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26 Septembre

Biennale de Lyon : 6 œuvres à ne pas manquer

 

Rendez-vous majeur de l’art contemporain en Europe, la Biennale de Lyon inaugure sa 15e édition en déménageant dans un nouvel espace, celui des usines Fagor, investi par près de cinquante artistes. Crash d'avion, fleuve radioactif… focus sur 6 œuvres in situ à ne pas manquer.

Par Matthieu Jacquet

Stéphane Thidet, “Le silence d’une dune” (2019). Galerie Laurence Bernard, Genève. Photo Adagp, Paris, 2019/Blaise Adilon. Courtesy of the artist and Galerie Aline Vidal, Paris.

Grand changement cette année : la Biennale de Lyon quitte La Sucrière. Les artistes prennent leurs quartiers dans un très vaste espace de 29 000 m2 : les anciennes usines Fagor, dédiées originellement à la fabrication d’électroménager, puis fermées en 2015 après la liquidation de l’entreprise. Soit quatre immenses halles formant un déconcertant terrain de jeu, totalement décloisonné, où le visiteur peut parcourir librement les paysages et découvrir à sa guise les œuvres des 47 artistes présentés. Produites en grande majorité in situ en tenant compte du décor original du lieu, ces installations résonnent avec celui-ci, mais également les unes avec les autres, composant un ensemble d’une densité visuelle parfois écrasante. Parmi ces enchevêtrements tantôt réussis, tantôt dissonants, nous avons choisi 6 œuvres à retenir de cette 15e édition, qui se prolonge également au macLyon, à l’IAC de Villeurbanne et dans la Presqu’île.

 

 

1. Le crash d’avion de Rebecca Ackroyd

Rebecca Ackroyd, “Singed Lids” (2019). Photo Blaise Adilon. Courtesy of the artist and Peres Projects, Berlin.

C’est dans un paysage à feu et à sang que nous invite Rebecca Ackroyd. Les quelques sièges isolés, les membres du corps humain morcelés et surtout les parois à hublots cabossées ne font aucun doute : nous voilà plongés au cœur d’un crash d’avion. Connue pour ses formes et installations post-humaines interrogeant les limites du réel et de la fiction, la plasticienne britannique recrée ici une scène post-apocalyptique presque théâtrale à base de résine époxy. Éparpillés dans l’espace, des fragments de corps se mêlent alors aux résidus plastiques dans une fusion matérielle et symbolique de l’être humain et de ses déchets. Bien loin de la froideur du blanc, les tons rouges et orangés de la résine corroborent la violence et la chaleur sanguinaire de cet épisode tragique.

 

 

2. Les danseurs hybrides de Malin Bülow

Malin Bülow, “Elastic Bonding” (2019). Photo Blaise Adilon. Courtesy of the artist.

Avec ses œuvres performatives, Malin Bülow matérialise elle aussi une fusion de l’humain et son environnement où l’échange par la respiration est central. Régulièrement, cette artiste suédoise réalise des combinaisons pour le corps en Lycra, où la tête se trouve prise dans un immense tube extensible : tantôt ce dernier joint les corps les uns aux autres, tantôt il les relie au mur… C’est cette fois-ci au très haut plafond des usines Fagor que ses costumes sont connectés. Ce lien textile devient alors le point de départ d’une chorégraphie guidée par le décor, où le solide se fond dans l’aspect liquide (voire visqueux) de la matière élastique.

 

 

3. Les canalisations géantes de Holly Hendry

Holly Hendry, “Deep Soil Thrombosis” (2019). Photo Blaise Adilon. Courtesy of the artist and Hould Sworth, Londres.

Au fond de la dernière halle trône un immense ensemble de tuyaux de canalisation, tel un serpent géant dans lequel le visiteur craint de se faire avaler : Holly Hendry crée ici un décor avoisinant la science-fiction, où des égouts se voient maximisés par un bouleversement d’échelle. Inspirée par les labyrinthes souterrains lyonnais du quartier de la Croix-Rousse, l’artiste britannique révèle au grand jour la vie souterraine de la ville en y insufflant sa propre dimension narrative. Des couches de matière colorée, élément récurrent dans les sculptures de l’artiste, semblent émerger de ces tubes saturés, évoquant une grande organicité du matériau.

 

 

4. Le ruisseau radioactif de Minouk Lim

Minouk Lim, “Si tu me vois, je ne te vois pas” (2019). Photo Blaise Adilon. Courtesy of the artist and Tina Kim Gallery, New York.

Dans le décor sombre de la deuxième halle apparaît une lumière orangée phosphorescente : au sein d’une plateforme, un canal d’eau chaude serpente à la manière d’un ruisseau de lave. Issue de la Corée du Sud, Minouk Lim documente à travers ses œuvres l’histoire de son pays, notamment de la ville et de ses mutations à la lumière de ses diverses crises politiques et écologiques contemporaines. Avec Si tu me vois, je ne te vois pas, l’artiste dessine un paysage liquide radioactif où résonne l’écho de la catastrophe de Fukushima. Au bord de celui-ci viennent se déposer des vêtements traditionnels, tels les traces matérielles et mémorielles d’un passé révolu.

 

5. Le laboratoire mythologique de Thomas Feuerstein

Thomas Feuerstein, ”Prometheus Delivered” (2017-2019). Photo Adagp, Paris, 2019/Blaise Adilon. Courtesy of the artist and gallery Elisabeth & Klaus Thoman, Innsbruck/Vienne.

À l’instar de Holly Hendry, Thomas Feuerstein transforme le cadre d’une des halles en un véritable décor de science-fiction. C’est autour du mythe de Prométhée, figure célèbre de la mythologie grecque pour avoir dérobé le feu aux dieux, que l’artiste et théoricien autrichien articule son installation multi-médiums : le personnage apparaît ici sculpté conformément au mythe, enchaîné à un rocher et le foie déchiqueté par un aigle. Habitué à travailler à partir de matière micro-organique, l’artiste utilise ici des bactéries qui progressivement dégradent la pierre de la sculpture,et simultanément nourrissent des cellules hépatiques, dans un laboratoire d’alchimiste en ébullition. Très narratif, ce tableau impressionnant se trouve complété de grandes affiches et d’un enregistrement sonore.

 

 

6. La cuisine chimique de Bianca Bondi

Bianca Bondi, “The sacred spring and necessary reservoirs” (2019). Photo Adagp, Paris, 2019/Blaise Adilon. Courtesy of the artist and VNH Gallery, Paris ; Galería José de la Fuente, Santander.

Dans un coin reculé, on pénètre dans le décor familier d’une cuisine : au cœur de cette pièce semblant laissée à l’abandon après un départ précipité, le temps a fait son œuvre, en y laissant proliférer un monde chimique à base de sel. Le devenir de l’œuvre et de la matière sont en effet au cœur de la démarche de Bianca Bondi, qui dans ses écosystèmes poétiques exprime le passage du temps en orchestrant des réactions entre les matériaux. Soumis à une mutation chimique lente parfois invisible à l’œil nu, les objets du quotidien vivent et se métamorphosent au fil de l’exposition, transcendant le moment de leur découverte. Saupoudré sur la presque totalité de cette cuisine, le sel apparaît ici pour l’artiste comme une couche aussi inévitable que purificatrice.

 

Là où les eaux se mêlent

15e Biennale de Lyon

Du 18 septembre au 5 janvier 2020

Usines Fagor, macLyon, IAC et Presqu'île

Lyon et Villeurbanne

NuméroNews


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