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12 Juillet

Helen Levitt capture en cachette le New York brûlant des années 40

 

Jusqu’au 22 septembre, Les Rencontres d’Arles rendent hommage à Helen Levitt, photographe new-yorkaise de renom qui, tout au long de sa vie, a cherché à immortaliser le quotidien bouillonnant des habitants de la Grosse Pomme.

Par Anna Prudhomme

Helen Levitt, New York, 1940.

Dans les rues de New York, Helen Levitt capture en noir et blanc les enfants téméraires, leurs dessins sur les murs ou les femmes qui les guettent à la fenêtre. Drôles, incongrues, vivantes et résolument humaines, ces scènes, mises bout à bout, fabriquent son œuvre picturale : un réel témoignage de l’effervescence citadine avant l’arrivée des postes de télévision. Dix ans maintenant après sa triste disparition, Les Rencontres d’Arles reviennent, à travers 130 clichés originaux, sur le parcours et l’évolution de cette saisissante artiste, passée de la photographie de rue à l’expérimentation de la couleur et la réalisation cinématographique.

Helen Levitt, New York, 1940.

Née à Brooklyn dans l’état de New York, Helen Levitt (1913-2009) abandonne le lycée pour suivre un photographe commercial qui lui enseigne alors les techniques de la photographie argentique. Fascinée par le photographe documentaire Eugène Atget, le cinéma de Cocteau et de Jean Vigo, elle est aussi fortement animée par le surréalisme. Alors qu’elle enseigne l’art à des enfants au milieu des années 30, elle plonge dans la photographie de rue, intriguée par les gribouillis qu’ils dessinent à la craie sur le sol. Les enfants et leur imaginaire seront dorénavant prisonniers de son Leica 35mm. À l’époque, New York étouffe quand vient l’été. Chacun fuit son immeuble pour la rue, à la recherche d’un semblant de fraîcheur. Cette émulation estivale confirme alors à Helen Levitt son intérêt pour la photographie urbaine.

 

 

L’émotion reste la pierre angulaire de son travail : en filigrane se cache cependant, un melting pot dont la pauvreté crève les yeux.

Helen Levitt, New York, 1940.

Artiste-photographe davantage que simple reporter d’images, Helen Levitt échappe pourtant à ce clivage systématique : elle fixe la société américaine et rend compte de son intimité au coeur de la Seconde Guerre mondiale. L’émotion reste la pierre angulaire de son travail : en filigrane se cache cependant, un melting-pot dont la pauvreté crève les yeux. Afin de conserver la sincérité de ses clichés, elle cache son appareil sous le pan de son manteau et recadre drastiquement ses photos, écartant à chaque fois ceux dont le regard croise l’objectif. De cette diaspora bouillonnante on retient des scènes urbaines résolument organiques décrites comme suit par le New York Times : “des moments éphémères de lyrisme et de mystère”. Rapidement reconnus, ses clichés sont publiés dans des magazines (Fortune en 1939) et différents ouvrages. Ils font l’objet de nombreuses expositions dont l'inauguration du département de photographie du MoMA en 1939.

 

Sa rencontre avec deux des photographes les plus iconiques du XXe siècle la galvanise. Henri Cartier-Bresson et Walker Evans lui insufflent une passion dévorante pour le médium photographique. Le second s’éprend de ses photographies d'enfants jouant dans la rue et lui propose de l’accompagner dans le métro new-yorkais afin de réaliser, incognito, sa fameuse série Subway Portrait. Il l’initie au poker et l’intègre à sa bande. Lui présente l’écrivain James Agee et la réalisatrice Janice Loeb avec lesquels elle réalisera In the Street, court métrage sur la vie des enfants afro-américains de l'Upper East Side. Peu à peu, Helen Levitt finit aux côtés du réalisateur Luis Buñuel qui l’emploie comme monteuse sur ses films de propagande.

Helen Levitt, New York, 1940.

En 1959, Helen Levitt reçoit la bourse Guggenheim afin d’effectuer des recherches sur la photographie couleur. Elle abandonne alors le noir et blanc, la bourse étant renouvelée l’année suivante, et retourne dans les rues qu’elle aime tant, capter l’éclat des New-Yorkais. Accordant une nouvelle vitalité à sa spontanéité iconographique, l’utilisation de la couleur stimule Helen Levitt, et ses clichés sont publiés dans de nombreux magazines et journaux, Harper's Bazaar, The Times, et même le New York Post. Mais au début des années 70, elle se fait cambrioler et perd l’intégralité de ses films négatifs couleurs non développés… Cela n’arrête pas la photographe. Plus déterminée que jamais, elle compense cette perte par un travail acharné. Son dur labeur est récompensé. En 1974, le MoMA organise une des premières expositions de photographies couleurs, présentant sous forme de diaporama l’œuvre d’une modernité éclatante d’une certaine Helen Levitt.

 

 

 

À retrouver aux Rencontres d'Arles à l'Espace Van Gogh jusqu'au 22 septembre. 

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