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31 Octobre

Pourquoi Charlotte Perriand est-elle fascinée par le Japon?

 

Jusqu’au 24 février, la fondation Louis Vuitton rend hommage à Charlotte Perriand, architecte et designer française majeure qui traversa le XXe siècle en traçant les contours d’un monde nouveau. Désireuse d'unir les talents artistiques et les différents savoir-faire, Charlotte Perriand se prend de passion pour le Japon : une obsession fructueuse qui la suivra toute au long de sa vie.

Par Anna Prudhomme

Charlotte Perriand sur la “Chaise longue basculante, B306”, (1928-1929).

Connue pour ses objets qui ont fait leur place dans notre quotidien depuis des décennies, tels le Fauteuil pivotant en cuir rouge ou la Chaise longue basculante, Charlotte Perriand (1903–1999) est l'une des rares femmes au XXe siècle à s’être fait un nom de son vivant dans le monde du design et de l’architecture. Mais l'enfermer dans ce statut serait éminemment réducteur. Créatrice d’épanouissement humain et de liberté, ambassadrice de toutes les formes artistiques, Charlotte Perriand fut avant tout une femme visionnaire aux nombreux engagements politiques et sociaux, une grande voyageuse ouverte sur le monde et une folle amoureuse de la nature et de ses composantes. En 1940, Charlotte Perriand rencontre le Japon : une passion réciproque entre la créatrice et le pays du soleil levant s’installe alors.

Charlotte Perriand - Présentation Tokyo, (28 mars - 6 avril 1941) “Sélection-Tradition-Création”.

1. Une rencontre passionnelle

 

À l’aube de 1940, alors que le Japon est en plein essor technique, le gouvernement appelle la jeune Charlotte Perriand à venir conseiller la production d'art industriel du pays. Tout juste installée à Tokyo, elle y découvre une philosophie, un esthétisme, et un art de vivre qui lui correspondent particulièrement. Pendant qu’elle traverse le pays, donne des conférences dans les écoles, les centres de production, elle repense peu à peu l’espace de vie japonais. La vie sur tatami, le minimalisme du mobilier et les savoir-faire de l’archipel lui inspirent l’année suivante une exposition intitulée Contribution à l’équipement intérieur de l’habitation au Japon : “Sélection-Tradition-Création”.
 

 

À Tokyo, Charlotte Perriand découvre une philosophie, un esthétisme, et un art de vivre qui lui correspondent particulièrement.

 

 

Pour l’occasion, Charlotte Perriand décide de réinterpréter ses meubles emblématiques à travers le prisme nippon. Un jour qu'elle se rend à l’institut de Tokyo, elle aperçoit une pince à sucre faite de bambou, un objet habituellement réalisé en fer en Europe : la vue de ce simple ustensile lui insuffle l’idée de transposer sa Chaise longue en acier chromé dans un bambou flexible et confortable. Dans les grands magasins de Tokyo et Osaka seront ensuite exposés ses classiques revisités avec les matériaux locaux : la Banquette méandres fait en lames de bambou où le fauteuil pliable en tissage de tatsumara. Grande défenseure de l’imagination et de l’esprit artistique, la designer française accroche aux murs un dessin d’enfant japonais reproduit à grande échelle, et transpose en tapis de laine un graffiti de matelot – en filigrane s’y cache une critique de la propagande militariste du gouvernement japonais.

Charlotte Perriand, (1956).

Charlotte Perriand et deux collaborateurs de l’exposition “Proposition d’une synthèse des arts, 1955. Le Corbusier, Fernand Léger, Charlotte Perriand”.

2. Un retour par l'art

 

Avec Le Corbusier et Fernand Léger, ses partenaires de toujours, Charlotte Perriand organise une exposition au Japon treize ans après l’avoir quitté. Au cours de ce second voyage dans l’archipel nippon, elle imagine à Tokyo une manifestation artistique sans frontières entre les disciplines et les arts, qu’elle intitule “Synthèse des arts”. Dans un espace au sol en pierre, la végétation s’infiltre entre les meubles de Perriand, les céramiques de Fernand Léger, les tapisseries de Le Corbusier où les tableaux d’Hans Hartung et de Pierre Soulages, ses contemporains. Charlotte Perriand imagine ici un quotidien équilibré entre l'ergonomie du mobilier et ce qu'elle appelle le “besoin d’art de chacun”.  

 

 

L’étagère Nuage – l'une de ses créations les plus iconiques – fait sa toute première apparition dans cette exposition de 1955.

 

 

La coutume du service sur plateau, l’élégance des idéogrammes japonais et l’esthétisme minimaliste des origamis lui inspirent une table basse et une petite chaise (La Chaise Ombre) construite à partir d’un simple pliage d’une feuille de contre-plaqué noir. Inspirée par les lignes pures et harmonieuses de la villa impériale Katsura à Kyoto, l’étagère Nuage – l'une de ses créations les plus iconiques – fait sa toute première apparition dans cette exposition de 1955.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charlotte Perriand “Bibliothèque Nuage”, (vers 1956).

Charlotte Perriand “Chaise Ombre” (1954).

3. Un héritage vivant 

 

Jusqu’à la fin de la vie de Charlotte Perriand, le Japon demeure un élément auquel elle revient sans cesse. À l’occasion du Festival culturel du Japon à l'UNESCO en 1993, Hiroshi Teshigahara, artiste et cinéaste, demande à 4 architectes de réaliser sur le toit du bâtiment une maison de thé. Tadao Ando, l’italien Ettore Sottsass, la Coréenne Yae Lun Choï et Perriand travaillent alors à la vue de tous pour créer cet espace intimiste favorisant le bien-être. Protégée par de hautes pousses de bambou, la proposition de Perriand innove par son emploi du chapiteau, couleur menthe à l’eau et suspendu par une structure en métal très léger. Toute sa vie, l'architecte et designer tisse ainsi continuellement des liens entre les cultures occidentale et nippone, inspirant elle-même une génération entière d’architectes japonais.

 

Le monde nouveau de Charlotte Perriand, du 2 octobre 2019 au 24 février 2020 à la Fondation Louis Vuitton, Paris 16e. 

 

Charlotte Perriand "La Maison de thé” (1993).

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