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Portrait de l’architecte-décorateur Tristan Auer

 

De l’hôtel en vogue à la villa de bord de plage en passant par l’appartement bourgeois, il s’aventure sur tous les terrains. Actuellement, il est l’un des architectes d’intérieur qui s’attellent à faire renaître le mythique Hôtel Crillon. Rencontre.

Tristan Auer a signé en 2015 les aménagements intérieurs de l’établissement Les Bains, réinterprétation du mythique club parisien Les Bains-Douches auquel s’ajoutent désormais un hôtel et un restaurant. Le salon chinois (photo) comporte un mobilier constitué uniquement de pièces de collection : décor en bambou et vitraux chinois d’origine (restaurés), tapis chinois du xviie siècle et chauffeuses en cuir Amanta (1966) de Mario Bellini. 

 

Son nom court sur toutes les lèvres. À 46 ans, le décorateur Tristan Auer a notamment été remarqué grâce à quelques belles réussites hôtelières (Les Bains à Paris, la Cotton House sur l’île Moustique, mais aussi La Sivolière, à Courchevel 1850) et de nombreux aménagements de résidences, villas et appartements privés. C’est encore lui qui, récemment, s’est vu confier une partie de la rénovation des espaces intérieurs de l’Hôtel Crillon. Lorsqu’on le rencontre dans son bureau du Xe arrondissement, fidèle à son devoir de réserve, il n’en dit pas plus. Comment aborder un tel mythe, poser son empreinte dans un décorum déjà très marqué ? À cette question, en revanche, il répond sans hésiter : “Exactement de la même manière que lorsque je dois refaire l’appartement d’un collectionneur de sculptures africaines. Tout est une question de cadre. Mon approche de chaque projet est très cinématographique, comme une succession de plans en travelling.” Si son style n’est pas précisément définissable, le soin porté aux matières employées et le détail de la composition constituent l’authentique signature de Tristan Auer. Ayant fait ses armes chez Christian Liaigre et Philippe Starck, il n’a qu’un seul credo : être à l’écoute. Savoir déchiffrer les attentes de Jean-Pierre Marois pour faire revivre l’âme du célèbre club Les Bains, en y intégrant des chambres d’hôtel. Ou, tout aussi bien, celles du chanteur Bryan Adams pour tracer les plans de sa villa idéale sur l’île Moustique. Ce projet eut également l’intérêt de lui ouvrir les portes de la Mustique Company, gérant l’aménagement de cette île prisée de la jet-set. “Personnellement, je n’envisage pas mon métier indépendamment du commanditaire pour lequel je travaille”, confie Tristan Auer. Il a même désormais le privilège de pouvoir les choisir. “Je ne cours jamais après un projet s’il n’y a pas cette relation de confiance qui s’établit d’emblée”, souligne-t-il.

Étude d’aménagement intérieur présentée par Tristan Auer dans le cadre d’un récent projet hôtelier en Russie.

 

À partir de cette confiance, les idées peuvent jaillir librement, et la magie opérer… Comme avec ce canapé, présent dans chaque chambre des Bains, qu’il a dessiné en s’inspirant d’un simple cliché d’Andy Warhol assis sur une banquette à la Factory. “Je ne l’ai jamais vu en vrai, mais je me suis souvenu de cette photo et j’ai su que ce meuble collerait parfaitement dans le contexte des Bains”,  rappelle-t-il. Le talent d’un artisan a achevé de donner forme à ce souvenir. Le sur-mesure est, en effet, une idée chère à Tristan Auer. Désormais assisté d’une dizaine de collaborateurs et d’une foisonnante “matériauthèque” – les bureaux regorgent d’échantillons de matières improbables – il enchaîne les projets aussi variés que possible, car “c’est en quittant sa zone de confort que l’on apprend”, dit-il. Il dessine du mobilier pour des éditeurs, collabore avec un grand cabinet d’architecture intérieure (Wilson Associates), conçoit des appartements et des boutiques… avec une curiosité intacte : “Pour me ressourcer, il m’arrive parfois d’aller au Louvre juste pour dix minutes, histoire de revoir un tableau aperçu lors d’une précédente visite et qui a marqué mon esprit.” Le cinéma fait aussi partie de ses sources d’inspiration. Il participe d’ailleurs à la rénovation de l’hôtel Carlton, à Cannes, où ont été tournées quelques scènes de La Main au collet d’Alfred Hitchcock. Une référence à laquelle son travail ne manquera pas de faire allusion… avant d’explorer, espère-t-il, un nouvel univers : “J’aimerais en effet beaucoup dessiner les décors d’un film. Je pense qu’il y a, là aussi, beaucoup à apprendre.” 

Par Olivier Reneau, Portrait : Cédric Delsaux

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