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25 Septembre

Un businessman met les artistes sur orbite

 

Le milliardaire Elon Musk, fondateur de la société SpaceX, a la ferme intention d’envoyer des touristes dans l’espace d’ici 2023. Le collectionneur d’art japonais Yusaku Maezawa a déjà son billet en poche et prépare sa liste d’invités.

Par Alexis Thibault

1. Le SpaceX d’Elon Musk, prestataire privé de la NASA

 

Pour beaucoup, Elon Musk est l’archétype du mégalomane insensé. Une sorte d’Iron Man de la vraie vie qui gère un empire depuis son Smartphone et se moque du patron d’Amazon comme des lois de la physique. Mais le Sud-Africain naturalisé canadien n’a que faire de ses détracteurs : il restera ce milliardaire sarcastique et va-t-en-guerre capable de siroter un whisky et de s’allumer un joint en pleine interview. 

 

En 2002, il fonde la société SpaceX qui devient l’un des deux prestataires que la NASA charge des transports vers la Station spatiale internationale. Initiateur du projet Hyperloop (des capsules ultra rapides qui pourraient rallier Los Angeles à San Francisco en seulement trente minutes), Elon Musk a une idée bien précise en tête : démocratiser le tourisme spatial et coloniser Mars dans la foulée. À 48 ans, son compte en banque renferme près de 19,6 milliards de dollars… pas étonnant que ce passionné de robotique et d’intelligence artificielle fasse du cosmos son terrain de jeu. Parmi son gang de fans – les muskeeters – on compte un certain Yusaku Maezawa, homme d’affaires japonais qui partage un point commun avec Musk, il est milliardaire lui aussi, et s’autorise même quelques envolées philanthropiques en promettant un chèque de 8 000 euros à cent de ses followers sur Twitter choisis complètement au hasard (ce tweet fait partie des plus retweetés de l'Histoire !).

Yusaku Maezawa sur les épaules d’Elon Musk, photo parue sur Twitter.

2. Yusaku Maezawa, du textile à la Lune

 

Le nom Maezawa ne dit peut-être rien à l’Occident. Pourtant cet entrepreneur et collectionneur d’art tire les ficelles de l’industrie textile asiatique depuis 2004, date du lancement de son site Zozotown. Sa plateforme de vente en ligne régnait déjà en maître sur le Japon avant qu’il n’imagine Zozo et Zozosuit, deux déclinaisons qui ont définitivement assis sont hégémonie sur le marché. Le quadragénaire fait pourtant pâle figure face à Elon Musk : seulement 3,6 pauvres milliards de dollars dans son portefeuille. Ancien membre d’un groupe de hard punk devenu collectionneur, il stupéfie le monde de l’art en 2017 en s’offrant un tableau de Jean-Michel Basquiat au prix record de 110,5 millions de dollars. Mais un an plus tard, le 18 septembre 2018, Yusaku Maezawa frappe encore plus fort…

 

 

À terme, il s’agirait d’envoyer des œuvres dans l’espace pour faire grimper leur cote, ou d’en produire directement depuis les cieux…

 

 

Aux côtés d’Elon Musk, sur lequel il grimpera allègrement pour une photographie improbable, il annonce être le premier voyageur du “dearMoon Project” prévu pour 2023. Un aller-retour pour l’espace imaginé par SpaceX et comprenant un survol de la Lune. Coût de la mission : 5 milliards de dollars. Surexcité à l’idée de s’envoyer en l’air, le Japonais revend 30% des parts de son entreprise et abandonne son poste de PDG. Car Yusaku Maezawa ne s’est pas contenté de réserver un siège de la fusée Big Falcon Rocket, il s’est offert plusieurs places. Une seule condition pour figurer parmi la liste de ses “invités” : être un artiste. Un musicien, un designer ou un poète à la limite. “Aller sur la Lune est le rêve de toute une vie. Les artistes que j’inviterai devront créer quelque chose à leur retour sur Terre, explique-t-il, leurs chefs-d’œuvre inspireront tous les rêveurs qui sommeillent en nous. Six à huit personnes pourront rejoindre le milliardaire. Si le montant du billet est tenu secret, on se doute qu’il est bien supérieur à celui de la vente de son Basquiat : le Japonais a dû se séparer d’un Andy Warhol et d’un Edward Ruscha pour financer son expédition.

3. Mais pourquoi envoyer des artistes dans l’espace ?

 

À première vue, catapulter des artistes ou des collectionneurs dans l’espace au risque qu’ils ne reviennent pas pourrait sembler étrange. Mais si, pour la toute première fois, le monde de l'art s'associe à un projet d'une telle envergure, c'est que les enjeux sont colossaux. À terme, il s’agirait en effet d’envoyer dans le cosmos des œuvres pour faire grimper leur cote, d’en produire directement depuis les cieux ou – plus radical – de permettre aux artistes de vaincre le syndrome de la page blanche. 

 

Mais ce tour de force a pourtant connu des précédents. Par le passé, SpaceX a déjà mis une sculpture de l’artiste américain Trevor Paglen en orbite. Cette œuvre de polyester nommée Orbital Reflector devait se gonfler une fois dans l’espace pour atteindre plus de 20 mètres de longueur. Visible depuis la Terre, elle aurait alors scintillé, en réfléchissant la lumière du soleil, et rejoint la liste des “œuvres dans l’espace”, à l’image du timbre de céramique signé par Warhol et Rauschenberg, glissé discrètement dans la mission Apollo 12 en novembre 1969.

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