanne, est riveté, les plumes sont scotchées. Mais il se singularise aussi par l'emploi de matériaux inhabituels comme des pastilles de Rhodoïd, du papier, du plastique moulé “Giffo” ou encore des plaques de métal qui deviendront la signature du créateur.

 

Paco Rabanne – de son vrai nom, Francisco Rabaneda y Cuervo – est né en Espagne en 1934. Si sa famille a fui la guerre d’Espagne, c’est en tant que styliste pour des maisons de couture, puis comme  fournisseur et fabricant d’accessoires qu’il finance ses études d’architecture. Complet autodidacte dans le monde de la couture, il parvient pourtant à imposer les boutons ou les broderies qu'il crée sur les créations de prestigieuses maisons et pièces de haute couture, notamment chez Nina Ricci, Pierre Cardin ou encore Givenchy. C’est avec des robes en tissu métallique ou en plaques métalliques articulées – qu’il comparera à des manifestes – qu’il soufflera un vent de subversion sur la mode, laissant entrevoir la peau entre les interstices des petites plaques métallisées.

 

Depuis l’exposition monographique présentée au musée de la Mode de Marseille en 1995, aucun musée n’était encore revenu sur la carrière du couturier. Si Paco Rabanne a signé sa dernière collection en 1999 pour se consacrer à l’ésotérisme et à l’écriture, des générations de créateurs se sont inspirées de ses pièces. Il a ouvert la voie aussi bien aux propositions conceptuelles d'un Hussein Chalayan qu'aux investigations sur les matériaux d’Iris Van Herpen. Depuis 2013, c'est Julien qui a repris la directeur artistique de la maison Paco Rabanne, avec des collections glamour et avant-gardistes dans le droit fil de la vision réformatrice initiée par le fondateur.  

 

L'exposition “Paco Rabanne, métallurgiste de la mode” à découvrir au musée Le Secq des Tournelles à Rouen jusqu’au 19 mai 2019.