133

Rencontre avec l'immense architecte Zaha Hadid

 

De l’unité Mobile Art de Chanel au MAXXI à Rome, Zaha Hadid a réinventé l’espace muséal en le considérant comme un champ d’exploration à part entière. Entretien avec cette immense architecte, inlassable pionnière aux constructions tout en fluidité.

 

 

Le MAXXI, à Rome, a été pensé comme une seconde peau pour le site sur lequel il est érigé, en harmonie avec sa vocation de laboratoire d’innovation culturelle. Les tubes rouges ci-dessus sont une installation de l’artiste Maurizio Mochetti, commandée spécifiquement par le musée pour son ouverture (2010), intitulée Straight Lines of Light in Curvilinear Hyperspace.

 

Ses musées ont marqué le xxie siècle d’une esthétique sans équivalent. Zaha Hadid, architecte suprématiste, revient sur plus d’une décennie de créations muséales réalisées de Rome à Copenhague, en passant par Bakou et Cincinnati, pour évoquer leur essence et son approche unique.

 

Numéro : “J’aimerais ouvrir une porte vers un monde qui n’a pas encore été inventé.” Vous teniez ce propos au temps où vous étudiez à l’Architectural Association School. Depuis, vous avez imaginé une nouvelle typologie de musées…

 

Zaha Hadid : À l’époque, mes professeurs m’ont poussée à voir, puis à décrypter ce qui n’était pas évident. Ce fut, en quelque sorte, un enseignement de la “nouvelle frontière” : il devait y avoir un autre monde, d’autres possibilités formelles. J’étais obnubilée par l’envie de donner une suite, de compléter un certain projet moderniste qui avait été stoppé net avec la Seconde Guerre mondiale. Les années 70 et 80 étaient marquées par l’historicisme et le rationalisme ; je ne pensais pas, alors, qu’en poussant mes recherches je pourrais découvrir un “autre monde”. Ce fut passionnant et absolument déterminant de pouvoir créer mon propre répertoire, de découvrir, d’imaginer des techniques, ou d’esquisser de nouvelles qualités formelles. J’étudiais un nouveau sujet, que je construisais à mesure que je le définissais.

 

Quel est le musée qui vous a le plus influencée ?

 

Le Guggenheim a eu une incroyable influence sur moi. Visionnaire, Frank Lloyd Wright a créé un chemin qui connecte l’extérieur au musée, et définit sa circulation. Le cheminement, sur une spirale à la verticale, permet réellement de voir les œuvres, de les contempler en trois dimensions et de les redécouvrir d’une manière différente. Avec lui, le musée devient ininterrompu, s’affirme comme le point de départ d’une balade. Le Guggenheim échappait, enfin, à cet enchaînement de pièces rectangulaires sans perspective ni profondeur qui compose les palais. Il expérimentait avec la lumière et le mouvement, pouvait enfin accueillir le plus grand nombre. Le montage des expositions peut s’y faire à la vue de tous ; le musée prend vie, comme un corps en mouvement. Dans une même lignée, le Centre Heydar-Aliyev [Bakou, 2007-2012] s’affranchit des murs droits. Nous avons effacé le maximum de repères visuels ; on y flotte dans un univers blanc optique.

 

Le musée devient de moins en moins élitiste…

 

Certains affirment que les musées sont devenus des centres commerciaux. Je pense qu’il est positif qu’ils attirent le plus grand nombre de gens. Aujourd’hui, l’interaction entre la culture et la vie publique est fondamentale. Ce qui différencie les xxe et xxie siècles des précédents, c’est que l’art ne s’adresse plus aux seuls mécènes. L’art est accessible à tous, et avec lui, le musée s’enrichit.

 

Propos recueillis par Clara Le Fort

 

 

 Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro 164, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

→ Abonnez-vous au magazine Numéro
→ Abonnez-vous à l'application iPad Numéro

 

Fendi invite un pionnier de l’art digital à métamorphoser son Palazzo romain
723

Fendi invite un pionnier de l’art digital à métamorphoser son Palazzo romain

Art Fendi a fait appel à l’artiste et pionnier de la projection vidéo László Bordos pour métamorphoser l’impressionnant Palazzo della Civiltà Italiana, siège de la maison à Rome. Fendi a fait appel à l’artiste et pionnier de la projection vidéo László Bordos pour métamorphoser l’impressionnant Palazzo della Civiltà Italiana, siège de la maison à Rome.

Comment sauver les vestiges futuristes d’Oscar Niemeyer au Liban ?
877

Comment sauver les vestiges futuristes d’Oscar Niemeyer au Liban ?

Architecture Pendant un mois, des artistes venus du Liban et d’ailleurs se mobilisent pour sauver de la ruine la Foire internationale Rachid Karamé à Tripoli, complexe architectural imaginé dans les années 60 par Oscar Niemeyer. Pendant un mois, des artistes venus du Liban et d’ailleurs se mobilisent pour sauver de la ruine la Foire internationale Rachid Karamé à Tripoli, complexe architectural imaginé dans les années 60 par Oscar Niemeyer.

Rencontre avec Wang Shu, symbole du renouveau de l’architecture chinoise
850

Rencontre avec Wang Shu, symbole du renouveau de l’architecture chinoise

Architecture Aux côtés de sa femme, le Chinois Wang Shu a fondé à Hangzou, il y a près de vingt ans, son agence d’architecture, Amateur Architecture Studio. Ne déviant jamais de son éthique, il convoque dans ses constructions deux valeurs qui lui sont chères, la mémoire et le recyclage. Une ligne originale qui lui a valu le célèbre Pritzker Prize en 2012. Rencontre. Aux côtés de sa femme, le Chinois Wang Shu a fondé à Hangzou, il y a près de vingt ans, son agence d’architecture, Amateur Architecture Studio. Ne déviant jamais de son éthique, il convoque dans ses constructions deux valeurs qui lui sont chères, la mémoire et le recyclage. Une ligne originale qui lui a valu le célèbre Pritzker Prize en 2012. Rencontre.

Visite au Japon chez Tadao Ando, l’architecte célébré au Centre Pompidou
867

Visite au Japon chez Tadao Ando, l’architecte célébré au Centre Pompidou

Architecture Cet ancien boxeur autodidacte s’est imposé par la force de ses idées dans le cercle fermé des grands architectes internationaux. Alors que le Centre Pompidou lui consacre une vaste rétrospective, Numéro art l’a rencontré dans son studio à Osaka. Cet ancien boxeur autodidacte s’est imposé par la force de ses idées dans le cercle fermé des grands architectes internationaux. Alors que le Centre Pompidou lui consacre une vaste rétrospective, Numéro art l’a rencontré dans son studio à Osaka.

À quoi ressemble le nouveau pavillon estival de la Serpentine Gallery imaginé par Frida Escobedo ?
887

À quoi ressemble le nouveau pavillon estival de la Serpentine Gallery imaginé par Frida Escobedo ?

Architecture C’est la Mexicaine Frida Escobedo qui a signé cette année la conception du célèbre pavillon d’été de la Serpentine Gallery, à Londres, construction éphémère nichée dans la verdure, à Hyde Park, jusqu’au 7 octobre. Rencontre. C’est la Mexicaine Frida Escobedo qui a signé cette année la conception du célèbre pavillon d’été de la Serpentine Gallery, à Londres, construction éphémère nichée dans la verdure, à Hyde Park, jusqu’au 7 octobre. Rencontre.

Qui est Ole Scheeren, l’architecte du futur qui a conquis l'Asie ?
875

Qui est Ole Scheeren, l’architecte du futur qui a conquis l'Asie ?

Architecture L’Allemand Ole Scheeren a cosigné avec Rem Koolhaas l’un des joyaux architecturaux du XXIe siècle, le CCTV Headquarters à Pékin. De Francfort à Singapour, il essaime à travers le monde sa vision optimiste et ses bâtiments spectaculaires et futuristes aux lignes déconstruites. L’Allemand Ole Scheeren a cosigné avec Rem Koolhaas l’un des joyaux architecturaux du XXIe siècle, le CCTV Headquarters à Pékin. De Francfort à Singapour, il essaime à travers le monde sa vision optimiste et ses bâtiments spectaculaires et futuristes aux lignes déconstruites.