Advertising
738

Asia Now : la foire d’art asiatique en cinq œuvres essentielles

 

Visite guidée de la foire parisienne Asia Now en cinq œuvres en prise avec leur époque. Au programme jusqu’au 23 octobre : sexe, spam, selfie et domination féminine…

Par Thibaut Wychowanok

Pixy Liao, Sushi familial (2011), digital C-print, 35,5 x 50 cm.

 

 

1. Pixy Liao sur le stand de la galerie Leo Xu Projects

 

À voir ses photographies ou ses installations, c’est à croire que la Chinoise Pixy Liao aime maltraiter les hommes. Juste retour des choses après des millénaires de domination masculine sans doute… Née à Shanghai mais installée aujourd’hui à Brooklyn, la trentenaire renverse le rapport de force dans des photographies jubilatoires : son petit ami se voit attaché sur un lit tel un sushi, une main de femme enserre une main d’homme pour mieux prendre le contrôle d’une souris d’ordinateur. Une approche très premier degré sauvée par l’humour de la composition. D’ailleurs, Pixy Liao ne s’attaque pas qu’aux clichés du “genre”, les pires stéréotypes sur les nationalités sont aussi convoqués : Japon = sushi, Chine = raquette de ping-pong.

 

L’artiste propose également une installation géniale de 19 modèles d’organes génitaux masculins (en forme de banane ou de saucisse) en doux tissu rose, tous réalisés par son partenaire. L’homme est ramené à une pratique dite féminine (la couture), se voit obligé de jouer avec une couleur réservée aux filles (le rose) et de toucher des sexes autres que le sien (un tabou hétérosexuel). Une œuvre qui devrait séduire les adeptes de la Manif pour tous.

 

Galerie Leo Xu Projects 

Pixy Liao, Ping Pong Balls (2013), digital C-print, 35,5 x 50 cm.

Pixy Liao, A Collection of Penises (2013).

Extrait de la vidéo Simply Wild de Cheng Ran.

 

 

2. Cheng Ran sur le stand de la galerie Leo Xu Projects

 

Cheng Ran est sans doute l’un des artistes les plus prometteurs de l’art chinois post-Internet. Le New Museum de New York ne s’y est pas trompé et lui consacre justement un solo show du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017. À Asia Now, la galerie Leo Xu Projects présente, quant à elle, une vidéo de 2014.

 

Le film Simply Wild, de presque sept minutes, a été inspiré à Cheng Ran par un spam érotique reçu dans sa boîte mail. Loin d’être l’un de ces courriels qui vous demandent votre numéro de carte bleue, celui-ci contenait un texte en forme de conversation érotique étrange. S’y mêlaient différentes typographies (majuscules et minuscules) comme une conversation SMS. Le texte était totalement décousu. Tout semblait indiquer que ce spam était l’œuvre d’un logiciel informatique, comme si Internet devenait une entité autonome et balbutiait ses premiers mots.

 

Cheng Ran s’empare de ce spam et réalise à Amsterdam un film qui s’en inspire, à l’esthétique cheap et cheesy. Alors que les images défilent, le texte de l’e-mail apparaît à l’écran. Dans un jeu de va-et-vient perpétuel entre virtuel et réel, le spam s’incarne dans la réalité par le tournage à Amsterdam et redevient aussitôt une présence virtuelle par la vidéo. Troublant.

 

Galerie Leo Xu Projects

 

Liu Bolin, The Hacker Series Screen Portrait (2015), écran LED et fils électriques,
110 x 105 cm.

 

 

3. Liu Bolin sur le stand de la Galerie Magda Danysz

 

Ouverte en 1999 à Paris, la Galerie Magda Danysz est aujourd’hui installée à Shanghai (2009) et à Londres (2015). Elle a reconstitué pour cette édition d’Asia Now l’intérieur d’un collectionneur asiatique fictionnel. On y découvre notamment les dernières pièces de Liu Bolin, artiste qui a récemment collaboré avec JR pour son installation sur la pyramide du Louvre – personne n’est parfait.

 

Le Chinois propose une composition rectangulaire fascinante d’écrans de téléphone portable cassés. À y regarder de plus près, les zones noires des écrans, mises bout à bout, forment en réalité un portrait (un peu abstrait). C’est justement le propos de cette œuvre qui s’attaque à la folie mondiale des selfies. L’humanité, nous dit Liu Bolin, ne semble plus que se regarder à travers les écrans. Les briser revient à rappeler les blessures narcissiques que nous essayons de soigner via Instagram et Snapchat. Lors de la première exposition de ses œuvres à Shanghai, l’artiste avait proposé une performance : une jeune fille traverse les lieux vêtue simplement d’écrans de téléphone cassés. La génération des “digital natives” était mise à nu.

 

Galerie Magda Danysz

 

Yim Maline, Tokkata (Doll) [2016], céramique non vernie, riz et étain, 35 x 10 cm. 

 

 

4. Yim Maline sur le stand de Sa Sa Bassac

 

Espace à but non lucratif, Sa Sa Bassac est l’une des très rares galeries d’art contemporain au Cambodge. Asian Now est l’occasion de découvrir l’un de ses fondateurs, Vuth Lyno (actuellement en résidence à Bétonsalon – Centre d’art et de recher­che et la Cité internationale des arts à Paris). Le Cambodgien présente des photographies de masques de théâtre auxquels il donne un tout autre sens en leur faisant représenter des récits ou des identités LGBT.

 

Sa Sa Bassac présente également Yim Maline, dont la prochaine exposition à Phnom Penh ouvre le 27 octobre. L’artiste de 34 ans dévoile des petites figures amusantes, entre une poupée et un personnage de Miyazaki. Il s’agit surtout de fantômes de son passé inspirés de son enfance dans les camps des Khmers rouges. L’artiste y sculptait des morceaux de bois pour se fabriquer ses jouets. Les sculptures sont issues de cette mémoire tactile. Leur forme oblongue évoque aussi celle d’un os, comme un hommage aux victimes du régime.

 

Chaque poupée est installée sur un amas de riz. Tout un symbole là encore puisque le riz cambodgien – de très bonne qualité – est exporté principalement vers la Thaïlande alors que les Cambodgiens en sont réduits à manger du riz importé de moins bonne qualité… Entre effort de résilience personnel et portée politique, l’œuvre de Yim Maline n’en finit pas d’ouvrir des portes.

 

Galerie Sa Sa Bassac

Vuth Lyno, (L) Thoamada Series, Lion et Sou Pov (2011), digital C-print, 60 x 90 cm.

 

 

5. Tomatsu Shomei sur le stand de la Galerie Misa Shin

 

Tomatsu Shomei est l’un des grands maîtres japonais de la photographie, l’égal d’un Daido Moriyama ou d’un Nobuyoshi Araki. La Galerie Misa Shin propose sur Art Now quelques-uns de ses clichés des années 60. L’occasion de rappeler que le photographe est également à l’honneur au BAL à Paris, au sein de la sublime exposition PROVOKE.

 

Persuadé que la photographie ne pouvait documenter le réel, Tomatsu Shomei s’efforçait de capturer un moment éminemment subjectif. Loin du réalisme, ses clichés de la contestation sociale des années 60 offrent un cadrage abrupt et un rendu flou proche de l’abstraction, comme si, face à l’impossibilité de montrer le réel et de rendre compte de la violence sociale, et face à la multiplicité des images et leur reproductibilité infinie, il n’y avait pas d’autre choix que le chaos. Une approche qui fait étrangement écho à notre époque.

 

Misa Chin Gallery

 

Asia Now, Paris Asian Art Fair, du 20 au 23 octobre, 9, avenue Hoche, Paris VIIIe, www.asianowparis.com

 

 

4 spots incontournables de l’art à Londres
845

4 spots incontournables de l’art à Londres

Art Londres est connue pour ses musées et ses nombreuses attractions touristiques, mais aussi pour sa multitude de lieux d’exposition originaux. Dans son ouvrage “Art London” sorti cette semaine, la critique d’art Hettie Judah recense tous les espaces incontournables de l’art. Pour Numéro, elle propose une sélection de ses 4 endroits favoris. Londres est connue pour ses musées et ses nombreuses attractions touristiques, mais aussi pour sa multitude de lieux d’exposition originaux. Dans son ouvrage “Art London” sorti cette semaine, la critique d’art Hettie Judah recense tous les espaces incontournables de l’art. Pour Numéro, elle propose une sélection de ses 4 endroits favoris.

Augustin Trapenard et Tomás Saraceno au musée du Louvre, pour un art engagé
465

Augustin Trapenard et Tomás Saraceno au musée du Louvre, pour un art engagé

Art Soutien de la création artistique contemporaine à la lumière d’enjeux éthiques et sociétaux depuis 2017, l’association Thanks for Nothing organise au musée du Louvre un colloque autour de l’art et de l’engagement. Parmi les intervenants, on y retrouvera notamment les artistes Tomás Saraceno et Barthélémy Toguo, le journaliste Augustin Trapenard ou encore la galeriste Chantal Crousel. Soutien de la création artistique contemporaine à la lumière d’enjeux éthiques et sociétaux depuis 2017, l’association Thanks for Nothing organise au musée du Louvre un colloque autour de l’art et de l’engagement. Parmi les intervenants, on y retrouvera notamment les artistes Tomás Saraceno et Barthélémy Toguo, le journaliste Augustin Trapenard ou encore la galeriste Chantal Crousel.

Advertising
Mais qui a volé les WC en or de Maurizio Cattelan ?
657

Mais qui a volé les WC en or de Maurizio Cattelan ?

Art Présentée au palais de Blenheim en Angleterre à l'occasion d'une exposition unique sur le travail de l'artiste italien Maurizio Cattelan, l’œuvre “America”, WC en or massif, a été dérobée deux jours après le lancement de l'exposition.     Présentée au palais de Blenheim en Angleterre à l'occasion d'une exposition unique sur le travail de l'artiste italien Maurizio Cattelan, l’œuvre “America”, WC en or massif, a été dérobée deux jours après le lancement de l'exposition.    

L’obsession de Francis Bacon pour... la mythologie
849

L’obsession de Francis Bacon pour... la mythologie

Art Il y a quelques jours, le Centre Pompidou donnait le coup d’envoi de sa grande rétrospective consacrée à l’immense peintre britannique Francis Bacon, figure éminente de l'art pictural au XXe siècle. L’occasion de revenir sur la passion de l’artiste pour la mythologie, que l'on décèle dans un grand nombre de ses célèbres tableaux. Il y a quelques jours, le Centre Pompidou donnait le coup d’envoi de sa grande rétrospective consacrée à l’immense peintre britannique Francis Bacon, figure éminente de l'art pictural au XXe siècle. L’occasion de revenir sur la passion de l’artiste pour la mythologie, que l'on décèle dans un grand nombre de ses célèbres tableaux.

Le MOCO de Montpellier, nouvelle place forte de l’art contemporain
867

Le MOCO de Montpellier, nouvelle place forte de l’art contemporain

Art Nicolas Bourriaud, le célèbre critique d’art cofondateur du Palais de Tokyo, prend la direction du MOCO de Montpellier, une institution unique en son genre regroupant l’école des beaux-arts, le centre d’art La Panacée et un nouvel espace consacré à l’exposition de collections privées ou publiques. Nicolas Bourriaud, le célèbre critique d’art cofondateur du Palais de Tokyo, prend la direction du MOCO de Montpellier, une institution unique en son genre regroupant l’école des beaux-arts, le centre d’art La Panacée et un nouvel espace consacré à l’exposition de collections privées ou publiques.

La rentrée photo en 5 expos : images chimiques et pop art marocain
586

La rentrée photo en 5 expos : images chimiques et pop art marocain

Photographie Sigmar Polke, Ernst Haas, Hassan Hajjaj… En ce mois de septembre, plusieurs galeries et institutions parisiennes mettent la création photographique à l’honneur. Des expérimentations chimiques de Sigmar Polke au BAL aux paysages mélancoliques de Todd Hido à la galerie Les filles du calvaire en passant par les portraits “pop” et colorés de Hassan Hajjaj à la MEP, découvrez cinq expositions photo de la rentrée. Sigmar Polke, Ernst Haas, Hassan Hajjaj… En ce mois de septembre, plusieurs galeries et institutions parisiennes mettent la création photographique à l’honneur. Des expérimentations chimiques de Sigmar Polke au BAL aux paysages mélancoliques de Todd Hido à la galerie Les filles du calvaire en passant par les portraits “pop” et colorés de Hassan Hajjaj à la MEP, découvrez cinq expositions photo de la rentrée.