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17 Avril

5 artistes qui sculptent la lumière

 

L’art contemporain et la lumière entretiennent depuis longtemps un lien fidèle, constamment revisité. Retour sur le travail de cinq artistes perpétuant cet héritage en proposant des œuvres poétiques et innovantes.

Par Matthieu Jacquet

Ann Veronica Janssens, “Hot Pink Turquoise” (2006). Vue de l’exposition “Mars”, IAC – Institut d’Art contemporain, Villeurbanne, 2017. © Ann Veronica Janssens, ADAGP. Photo : Blaise Adilon. Courtesy of the artist, IAC – Institut d’Art contemporain, Villeurbanne and Kamel Mennour, Paris/London.

Que la lumière soit et la lumière fut. Essentielle à l’expérience esthétique, la lumière occupe, au sein des arts visuels, une place silencieuse mais néanmoins primordiale depuis ses origines. Cela dit, il aura fallu attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que celle-ci devienne un matériau à part entière, central dans la réalisation des œuvres. Prenant racine dans la photographie, son utilisation a depuis dépassé le cadre de l’image pour investir en trois dimensions les espaces d’exposition. Le néon, par exemple, plébiscité par l’Américain Dan Flavin dès les années 60, devint depuis le médium privilégié d’artistes tels que François Morellet, Bruce Nauman, Claude Lévêque ou encore Tracey Emin, capables d’en former de véritables sculptures lumineuses.

 

À partir des années 60, plusieurs artistes de l’op art, mouvement né dans le sillage de l’art cinétique, ont utilisé la lumière et les couleurs dans leurs œuvres en vue de créer de nouvelles expériences perceptives. Fondé à cette même période dans le sud de la Californie, le groupe Light and Space a, quant à lui, vu naître le travail d’artistes tels que James Turrell, Larry Bell, Robert Irwin ou encore Mary Corse, qui manipulaient la lumière dans l’espace en vue de provoquer de nouvelles expériences sensorielles chez le spectateur. Aujourd’hui, nombreux sont celles et ceux qui s’inscrivent dans cette lignée. Nous retiendrons parmi eux cinq artistes contemporains dont le travail témoigne de cet intérêt historique, qui ne cesse d’être réexploré.

Vue de l’exposition “Ann Veronica Janssens”, du 24 mars au 7 mai 2017 à l’institut d’Art contemporain, Villeurbanne (Rhône-Alpes) © Blaise Adilon.

1. Ann Veronica Janssens

 

Cette artiste née au Royaume-Uni réalise des œuvres immersives où la lumière et les couleurs sont mobilisées en vue de refaçonner l’espace. En ce sens, elle s’inspire d’artistes tels que James Turrell et Robert Irwin, mais les objets qu’elle crée rappellent également les sculptures translucides et teintées d’Helen Pashgian ou de Gisela Colon. Au sein de ce qu’elle nomme ses “super espaces”, Janssens influe sur l’éclairage, sur la température, la densité de l’air ou le bruit, autant de données qui jouent avec l’appréhension sensorielle de notre environnement. La lumière reste toutefois son champ d’action principal, qu’elle mobilise autant dans des salles emplies de fumée, dans des sculptures en verre pourvues de prismes ou des projections colorées sur les murs. Par ces diverses utilisations, elle parvient ainsi à brouiller les limites du perceptible. Dans ses espaces hors du temps, le spectateur devient à son tour un élément évanescent qui passe sans laisser de trace.

 

Hot Pink Turquoise, une installation immersive de l’artiste est à voir jusqu’au 29 avril prochain au musée de l’Orangerie.

Anthony McCall, “Face to Face IV” (2013). Photo : André Morin. Courtesy of Galerie Martine Aboucaya.

2. Anthony McCall

 

Artiste d’origine britannique, Anthony McCall s’est illustré dès les années 70 avec son cinéma expérimental : dans ses films, il revenait aux fondements mêmes de la technique de la projection en la prenant comme source de son exploration créative. Avec son premier film Line Describing a Cone, il déploie en 1973 sa première version de ce qu’il appellera les “lumières solides”, qui définiront les bases de son esthétique. Plongés dans le noir, les spectateurs y découvrent une source lumineuse conique, semblant créer un volume réel qui transfère sur la surface éclairée des lignes nettes dessinant des formes pures. Dans toutes les installations de l’artiste, c’est donc la poussière de l’air qui donne corps à la lumière, subtile manière pour lui de sculpter l’impalpable. Après un hiatus de vingt ans dans sa carrière de cinéaste-plasticien, Anthony McCall est revenu sur la scène artistique en 2003 pour proposer de nouveaux Solid Works toujours plus déroutants.

 

 

Anthony McCall, “Solid Light Works”. Archerfish Productions.

Vue de l’exposition Daniel Steegmann Mangrané, Ne voulais prendre ni forme, ni chair, ni matière, du 20 février au 28 avril 2019 à l’Institut d’art contemporain © Teresa Estrada Ferrando.

Vue de l’exposition Daniel Steegmann Mangrané, Ne voulais prendre ni forme, ni chair, ni matière, du 20 février au 28 avril 2019 à l'Institut d’art contemporain © Teresa Estrada Ferrando.

3. Daniel Steegmann Mangrané

 

La pratique de Daniel Steegmann Mangrané est multiple, composée à la fois de sculptures, d’installations, d’architectures, de vidéos et de dessins. Installé au Brésil depuis quinze ans, cet artiste espagnol puise autant dans la forêt amazonienne que dans l’anthropologie pour répondre à son désir d’abolir la frontière entre nature et culture, qu’il traduit dans une réflexion artistique sur les espaces habitables, non habitables et traversables, la flore et la biodiversité, la topographie ou encore les phasmes. Actuellement présentée à l’IAC de Villeurbanne, sa première exposition monographique ne comporte pas une seule œuvre : l’acteur principal y est en fait la lumière, mais pas celle artificielle émise par les luminaires, celle du jour éclairant naturellement l’extérieur et l’intérieur du bâtiment. Pour la maîtriser, Steegmann Mangrané a repensé l’ensemble de l’espace d'exposition, y a ajouté des cloisons, des interstices, des filtres et des structures, constituant ainsi un labyrinthe régi par la puissance du soleil.

 

L’exposition Ne voulait prendre ni forme, ni chair, ni matière de Daniel Steegmann Mangrané est à découvrir jusqu’au 28 avril à l’Institut d’art contemporain, Villeurbanne.

Maja Petric, “We Are All Made of Light” (2018). Photo : Maja Petric.

Maja Petric, “outSIDEin”, New York City Subway (2006). Photo : Maja Petric.

4. Maja Petric

 

Dans la production de cette artiste basée aux États-Unis, la technologie est centrale. Pendant son enfance à Zagreb, l’artiste a connu de l’intérieur l’horreur de la guerre de Croatie, qui l’a amenée à imaginer un monde plus beau et plus paisible où les ruines laissent placent à l’harmonie. C’est pourquoi, à partir de 2000, elle a commencé à créer des environnements artificiels inspirés par la force de la nature : des surfaces craquelées semblant brisées par la lumière, des ciels transformés par les aléas du temps ou des rideaux étoilés sont autant de tableaux dans lesquels l’artiste nous invite. Au cœur de ces espaces, c’est la lumière qui reconfigure la trajectoire et les interactions des spectateurs, et les incite à se recentrer sur l’essence de l’expérience in situ. De l’immersion à la contemplation.

Tokujin Yoshioka, “Spectrum – Resonant Rainbows Radiate from Prisms”, Shiseido Gallery, 2017.

Tokujin Yoshioka, “Rainbow Church” (2010-2013)

5. Tokujin Yoshioka

 

Depuis plus de 20 ans, Tokujin Yoshioka transcende les frontières entre design, art et architecture en repensant les différents éléments qui composent des environnements : objets, espaces, lumières et décoration. La diversité de sa production lui permet donc d’insuffler son regard et sa philosophie autant dans des créations purement fonctionnelles que des espaces éminemment uniques, où l’expérience esthétique apparaît comme seul objectif. En attestent ses installations Spectrum et Rainbow Church, où une paroi composée de centaines de prismes en cristal filtre la lumière pour faire émerger un arc-en-ciel intérieur au sol. À la Biennale de Venise de 2011, il dévoila également Glass Tea House - KOU-AN, petit pavillon extérieur en verre célébrant la traditionnelle cérémonie japonaise du thé, ici baignée de lumière. Aujourd’hui, on peut d’ailleurs retrouver les bancs qui composent cette installation dans les salles du musée d’Orsay. 

Tokujin Yoshioka, “Glass Tea House - KOU-AN” (2011-) ©Yasutake Kondo

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