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11 Septembre

Domaine des Étangs : l’art où on ne l’attend pas

 

Dans un château du XIe siècle au cœur de la Charente, le Domaine des Étangs invite les esthètes à se ressourcer dans un havre de paix conjuguant villégiature somptueuse et œuvres d’art contemporain.

Par Thibaut Wychowanok

Photo par Arthur Péquin.

L’art contemporain se terre parfois où on ne l’attend pas. Au cœur de la Charente, entre un étang et un château du XIe siècle, se dévoile par exemple une sculpture circulaire monumentale de cinq mètres de diamètre, en bronze doré. Ce soleil, posé à même le sol à l’entrée du Domaine des Étangs, est l’œuvre de l’artiste Ugo Rondinone.The Sun orne le chemin qui mène aux terres de Garance Primat, la propriétaire du domaine, qui l’a transformé en havre de paix pour le citadin féru d’art.

 

Le concept consistant à associer art contemporain et villégiature de luxe connaît un succès grandissant. Mais la proposition du Domaine des Étangs se distingue. Ici, pas d’arrivée en hélicoptère privé ni de name-dropping à tout-va, le château demeure familial (acheté et réhabilité par le père de Garance Primat), le garde-chasse vous raconte avec passion l’histoire des lieux (le propriétaire qui perdit le château au jeu en 1761...), en attendant avec vous que les cerfs et les sangliers sortent des bois. Évidemment, les légumes viennent du potager (2 500 m2), privilège qui se conjugue à un luxe cinq étoiles : les sept suites du château et les dix autres propriétés dispersées sur les 1000 hectares du domaine n’ont rien à envier aux plus grands hôtels. Tout comme le restaurant Dyades (une étoile au Michelin).

Détail d’“Algorithme pour dire la vérité en secret” (2018) de Bharti Cher, bindis sur panneau de bois peint. Photo par Arthur Péquin.

L’esprit post new age (ne riez pas) qu’a insufflé Garance Primat aux lieux n’est pas pour rien dans cette atmosphère de bienveillance et de spiritualité qui convaincra les plus sceptiques d’adhérer au discours de reconnexion avec la nature et le cosmos. Une atmosphère qui doit beaucoup aussi à l’implantation plutôt pertinente de pièces d’art contemporain au sein du château et de l’espace d’exposition adjacent, La Laiterie. Loin d’un Disneyland de l’art, le domaine évite l’écueil de présenter les œuvres façon attractions touristiques. Elles sont installées dans le salon et dans les chambres, comme elles le seraient chez un collectionneur (qui aurait plutôt bon goût) : au charme rustique répondent les photos de l’espace de Thomas Demand ou les fantaisies de Hans-Peter Feldmann. Elles font subtilement leurs œuvres. Garance Primat aime le répéter : “Mon approche de l’art repose sur les sens et l’émotion. Je préfère suggérer et que chacun recueille ce dont il a besoin. Ma collection, Dragonfly, se compose d’œuvres d’art contemporain, d’art ethnique, de livres et d’objets anciens et de minéraux. Ils sont tous porteurs d’une sagesse. Cette collection se veut universelle et universaliste.

Romuald Hazoumè, “Mutti”, 2016. Sculpture en bois, métal, plastique. Photo par Arthur Pequin

Et cette collection est désormais également présentée (en partie) au sein d’expositions temporaires. La Laiterie accueille ainsi cette année une proposition du commissaire d’exposition Hervé Mikaeloff, invitant à redécouvrir la nature et le cosmos. La Lumière des Mondes, visible jusqu’à la fin décembre, s’intéresse aux prophéties et aux mythologies en rapport avec l’astre solaire autant qu’aux origines du monde, métaphysiques ou physiques (via l’exploration du féminin). En résidence au domaine, l’artiste américain Sam Falls présente une série de peintures réalisées sur place. Les toiles sont étalées sur la terre, en pleine nature, où le soleil et la pluie les imprègnent et dessinent motifs et paysages à l’aide des plantes, des pigments et des pierres déposés par l’artiste. Annette Messager présente, quant à elle, ses dessins offrant une vision contemporaine et humoristique de la Vierge à l’Enfant, ou un vagin ailé. Et l’Indienne Bharti Kher propose une version psychédélique et colorée du passage vers la conscience universelle avec une œuvre réalisée avec des bindis, ces points de couleur portés au front, symboles du 3e œil. Au-delà du cosmos et de la nature, il est avant tout question de connaissance de soi.

 

 

Domaine des Étangs à Massignac (Charente). Exposition accessible gratuitement au public, sur réservation.

Anish Kapoor, “Chamber 3”, 2016. Marbre et feuille d’or. Photo par Arthur Péquin.

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