Zaha Hadid s’éteint brutalement en mars 2016. Elle était l’une des architectes les plus fantasques et controversées de sa génération. Architecte : le mot est faible pour brosser le portrait de Zaha Hadid, également mathématicienne, designer d’intérieur, et enfin, bien qu’elle en refuse le titre, artiste au tempérament fougueux. L’Irako-Britannique a même enseigné dans les universités les plus prestigieuses du monde, de Columbia à Yale, en passant par Cambridge. 

 

Il est donc peu surprenant que la maison d’édition Taschen décide aujourd’hui de dédier à Zaha Hadid un premier ouvrage regroupant ses oeuvres complètes. L’auteur, Philip Jodidio, a déjà publié plusieurs monographies sur Norman Foster, Jean Nouvel ou encore Tadao Ando pour Taschen. Cette fois, l’historien de l’art se penche sur le travail de la première femme à avoir reçu le prix Pritzker d’architecture, entre photos, esquisses détaillées et propres dessins de Zaha Hadid. 

 

 

Je n’ai pas été acceptée en tant qu’architecte. Pas encore. Je suis toujours considérée comme à part, malgré tout ce que j’ai fait. Cela ne me dérange pas.”

 

 

Mais le travail de l’architecte originaire de Bagdad n’a pas toujours été salué par la critique : “J’étais une femme et je faisais des choses étranges… J’ai tout de suite été stigmatisée”. Après des études de mathématiques, Zaha Hadid débarque à Londres en 1972 pour étudier dans la prestigieuse London Architectural Association School of Architecture. Malgré son talent indéniable, attesté par les nombreux prix qu’elle remporte très jeune, la jeune femme obtient le titre ingrat “d’architecte de papier” : ses dessins ne peuvent exister dans le monde réel. Une réputation qui lui colle à la peau jusqu’à l’apogée de sa carrière : “Je ne pense pas avoir été acceptée en tant qu’architecte. Pas encore. Pas ici, observe-t-elle à propos de l’Angleterre, sa terre d’accueil. Je suis toujours considérée comme à la marge, malgré tout ce que j’ai fait. Cela ne me dérange pas. C’est une bonne place.”

 

Malgré une vie passée dans les marges, le nom de Zaha Hadid figure aujourd’hui parmi les artistes les plus renommés du déconstructivisme, tel que Frank Ghery. Ce mouvement, né dans la seconde moitié du XXe siècle, vise notamment à repenser la variété des formes géométriques en remettant en question les canons architectoniques. Un honneur pour celle qui découvrait à six ans les travaux de Frank Lloyd Wright lors d’une exposition à Bagdad. Lors d’un entretien accordé à Numéro en 2015, l’architecte déclarait : “Les années 70 et 80 étaient marquées par l’historicisme et le rationalisme ; je ne pensais pas, alors, qu’en poussant mes recherches je pourrais découvrir un ‘autre monde’”. Du centre culturel Heydar-Aliyev à Bakou (Azerbaïdjan) au MAXXI à Rome, l’a pourtant fait, devenant ainsi l’une des premières femmes arabes à bousculer un monde dominé par les hommes blancs.