Plus de trente titres composés par une quarantaine de musiciens et chanteurs figurent sur l’album Souris Calle de la fantasque artiste Sophie Calle. Un projet inattendu pensé pour saluer la mémoire de son chat "Souris", mort il y a quatre ans, tel un éloge funèbre tardif. Avec cet album, Sophie Calle partage le deuil de Souris, mais aussi la célébration de cet être aimé noir et blanc, reçu dans une cage à oiseau et qui a partagé sa vie pendant dix-sept ans. Un projet qui voit la spécialiste de l'exploration de l'intime s'aventurer sur un nouveau terrain plutôt inattendu puisqu'elle produit ici, pour la première fois, ici une œuvre sonore.

 

Connue pour avoir fait de sa propre personne la matière même de son art, la surprenante artiste contemporaine va encore plus loin en offrant à son chat une messe de requiem digne d'une véritable star… Autour de la tombe de Souris, elle convoque en effet les plus grands noms de la scène musicale : Pharrell Williams, Juliette Armanet, Jean-Michel Jarre, Bono, Brigitte, Benjamin Biolay et l’actrice Lou Doillon, entre autres. Sur des mélodies électro, pop, rock, rap, ou indie folk, cette pléiade de célébrités livre des productions originales, courtes et efficaces. Le compositeur de musique électronique Jean-Michel Jarre peut se prévaloir d'avoir trouvé l'ingénieux titre de l'abum, et on l'entend d'ailleurs lancer quelques "Souris Calle" sur une bande-son mystérieuse et haletante. Bono, l'iconique chanteur du groupe U2, ouvre le bal avec Message to Souris, un message poétique de 30 secondes accompagné d’un grondement rock. Sentimental et décalé, le titre Cool Cat de Juliette Armanet égrène, lui, un "T’étais mon Cool Cat. On s’aimait comme chien et chat", tandis que Lou Doillon fait référence au lien maternel avec le titre Womb ("utérus"). Pharell Williams, quant-à lui livre un son sobrement intitulé Cat Named Mouse.

 

Dans la même veine artistique, Sophie Calle présente son deuxième projet : l’exposition de photos “Parce que” qui, depuis le 13 octobre, s’interroge sur les rapports entre le texte et l’image à la Galerie Perrotin. C’est dans une salle adjacente que le vidéo-clip de Souris Calle est projeté et où Sophie Calle y raconte les années de vie commune avec ce “conjoint” à part entière. La compilation musicale est présentée de façon sonore dans l’espace d’exposition, mais aussi par trois disques 33-tours accrochés au mur. Ce n’est pas la première fois que l’artiste se livre à un exercice aussi original lié au deuil de l’être cher. Cette figure emblématique de l’art contemporain, elle avait déjà exorcisé la douleur de la rupture amoureuse à travers deux œuvres. Dans Douleur exquise, en 1984, elle livrait sa peine de cœur à travers un ouvrage sous forme de diptyque, puis interrogeait une trentaine de personnes sur le jour où ils ont le plus souffert. Dans Prenez soin de vous, en 2007, elle demandait cette fois-ci à une centaine de femmes (actrices, anthropologue…) de réinterpréter une lettre de rupture dont les derniers mots "Prenez soin de vous" l'avaient profondément marquée.

 

L'exposition est à découvrir jusqu'au 22 décembre prochain à la Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne 75003 Paris.