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Numéro
21

Quand Allen Jones faisait sensation lors d’une vente “Sex”

Art

Allen Jones, fasciné par l’imagerie érotique, a remporté, avec “Soft Tread”, la meilleure enchère de la vente “Sex” de Phillips de Pury & Company, qui se déroulait à Londres en mars 2010.

Allen Jones, “Soft Tread” (1966-1967). Adjugé 400 000 livres, le 19 mars 2010 chez Phillips de Pury & Company. Courtesy Phillips de Pury & Company.

Mars 2010. Particulièrement fragilisées par la crise, les maisons de vente aux enchères ont dû trouver des alternatives pour faire face. Alors que la majorité d’entre elles se concentre sur les ventes privées, c’est- à-dire des transactions qui s’effectuent en toute discrétion, à la façon des galeries du second marché, la plus petite des grandes, Phillips de Pury & Company, a instauré des ventes thématiques qui prennent parfois des allures de performances. Souvent accompagnés de DJ, les shows de son charismatique commissaire-priseur, Simon de Pury, qui énonce les prix à toute vitesse à la manière d’une scansion rap, sont très attendus. On connaissait déjà les catalogues de format XXL de la maison, c’est désormais des collectors que Phillips élabore, en leur insufflant un contenu qui les transforme en véritables magazines. En invitant des chroniqueurs et en émaillant les photographies des lots mis à l’encan d’interviews d’artistes, de collectionneurs et de critiques renommés, parmi lesquels on trouve des personnalités aussi diverses que Lapo Elkann, Marc Jacobs, Juergen Teller ou Malcolm McLaren, le succès est patent.

 

Après “Music”, “New York New York” et avant “Africa” ou “Film”, c’était “Sex” qui enflammait Londres il y a dix ans. Le lot phare de la vente, le n° 45, proposait Soft Tread (1966-1967), une pièce rare d’Allen Jones. L’artiste anglais, connu pour ses tableaux et ses sculptures érotiques de femmes-objets, avait inspiré Stanley Kubrick pour le décor du Korova Milk Bar dans Orange mécanique. Soft Tread, une œuvre tirée d’un catalogue de chaussures hollywoodien, rassemble à elle seule tous les codes d’Allen Jones : tension entre matière brillante et matière mate, entre surface 2D et 3D, entre l’image publicitaire et le fétichisme... Exposée au MoMA dans les années 60, puis intégrée à une collection privée, cette pièce historique du pop art britannique – estimée entre 60 000 et 80 000 livres – a été adjugée à 400 000 livres.