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ILS ONT FAIT 2015: interview de Renzo Piano, le Grand Architecte

 

À l’occasion de l’exposition que lui consacre la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, Numéro a rencontré dans son studio parisien Renzo Piano.

L'immense architecte international et auteur légendaire d’édifices aussi différents que le Centre Pompidou, la Fondation Beyeler, le Centre culturel Tjibaou à Nouméa ou, plus récemment, la tour The Shard à Londres et le nouveau Whitney Museum à New York s'est vu célébrer à partir du 11 novembre 2015 à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Numéro l'a rencontré à cette occasion.

Photo Stéphane Gallois.

Vue aérienne de The Shard – London Bridge Tower, à Londres. Cette spectaculaire réalisation est signée de Renzo Piano Building Workshop. Son élaboration s’est étendue de 2000 à 2012. Photo Chris Martin. 

 

Numéro : L’exposition que vous consacre la Cité de l’architecture et du patrimoine a pour titre La méthode Piano. Quelle est la singularité de votre approche ?

Renzo Piano : Chacun arrive à son métier par des chemins différents. Pour moi, ce fut la famille. Mon père, mes oncles et mon grand-père ont tous été des bâtisseurs. Si bien que lorsque je me suis intéressé à l’architecture, je pensais qu’il était tout simplement question de bâtir. Mais je connais beaucoup d’autres gens qui sont arrivés à l’architecture via une approche artistique, considérant le bâtiment comme une sculpture... Finalement, peu importe la démarche initiale, l’essentiel est de comprendre que l’architecture va bien au-delà de cela. Si l’on s’imagine qu’elle se résume à la beauté des espaces, alors il faut apprendre qu’il est aussi question de gens, de société, d’humanisme et d’art de construire. À l’inverse, en tant que bâtisseur, j’ai dû apprendre qu’on ne pouvait pas se passer de la poésie et de la beauté. Si vous voulez parler de ma manière de travailler – je n’utilise jamais le mot “méthode” car
elle m’est naturelle –, alors je vous dirai que je passe sans m’en soucier d’une approche
à une autre. À 9 heures, je suis plutôt poète. À 10 heures, plutôt constructeur, et à
11 heures, plutôt humaniste avant de redevenir poète.

 

 

Votre attrait pour la lumière, la légèreté et le rôle prépondérant du matériau sont des constantes au sein de votre œuvre. Forment-ils un style ?

J’appellerais cela une cohérence, une inté- grité. Il est vrai que la lumière fait partie des axes qui traversent mon œuvre. Elle est toujours présente. Dès le début de ma car- rière, je réalisais des expérimentations
avec mon père et mon frère. Parmi les objets de curiosité qui m’animent depuis toujours, la légèreté tient, en effet, une place importante. Pourquoi la légèreté ? Parce qu’elle m’inté- resse plus que la pesanteur. La légèreté, c’est l’art d’enlever. Elle va de pair avec la traspa- rence... et avec la lumière, encore. Je crois que ce n’est pas sans rapport avec le fait que je sois né à Gênes, au bord de la Méditerranée. Cet imaginaire de mon enfance est une sorte de carrière au sein de laquelle je creuse sans le savoir.

 

 

Comment trouver la bonne distance entre responsabilité et désobéissance?


Il faut être un bon “écouteur”. Pour cela, il
faut comprendre que les gens qui ont les choses les plus intéressantes à dire sont souvent ceux qui restent silencieux. Il ne faut pas écou- ter ceux qui gueulent mais les minorités qui ne s’expriment pas. Il y a dix ans déjà, quand nous avons initié le projet d’agrandissement du campus de l’université Columbia à Harlem, j’y ai passé beaucoup de temps. J’ai parlé avec les communautés afro-américaines et hispaniques qui forment l’essentiel de la population. J’ai écouté ceux qui parlaient le plus doucement. Et j’ai compris qu’il était important que le bâtiment flotte, qu’il soit suré- levé pour que le rez-de-chaussée demeure un espace ouvert et public. Cela répondait à une attente forte des gens, à leur désir de vivre ensemble et de partager un espace commun.

 

Retrouvez cet article dans son intégralité dans le Numéro Artifices  de novembre 2015, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

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Exposition Renzo Piano Building Workshop – La méthode Piano,

du 11 novembre au 29 février 2016 à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris,

www.citechaillot.fr.

 

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok.

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