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Numéro
07

8 expositions à ne pas manquer en janvier

Art

Yves Saint Laurent à l'honneur dans six musées parisiens, les nus sensuels de Nobuyoshi Araki à la Bourse de commerce, l'histoire du hip-hop français à la Philharmonie et celle du sida au MUCEM... Découvrez les huit expositions à visiter en France au mois de janvier.

Act Up-Amsterdam, affiche, 2000-2013. Mucem © Act up-Paris ; photo : Mucem

1. Quarante années de lutte contre le sida retracées au Mucem

 

 

“L’épidémie n’est pas finie !” : le sous-titre de la nouvelle exposition du Mucem a le mérite d’interpeler. Présenté jusqu’au 2 mai dans le musée marseillais, ce projet curatorial d’ampleur porté par huit commissaires se donne l’ambitieuse entreprise de retracer l’histoire sociale et politique du sida, phase terminale du virus VIH dont le premier cas fut détecté en 1981. Sa propagation massive dans le monde entier a conduit à la stigmatisation massive des homosexuels et personnes LGBTQ+, toxicomanes ou encore travailleurs du sexe, entravant la prise en compte de sa menace publique pour la société dans son ensemble et combattue par une considérable riposte citoyenne. Dédié aux civilisations européennes et méditerranéennes, le Mucem retrace les quarante ans d’histoire sociale et politique de la pandémie dans le continent à travers les traces mémorielles de cette lutte qu’elle collecte depuis plusieurs décennies : affiches et flyers préventifs, articles et photographies de presse, œuvres réalisés par des artistes séropositifs ou sensibilisés à ces questions, cartographie de l’épidémie ou encore archives de manifestations et actions du mouvement Act Up, telles que le fameux encartage de l’obélisque de la Concorde en 1993 par un préservatif rose géant. Performances et lectures, workshops, projections et débats seront aussi prévus pendant la durée de l’exposition, montrant combien son sujet reste toujours d’actualité.

 

 

“VIH/sida : L'épidémie n'est pas finie !”, jusqu'au 2 mai au Mucem, Marseille.

Etel Adnan, “Rihla i lâ Jabal Tamalpaïs [Voyage au mont Tamalpaïs]” (2008). © ADAGP, Paris, 2021.

2. Quand le dessin et l'écriture ne font qu'un au Centre Pompidou-Metz

 

 

Le 14 novembre dernier, le monde de l’art perdait Etel Adnan, grande figure de la peinture et de la poésie qui laissait derrière elle un œuvre considérable fait de recueils de poèmes, romans, essais et de nombreuses toiles. Seulement quelques jours avant sa disparition à l’âge de 96 ans, le Centre Pompidou-Metz inaugurait l’exposition “Écrire, c’est dessiner”, dont elle fut à l’origine. Réunissant un impressionnant corpus de 230 œuvres, dont la plus ancienne date de plus d’un millénaire avant J.C., cette proposition explore les liens séculaires qui unissent l’écriture et le dessin, montrant combien ces deux formes graphiques d’expression se sont nourries l’unes et l’autre au fil du temps et des civilisations. On y découvre aussi bien des manuscrits mérovingien ou de l’empire ottoman au XVIIe siècle, des croquis d’Arthur Rimbaud et Victor Hugo, des œuvres sur papier de Pierre Alechinsky et Louise Bourgeois, des créations contemporaines grand format de Nancy Spero ou de Pélagie Gbaguidi, et bien sûr plusieurs des fameux leporellos d’Etel Adnan, livres pliés en accordéon sur lesquels l’artiste laissait glisser ses mots… et sa peinture.

 

 

“Écrire, c'est dessiner. D'après une idée d'Etel Adnan”, jusqu'au 21 février au Centre Pompidou-Metz.

© Éric Minh Cuong Castaing / Victor Zébo / Cie Shonen, 2021

3. Éric Minh Cuong Castaing fait danser les corps fragiles au Bal

 

 

Les corps activés par Éric Minh Cuong Castaing sont loin d’être ceux, vigoureux, juvéniles et mobiles, que l’on a l’habitude de voir dans la danse. Pourtant, le chorégraphe et artiste français passé par le Ballet national de Marseille et lauréat du troisième prix Le Bal / ADAGP de la Jeune Création défend l'idée que tout corps est capable danser : alors, il fait saillir chez des personnes à mobilité réduite, parfois âgées, la force de vivre que l’on ne voit plus. Par la danse-contact, technique selon laquelle les chorégraphes guident directement les mouvements des danseurs, l'artiste permet à des résidents d'hôpitaux et maisons de repos de reconquérir à leur rythme, sur scène comme à l’image, leur enveloppe corporelle et l’espace qui les entoure. Le centre artistique parisien présente le fruit de ses derniers projets, incarnés par cinq vidéos d’une grande tendresse et humanité.

 

 

Éric Minh Cuong Castaing, “Forme(s) de vie”, jusqu'au 6 février au Bal, Paris. Performances les samedi 29 et dimanche 30 janvier de 14h à 19h.

Natacha Lesueur, “Sans titre”, série « Carmen Miranda » (2010). Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. ©Adagp, Paris. Photo © DR.

Frédéric Nauczyciel, “Vogue ! Baltimore, Marquis Revlon” (2011). Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Photo © André Morin. © Adagp, Paris 2021.

4. Quand le contact des corps fait œuvre au MAC VAL

 

 

Que reste-t-il de nos corps et de nos relations physiques depuis deux ans, à l’ère de la pandémie ? Là où sa précédente exposition explorait les liens entre l’être humain et la planète Terre, la nouvelle proposition du MAC VAL, musée d’art contemporain du Val-de-Marne, se concentre cette fois-ci sur l’exploration artistique du contact, des relations humaines et de la corporalité aujourd’hui. Si dans certaines œuvres il est question de nudité, comme chez Annette Messager et Natacha Lesueur, dans d’autres comme celles de Judith Reigl ou Kader Attia, il est davantage question de disparition, tandis que les vidéos, photos ou performances de Clément Cogitore, Abraham Poincheval et Frédéric Nauczyciel parlent du corps libéré par l’envol, la danse et le mouvement. Au milieu de cet ensemble, l’artiste française Gaëlle Choisne imagine une installation accueillante pour les visiteurs, leur permettant d’activer cette exposition centrée sur le vivant.

 

 

“À mains nues”, à partir du 9 janvier au MAC VAL, Vitry-sur-Seine.

Bildtjanst-H. Nicolaisen, “Portrait de Sarah Maldoror”, photographie n&b, s.d. Courtesy Annouchka de Andrade et Henda Ducados

5. Le cinéma poétique et engagé de Sarah Maldoror au Palais de Tokyo

 

 

Le patronyme de Sarah Maldoror n’est pas un hasard : c’est aux chants éponymes du poète Lautréamont que la cinéaste l’a emprunté, marquant dès ses débuts son affinité avec le mouvement surréaliste. Décédée en avril 2020 à l’âge de 91 ans, la réalisatrice française née d’un père guadeloupéen a produit dès les années 60 une œuvre passionnante avec pour ambition de déplacer le regard européen et occidental sur l’Afrique. Éclectique, sa filmographie comporte aussi bien des fictions inspirées par des événements politiques comme Sambizanga, traitant en 1972 de la guerre de libération nationale du Mozambique, des documentaires comme Des fusils pour Banta (1971), sur la lutte pour l’indépendance en Guinée-Bissau, ou encore des portraits des écrivains Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, représentants du courant de la négritude dont la cinéaste se sentait proche. Le Palais de Tokyo consacre à Sarah Maldoror sa première rétrospective, juxtaposant des extraits de films et archives correspondant chaque fois à un moment significatif de la vie et la carrière de celle qui disait : “Réaliser un film, c’est prendre position”. Cette installation fait également dialoguer son cinéma avec des œuvre plastiques en écho à sa pensée et ses thématiques phares, comme celles des artistes modernes Wilfredo Lam et Melvin Edwards, et des contemporaines Kapwani Kiwanga et Myriam Mihindou.

 

 

“Sarah Maldoror : Cinéma Tricontinental”, jusqu'au 13 mars au Palais de Tokyo, Paris.

Nobuyoshi Araki, “Shi Nikki Araki (Private Diary)” (1993) © Nobuyoshi Araki. Courtesy of Taka lshii Gallery. Pinault Collection

6. Les nus sensuels de Nobuyoshi Araki à la Bourse de commerce

 

 

Quelques mois après son ouverture remarquée en plein centre de Paris, la Bourse de commerce commence à faire tourner progressivement son exposition inaugurale en consacrant un accrochage au photographe Nobuyoshi Araki. Connu pour ses clichés érotiques, ce héros de la contre-culture nippone né à Tokyo en 1940 n’a cessé de célébrer la sensualité dans les corps, dans la nature, et même dans la ville. Au centre de l’une des galeries du site de la Collection Pinault, c’est une de ses séries réalisée en 1993 qui fait le cœur de cette exposition personnelle du photographe, aujourd’hui âgé de 81 ans. Dans son noir et blanc emblématique, des modèles féminins y apparaissent dénudées, lascives voire ligotées par la technique de bondage japonaise shibari. Parmi ces images viennent s’inviter des clichés réalisés par l’artiste au gré de ses pérégrinations tokyoïtes, de scènes d’intérieur et natures mortes à des vues urbaines, qui déploient un véritable journal intime visuel.

 

 

Nobuyoshi Araki, jusqu'au 14 mars à la Bourse de commerce, Paris.

Portrait de Nusch Eluard, automne 1937, Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973. Succession Picasso - Gestion droits d'auteur. Eluard Nusch (1906-1946). Paris, musée national Picasso - Paris. Photo RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean.

Yves Saint Laurent, hommage à Pablo Picasso, veste de drap de laine Gandini * et Dormeuil *. 70 x 50 x 10 cm, automne-hiver 1979. Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, Paris © Yves Saint Laurent © Nicolas Mathéus.

7. Yves Saint Laurent s'invite dans six musées parisiens

 

 

Nous sommes le 29 janvier 1962. La foule se presse au 30 bis rue Spontini pour assister à la présentation de la première collection d’Yves Saint Laurent. Licencié de la maison Dior deux ans plus tôt, le couturier tout juste âgé de 26 ans impose ce jour-là sa conception définitivement moderne du vestiaire féminin, portée par ses smokings, ses cabans et ses pantalons en laine. Alors que ce défilé historique fête cette année ses soixante ans, six prestigieux musées parisiens rendent hommage au créateur disparu en 2008 à travers une exposition-anniversaire, orchestrant des dialogues entre ses pièces et leurs collections permanentes. Ses vêtements et dessins inspirés d’artistes modernes au Centre Pompidou, ses hommages du couturier à Pablo Picasso au musée Picasso ou à Marcel Proust au musée d’Orsay, sa passion pour le doré et la lumière au Louvre ou encore ses archives inédites au musée Yves Saint Laurent font redécouvrir la richesse et l'éclectisme de ses références artistiques, autant que les œuvres et objets d'institutions culturelles majeures.

 

 

“Yves Saint Laurent aux musées”, du 29 janvier au 15 mai aux musée du Louvre, musée d'Orsay, Centre Pompidou, musée Picasso, musée Yves Saint Laurent et musée d'Art moderne de la Ville de Paris.

JoeyStarr dans le studio de l’émission Sky.B.O.S.S. installé dans sa cave (2003) © Nathanaël Mergui (Nathadread Pictures)

8. L'histoire du hip-hop français se raconte à la Philharmonie

 

 

Après avoir célébré des figures majeures de la musique telles qu'Étienne Daho ou le Velvet Underground, c’est désormais le hip-hop français et ses quarante ans d’histoire que la Philharmonie de Paris met à l'honneur, retraçant ses origines dans le New York des années 70 et son arrivée dans l’Hexagone quelques années plus tard jusqu'à son foisonnement contemporain, porté par de nombreuses figures de talent. Afin de retranscrire la vivacité de cette culture venue de la rue, dont sont notamment nés un genre musical et chorégraphique à part entière, l'exposition regroupe des rares photos et vidéos diffusées sur un écran 360 ainsi que des objets étonnants, une grande bibliothèque musicale nourrie de dizaines de disques, morceaux et émissions de radio ou encore des œuvres des artistes qui ont fait naître le street-art. Entre les rappeurs Kery James et MC Solaar et Jul, les groupes IAM et NTM, les graffeurs Futura 2000 et Jay One ou encore la troupe de breakdance Aktuel Force, toutes les figures emblématiques du mouvement sont réunies pour incarner sa richesse.

 

 

“Hip-hop 360. Gloire à l'art de la rue”, jusqu'au 24 juillet à la Philharmonie, Paris.