99

L'artiste Anish Kapoor fait sensation à Versailles

 

Rencontre exclusive avec le célèbre artiste britannique Anish Kapoor qui assiège cet été le château de Versailles. Ses installations monumentales suscitent déjà la polémique et l’engouement du public.

Dirty Corner, membrane ouverte de plus de 10 mètres de haut au milieu des jardins du château de Versailles.

Portrait Peter Lindbergh

Il en va aujourd’hui de l’art comme de la musique. Si la production des artistes est soumise à la critique, et que cette critique aide à les connaître et à comprendre leur démarche, dans certains cas, elle demeure cependant inopérante. Peu se risqueraient à analyser sérieusement le dernier album de Lady Gaga ou de Rihanna. On préférera s’intéresser au “phénomène”, aux records de ventes et de followers sur Twitter, aux “stratégies marketing”, vidéos et autres robes de créateur. Le monde de l’art, lui aussi, a ses pop stars. Elles ne portent pas encore de tenues excentriques mais leur succès – d’abord sur le marché de l’art puis auprès du grand public – leur confère, si ce n’est une légitimité incontestée, du moins une notoriété et un rayonnement mondiaux. Anish Kapoor, à l’instar de Jeff Koons ou de Damien Hirst, fait partie de ces happy few. Comme Lady Gaga ou Miley Cyrus, ces trois grands noms s’appuient sur deux logiques des plus efficaces : faire toujours plus grand (la star se doit par essence d’atteindre le ciel), mais aussi provoquer la controverse (la star a toujours fait parler, des astronomes aux voyantes en passant par les marins du Moyen Âge).

Je veux perturber cet objet géométrique aux perspectives parfaites qui renvoie à l’idée d’éternité pour y insérer la Nature véritable, celle qui implique le désordre, la mort, la décomposition et l’abject.

Sky Mirror, face au château de Versailles dans les jardins.

Pour l’heure, la grande rétrospective Koons au Centre Pompidou a battu des records d’affluence pour un artiste vivant (plus de 650 000 visiteurs) et c’est Anish Kapoor qui se voit invité à s’installer dans les jardins du château de Versailles. L’artiste britannique d’origine indienne est coutumier des projets d’envergure. Son Leviathan de 12 tonnes et de 35 mètres, tout en rondeur futuriste, avait séduit 280 000 visiteurs au Grand Palais en 2011. Afin de promouvoir son projet versaillais, Anish Kapoor le présente en avant-première : “L’idée de mon intervention à Versailles, déclame-t-il, n’est pas d’y déposer simplement quelques-unes de mes œuvres, comme des décorations. Le lieu n’a vraiment pas besoin d’être décoré. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre sens dessus dessous les jardins de Le Nôtre. Je veux perturber cet objet géométrique aux perspectives parfaites qui renvoie à l’idée d’éternité pour y insérer la Nature véritable, celle qui implique le désordre, la mort, la décomposition et l’abject.” L’idée est évidemment ici de faire événement.

Un orifice comme une béance vaginale fait face au château. La structure phallique, symbole du pouvoir, se confronte à la puissance féminine issue des entrailles de la Terre.

Shooting into the Corner, oeuvre installée dans la salle du Jeu de paume à Versailles.

Anish Kapoor présente son intervention majestueuse au sein du Tapis vert, ce parterre de pelouse de 335 mètres de long. S'y trouve une vaste membrane tel un vagin rougeoyant de 60 mètres de long et de 10 mètres de haut, qui n’est pas sans rappeler son installation Marsyas dans le Turbine Hall de la Tate Modern en 2002. Un orifice comme une béance vaginale fait face au château. La structure phallique, symbole du pouvoir, se confronte à la puissance féminine issue des entrailles de la Terre. Puisque Anish Kapoor semble décidé à tirer à boulets rouges sur ce symbole éternel du pouvoir et de l’État qu’est Versailles, il ne pouvait trouver meilleur appui que son œuvre Shooting into the Corners (2009). Installé dans l’historique salle du Jeu de paume, son canon projette sur l’un des coins de salle (protégé d’un mur blanc, que les conservateurs en tout genre se rassurent) des pelotes de cire rouge de 5 à 6 kilos, qui s’y fracassent. Sanglant.

 

Par Thibaut Wychowanok

 

Anish Kapoor au château de Versailles, du 9 juin au 1 novembre.

 

 Retrouvez cet article dans son intégralité dans le Numéro 164, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

→ Abonnez-vous au magazine Numéro
→ Abonnez-vous à l'application iPad Numéro

 

“Food: Bigger than the Plate” : l'exposition londonienne à ne pas rater
654

“Food: Bigger than the Plate” : l'exposition londonienne à ne pas rater

Culture Dans l'exposition “Bigger than the Plate”, le Victoria & Albert Museum, du 18 mai au 20 octobre prochains, envisage notre civilisation à travers un prisme inattendu : nos assiettes. Les artistes contemporains – en collaboration avec des agriculteurs, des chefs cuisiniers et des scientifiques – y livrent leurs pistes pour réenchanter le monde de demain. Dans l'exposition “Bigger than the Plate”, le Victoria & Albert Museum, du 18 mai au 20 octobre prochains, envisage notre civilisation à travers un prisme inattendu : nos assiettes. Les artistes contemporains – en collaboration avec des agriculteurs, des chefs cuisiniers et des scientifiques – y livrent leurs pistes pour réenchanter le monde de demain.

La fascinante exposition Vasarely au Centre Pompidou
885

La fascinante exposition Vasarely au Centre Pompidou

Art & Design Cercles et carrés à l’infini, couleurs vibrantes, formes hypnotiques, impression de volumes en trois dimensions… L’œuvre de Victor Vasarely est une véritable expérience sensorielle, presque corporelle, qui aspire notre regard. Pour la première fois depuis 1963, le Centre Pompidou rend hommage à l’inventeur de l’art optique, à travers plus de trois cents œuvres dont des peintures, sculptures, intégrations architecturales, publicités et études du début de sa carrière. Cercles et carrés à l’infini, couleurs vibrantes, formes hypnotiques, impression de volumes en trois dimensions… L’œuvre de Victor Vasarely est une véritable expérience sensorielle, presque corporelle, qui aspire notre regard. Pour la première fois depuis 1963, le Centre Pompidou rend hommage à l’inventeur de l’art optique, à travers plus de trois cents œuvres dont des peintures, sculptures, intégrations architecturales, publicités et études du début de sa carrière.

Les frères Bouroullec meublent la Bourse de Commerce pour François Pinault
832

Les frères Bouroullec meublent la Bourse de Commerce pour François Pinault

Art & Design Le célèbre collectionneur breton a chargé Ronan et Erwan Bouroullec de concevoir et sélectionner l’ensemble du mobilier de la Bourse de Commerce, futur musée parisien qui accueillera la Collection Pinault, dont l’architecture est assurée par Tadao Ando. Le célèbre collectionneur breton a chargé Ronan et Erwan Bouroullec de concevoir et sélectionner l’ensemble du mobilier de la Bourse de Commerce, futur musée parisien qui accueillera la Collection Pinault, dont l’architecture est assurée par Tadao Ando.

Hiroshi Sugimoto investit la 3e Scène de l'Opéra de Paris
836

Hiroshi Sugimoto investit la 3e Scène de l'Opéra de Paris

Art & Design Le photographe japonais est le nouvel invité de la 3e Scène de l’Opéra de Paris. À Odawara (Japon), au sein de sa propre fondation d'art, il filme Aurélie Dupont, directrice du ballet de l'Opéra de Paris, qui interprète le solo Ekstasis, une chorégraphie signée Martha Graham. Découvrez les premières images du court-métrage qui sortira le 27 février.  Le photographe japonais est le nouvel invité de la 3e Scène de l’Opéra de Paris. À Odawara (Japon), au sein de sa propre fondation d'art, il filme Aurélie Dupont, directrice du ballet de l'Opéra de Paris, qui interprète le solo Ekstasis, une chorégraphie signée Martha Graham. Découvrez les premières images du court-métrage qui sortira le 27 février. 

Le festival Circulation(s) dévoile sa sélection de photographes européens
850

Le festival Circulation(s) dévoile sa sélection de photographes européens

Photographie Le festival de la jeune photographie européenne annonce sa sélection. Pour la neuvième année consécutive, Circulation(s) fait émerger de nouveaux talents en réunissant 37 artistes au Centquatre-Paris, du 20 avril au 30 juin prochain. Le festival de la jeune photographie européenne annonce sa sélection. Pour la neuvième année consécutive, Circulation(s) fait émerger de nouveaux talents en réunissant 37 artistes au Centquatre-Paris, du 20 avril au 30 juin prochain.

Comment la Roumanie est devenue cool ?
873

Comment la Roumanie est devenue cool ?

Art La Roumanie ne se cantonne pas à l'hostile Transylvanie du comte Dracula et ses hautes montagnes enfouies dans le brouillard. L’institut français le prouve une nouvelle fois avec la saison culturelle France-Roumanie qui met en lumière quelques joyaux de la culture roumaine jusqu’au 14 juillet prochain. La Roumanie ne se cantonne pas à l'hostile Transylvanie du comte Dracula et ses hautes montagnes enfouies dans le brouillard. L’institut français le prouve une nouvelle fois avec la saison culturelle France-Roumanie qui met en lumière quelques joyaux de la culture roumaine jusqu’au 14 juillet prochain.