13 Mars

Trois grands photographes de nu exposés à la fondation Helmut Newton

 

Jusqu’au 19 mai, l’exposition en trois parties “ Saul Leiter. David Lynch. Helmut Newton Nudes” est à découvrir à la fondation Helmut Newton. Une première pour l’institution berlinoise qui consacre sa première rétrospective à un genre bien particulier : la photographie de nu.

Par Estelle Laurent

David Lynch Untitled, Lodz, 2000s © David Lynch

Si Saul Leiter (1923-2013) s’est fait connaître grâce ses photographies de New York prises au début des années 1940, ainsi que pour ses clichés de mode réalisés pour Harper's Bazaar, ce véritable pionnier de la couleur capturait également secrètement des nus en noir et blanc. Photographiés dans l’intimité d’une chambre à coucher, cigarettes aux becs en déshabillés, les modèles étaient pour la plupart des amies ou amantes du photographe. Certains clichés secrets et particulièrement touchants sont aujourd’hui dévoilés au grand public, grâce à l’action d’une femme, Margit Erb, directrice de la Fondation Saul Leiter, qui a voulu donner une véritable visibilité à cet héritage artistique caché.

Saul Leiter, Fay smoking (nude), New York, c. 1946 © Saul Leiter Foundation, courtesy Howard Greenberg Gallery

Prises un demi-siècle plus tard, principalement à Lodz et à Los Angeles, les photographies de David Lynch sont empreintes de mystère et de sensualité. Au premier abord, il est difficile de deviner le corps d’une femme, tant le plan est rapproché. Est-ce un sein ? Le creux d’une hanche ? Quel est ce corps dissimulé derrière ce nuage de fumée ? Une fois que l’on se penche un peu plus sur ses clichés, la physicalité devient presque tactile et suggère des allusions sexuelles. Aussi énigmatiques que ses films, ces images sensuelles ont étés imprimées pour la première fois à Berlin dans un labo photo puis publiés en 2017 sous le titre “Nudes” par la Fondation Cartier à Paris.

David Lynch, Untitled, Los Angeles, 1990s © David Lynch

“Tout photographe qui affirme qu’il n’est pas un voyeur est un idiot ou un menteur” a déclaré le provocateur photographique Helmut Newton. Imité mais jamais égalé, Helmut Newton a inspiré d’innombrables photographes et autres plasticiens. Le photographe berlinois a commencé à réaliser des nus dans les années 70 pour ses travaux personnels ainsi que pour des grands magazines de mode, ce qui lui a valu une véritable renommée mondiale. De la série “Naked and Dressed" où une armée de mannequins se dressent dans le plus simple appareil, à “Bergström Over Paris” où la top qui domine la ville est en réalité un clin d’œil à la Rokeby Venus de Diego Velázquez (de 1651) au célèbre portrait sulfureux de Catherine Deneuve (en 1976), Helmut Newton signe une œuvre photographique peuplée de femmes puissantes et triomphantes, marquées par une sensualité affirmée ainsi qu’une élégance terriblement intemporelle.

Helmut Newton, Tied-up torso, Ramatuelle 1980 © Helmut Newton Estate

L’émergence de la photographie du nu au cours du XXème siècle

 

Seulement un an après l’invention du médium photographique en 1839 - date de la présentation par Arago à l'Académie des sciences de l'invention du daguerréotype (procédé photographique mis au point par Nicéphore Niépce et Louis Daguerre) - la photographie de nu apparaît. Utilisés dans un premier temps comme documents d’études pour les peintres, ces clichés dénués de pudeur dévoilent les attributs sexuels et brisent les tabous d’une société bourgeoise quelque peu corsetée. Cependant, ces images furent souvent tenues loin des regards indiscrets et circulaient sous le manteau, compte tenu de leurs aspects sulfureux.

 

A défaut de trouver des modèles issus de “bonnes mœurs“ ces pionniers de la photographie faisaient régulièrement appel à des prostituées et la plupart des poses étaient caractérisées par leurs aspects naturels, voir académiques (François Rupert Carabin ou Auguste Belloc). La photographie de nu connaît une nouvelle impulsion dans les années 1920 et 1930, où elle devient l’objet d’expériences révolutionnaires et surréalistes, à l’image du “Violon d’Ingres” de Man Ray (en 1924) ou de la “Chute des corps“ de Pierre Boucher (en 1936). Après la seconde guerre mondiale, des photographes humanistes tel que Henri Cartier-Bresson (Le Nu dans l’eau, Italie, 1933) ou Willy Ronis (“Le Nu provençal”, Gordes, 1949) s’adonnent également à ce sous-genre artistique.

 

Avec l’émergence de la liberté sexuelle dans les années 70, des artistes comme Robert Mapplethorpe expose des clichés de nu féminin/masculin ayant une morphologie idéale, semblable aux statues grecques, d’ou se dégage un véritable désir charnel. Ses photographies érotiques qui s'apparentent parfois à de la pornographie sadomasochiste, provoquent le scandale mais aussi le succès de l’artiste. Depuis Mapplethorpe, une nouvelle génération de photographes associe un certain exhibitionnisme et voyeurisme au fil des ans, parfois mis en scène ou plus réaliste.

 

Exposition “Saul Leiter. David Lynch. Helmut Newton Nudes” à la fondation Helmut Newton, Berlin, jusqu’au 19 mai 2018.

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