Advertising
Advertising
12 Juin

L'artiste Théo Mercier fait pleurer les pierres au Musée de la Chasse

 

Dix ans après sa toute première exposition personnelle au musée de la Chasse et de la Nature, Théo Mercier revient avec son nouveau solo show parisien. À voir jusqu’au 30 juin prochain. 

Par Auguste Schwarcz

Vue du rez-de-chaussée de l’exposition “Every Stone Should Cry” de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris. © Erwan Fichou

Retour en force et aplomb pour Théo Mercier avec son dernier solo show parisien, Every Stone Should Cry [Chaque pierre devrait pleurer] dans un espace dédié au rez-de-chaussée du musée de la Chasse et de la Nature et, au premier étage, dans les salles des collections permanentes. Quel prétexte ? “La culture occidentale, l’urbanisation de nos vies, la puissance technologique tendent à nous extraire de la nature”, tel que le texte introductif de son exposition l’écrit.

Vue du premier étage de l’exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris avec l’œuvre Monture d’après la mort (2012). © Erwan Fichou

Vue du premier étage de l’exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris. © Erwan Fichou

Deux expositions en une. Au rez-de-chaussée, une sorte de vivarium-laboratoire dont les murs sont moquettés jusqu’à mi-hauteur. Invité à pénétrer dans cet espace une fois muni de chaussons en plastique, on y découvre un étalage d’objets dans une mise en scène empruntant à l’aire de jeu pour enfants et au cabinet de curiosités. Disposés sur de longues étagères métalliques, pièce par pièce, divers coquillages avec piercings, roulettes pour hamsters, plugs et sex-toys en bois, coraux factices, trophées de chasse, pierres brutes et polies ou encore seins et mains en silicone surgissant des fentes suggestives des coquillages… En haut, d’autres œuvres de l’artiste se confrontent aux collections du musée : un cheval écorché qui guette notre entrée, une panoplie d’os pour chiens dans la salle des peintures canines, des étalages d’œufs menacés de se faire écraser par de gigantesques pierres… Une seconde partie d’exposition peut-être plus drolatique et facile.

Vue du rez-de-chaussée de l’exposition “Every Stone Should Cry” de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris avec un détail de l’œuvre “Encyclopédie de la nature domestique” (2019). © Erwan Fichou

Le laboratoire du rez-de-chaussée fonctionne tel un espace en circuit fermé. Les roues pour hamsters ou les pierres d’aquarium, monumentalisées à échelle humaine, évoquent ironiquement ce tour sur lui-même que le visiteur fait dans ce lieu, teintant alors l’œuvre du sentiment d’enfermement de l’individu, message pessimiste qui renvoie à la stagnation de la race humaine. Pervertis ou parasités par l’humour et l’érotisme, les objets de Théo Mercier se lisent dans la relation qu’ils entretiennent les uns avec les autres, ainsi, la connotation phallique d’une corne de rhinocéros se voit redoublée par sa juxtaposition avec un plug en tournure de bois, un sein plus vrai que nature, disposé à côté d’un coquillage affublé d’un piercing, se charge aussitôt d’un sens érotico-trash. De par leur proximité, les objets esquissent une forme de dialogue où les attributs proprement humains viennent parasiter la nature. Les titres fatalistes des œuvres, tels que Drame Nature, Mécanique du désastre ou Sculpture pour tremblement de terre, entrent en résonance avec les formes insolites que prennent ces objets, permettant alors d’annihiler la distance qui les sépare du spectateur.

Vue du rez-de-chaussée de l’exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris avec trois oeuvres de la série L’Amour sans organes (2019). © Erwan Fichou

Vue du rez-de-chaussée de l’exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris avec, à gauche, un détail de l’œuvre Encylopédie de la nature domestique (2019), et à droite, Le Festin nu (2019). © Erwan Fichou

Dans ce microcosme pseudo-naturel, Théo Mercier prend la position de celui qui scrute ses figures, anticipant nos déplacements comme si nous étions des souris de laboratoire inconscientes de l’expérience menée sur elles. Nous regardons les objets autant que l’artiste – avec une ironie latente – nous regarde tandis que nous essayons de les comprendre. Mais ces œuvres sont en réalité une porte ouverte vers une méditation profonde sur la nature. Pour qui les contemple, un amalgame visuel s’installe lorsqu’on passe d’un objet à l’autre. La distinction entre ce qui sépare le naturel de l’artificiel ne tient plus, mais a soudain à voir avec notre impossibilité à reconnaître la nature aujourd’hui. La grande diversité des matériaux employés (marbre, pierre, bois, acier, terre cuite, silicone…) s’ajoute à leur conjugaison au sein des pièces, faisant ainsi écho à des siècles d’exploitation des ressources naturelles par l’homme… et à leur épuisement. Ces formes hybrides et mutantes ne seraient-elles pas les nouveaux animaux fantasmagoriques issus de la catastrophe écologique en cours ? Le chant mélodramatique de l’exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier ferait alors le constat d’une nature en péril.

 

Exposition Every Stone Should Cry de Théo Mercier,  musée de la Chasse et de la Nature, Paris IIIe, jusqu’au 30 juin.

La performance La nuit au musée aura lieu le mercredi 12 juin à 19 h 30. 

Vue du rez-de-chaussée de l’exposition “Every Stone Should Cry” de Théo Mercier, musée de la Chasse et de la Nature, Paris avec des œuvres de la série “Pierre d’aquarium” (2019) et “Désastre” (2019). © Erwan Fichou

Advertising
Advertising

NuméroNews