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Le musée d’Art moderne de San Francisco fait peau neuve

 

Derrière sa façade immaculée qui semble modelée par les bourrasques du vent, le musée d’Art moderne de San Francisco s’est totalement réinventé en s’ouvrant sur la ville. Récit d’une renaissance orchestrée par l’agence Snøhetta.

Mimant les effets de brouillard et les changements de lumière typiques de la baie de San Francisco, la paroi immaculée du nouveau SFMoMA semble en mouvement perpétuel.

Crédit photo : Henrik Kam.

C’est l’aboutissement d’une vision à long terme et d’une volonté politique : celle de transformer le quartier de SoMA – “South of Market”, quartier d’anciens entrepôts industriels – en un centre culturel à part entière. Érigé comme une forteresse de briques en 1995 par le Suisse Mario Botta, le musée d’Art moderne de San Francisco (SFMoMA) était isolé, déconnecté de la ville. Certains disaient même qu’il lui tournait le dos : les passants le longeaient sans s’en préoccuper et sans y entrer. Vingt ans plus tard, le SFMoMA s’émancipe et devient officiellement le plus grand espace d’exposition du pays dédié à l’art moderne. Fondé en 1935, il rassemble des collections uniques (notamment celle de Doris et de Donald Fisher) et le plus grand fonds de photographie américain, rebaptisé The Pritzker Center for Photography. L’architecture de ce musée – signée par la visionnaire agence norvégienne Snøhetta (à qui l’on doit l’Opéra d’Oslo, le National September 11 Memorial Museum Pavilion, sur le site du World Trade Center à New York, ainsi que le prochain siège du journal Le Monde à Paris) – se déploie à la verticale, comme une nouvelle figure de proue de la ville.

 

 

Crédit photo : Henrik Kam.

 

 

 

Nous avons ouvert le musée sur le quartier. Nous l’avons percé de toutes parts pour ramener le public au cœur du bâtiment. J’aime à dire que nous avons en quelque sorte ‘renversé le zoo’ : en donnant une base transparente au bâtiment, semblable à une immense galerie d’exposition en verre, il y aura toujours quelque chose à voir, une installation à découvrir, même pour les simples passants. Le nouveau SFMoMA devient partie intégrante du tissu urbain”, lance Kjetil Thorsen, l’un des fondateurs de Snøhetta.

 

Et justement, lorsque l’agence remporte le concours international pour sa construction en 2010, c’est sur la base d’un concept ouvert sur la ville, généreux, accessible à tous. Pour soutenir cette vision, le SFMoMA avait fait l’acquisition, au fil des ans, d’une ancienne caserne de pompiers et d’un immeuble de bureaux situés derrière le musée. Devenue propriétaire de tout un bloc, ramifié autour d’un réseau de petites rues et d’allées, l’institution pouvait dès lors intensifier sa présence. L’imposant vaisseau vertical, le nouveau SFMoMA, compte près de 22 000 m2 de plus, répartis entre galeries intérieures et espaces extérieurs. “Plus un musée est grand, plus il lasse et plus il fatigue”, explique Lara Kaufman, architecte chargée du projet. “Il nous fallait donc créer de la diversité, inviter la nature au cœur des structures, faire participer la ville. Pour décloisonner l’ancien musée, nous avons d’abord fait entrer la lumière. Seconde étape : nous avons rapproché l’entrée principale des visiteurs tout en maximisant le nombre de galeries gratuites.

 

 

Crédit photo : Henrik Kam.

 

 

 

Avec Snøhetta, le mot “galerie” prend une nouvelle dimension dans cet édifice où des œuvres s’offrent directement à la vue du public. Ainsi, une immense sculpture de Richard Serra, visible depuis la rue, devient un acteur du quartier, de jour comme de nuit. Empilés les uns sur les autres à la verticale, les différents espaces d’exposition accueillent des univers distincts, prolongés par des terrasses et des jardins de sculptures. Immense voile blanc, la façade semble modelée par le souffle du vent. Mimant les effets du brouillard et les changements de lumière typiques de la baie de San Francisco, la paroi immaculée paraît en mouvement perpétuel, comme malléable. Créer du lien, favoriser la communication entre les espaces, tel était le fil conducteur du projet. 

 

Pour faire la jonction entre la collection d’art moderne des Fisher et l’espace dédié à la photographie du xxe siècle au troisième étage, nous avons imaginé un escalier extérieur, comme une petite respiration avant de passer à un autre univers. Embrassant la façade, il permet de reprendre contact avec la ville, dont le panorama, changeant, devient une pièce à part entière. Cet escalier est à l’image de la topographie de San Francisco : il révèle des vues différentes à chaque échelon que l’on franchit!” ajoute Lara Kaufman. Presque comme comme un rituel, il est le passage par lequel le visiteur quitte les galeries pour s’oxygéner, redécouvrir la ville et s’échapper un instant avant de retrouver les collections.

Par Clara Le Fort

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