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29 Mai

Les folies colorées de Bernard Frize au Centre Pompidou et à la galerie Perrotin

 

De la fin mai à la fin août à Paris, deux expositions rétrospectives célèbrent la peinture de l'artiste français Bernard Frize. En quelques œuvres, découvrez les coulisses de sa pratique fascinante.

Par Matthieu Jacquet

Portrait de Bernard Frize. Photo: Claire Dorn

La peinture abstraite est bien loin d’avoir livré tous ses secrets, et l’œuvre foisonnante de Bernard Frize peut en témoigner. Célébrée à Paris tout l’été par deux expositions personnelles, l’une au Centre Pompidou et l’autre à la galerie Perrotin, cette dernière dresse depuis plus de quarante ans l’étendue des possibles de la pratique picturale. En 1977, l’artiste français l’introduisait au public par une série de toiles bâties par des traits colorés perpendiculaires d’acrylique.

 

“La peinture est une manière d’explorer des idées et de leur donner un corps à habiter afin d’être vues et partagées.”

 

Depuis, Bernard Frize a su explorer les potentialités du matériau et du support à travers de nombreuses techniques, dont résultent des œuvres surprenantes de précision et de liberté : l’utilisation de rouleaux à motifs, la laque séchée ou les coulures d’encre et de nacre sont autant de procédés qu’il a pu découvrir et peaufiner au fil des années. Comme le dit l’artiste lui-même,“la peinture est une manière d’explorer des idées et de leur donner un corps à habiter afin d’être vues et partagées.” Si le hasard semble parfois régner dans ses compositions abstraites, celles-ci n’échappent jamais à l’établissement d’un protocole précis présidant à leur conception. Afin de découvrir le travail de ce matiériste et coloriste acharné, découvrez les secrets de réalisation de quelques unes de ses œuvres emblématiques. 

 

Bernard Frize, “Haoh” (2018). Photo: Claire Dorn ©Bernard Frize / ADAGP, Paris, 2019. Courtesy of the artist & Perrotin

Toile structurée, peinture libérée : Haoh, 2018

 

“La contrainte libère l’action”. Cette série d’œuvres très récentes présentées à la galerie Perrotin résonne on ne peut plus justement avec le mot d’ordre du mouvement Oulipo, prononcé par l’écrivain Georges Perec. Bernard Frize y structure la surface de la toile par des lignes horizontales et verticales qu’il trace à l’aide d’un pinceau à brosse plate et très large. Le mélange de l’acrylique à la résine contribue à nuancer la peinture, qui devient alors plus aqueuse et changeante : au sein de ce quadrillage précis, la couleur se libère alors grâce à la matière.

Bernard Frize, “ST78 n°2” (1978). Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/Dist. RMN-GP © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019

La paresse à l’œuvre : ST78 n°2, 1978

 

Si Bernard Frize a toujours été attentif à l’établissement de protocoles précis, sa pratique fait également montre d’une économie de temps et de matière. Un an après la réalisation de sa première série, il tente de reproduire son effet grâce au Roulor, un rouleau à peinture comprenant déjà sur sa propre surface un motif permettant, en y trempant la couleur, de faire son propre papier-peint. En l’appliquant sur des toiles de différents formats, l’artiste fait ainsi la part belle aux propriétés aléatoires de l’objet et laisse parler la paresse.

Bernard Frize, “RAMI” (1993) © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019. Photo © André Morin

Coulures nacrées et paysages obscurs : RAMI, 1993

 

Afin de créer cette série de compositions étonnantes à la frontière du figuratif, l’artiste a créé une véritable mixture picturale mêlant de l’encre et de la nacre à de l’acrylique. Cette matière liquide n’est alors maîtrisée que par son orientation de la toile : les motifs se forment au gré de ses coulures plus ou moins contenues. Par ce procédé, Bernard Frize laisse le hasard dominer la toile, soumise aux effets de cette émulsion.

 

Bernard Frize, “Suite Segond 120F” (1980). © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019. Photo © Kunstmuseum Basel, Martin P. Bühler

Peinture, pots et peaux : Suite Segond 120F, 1980

 

La découverte de cette autre technique doit, là aussi, beaucoup au hasard : un matin, Bernard Frize remarque dans ses pots de laque industrielle une croûte formée par la peinture séchée. Il en extrait alors minutieusement de fines peaux circulaires, qu’il utilise telles des gommettes afin de composer sa toile. La surface sèche et le dessous frais de ces “peaux” permettent un collage naturel où la peinture s’étale librement.

Bernard Frize, “N° 10” (2005). Photo © Bernard Frize © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019

Vibrations continues : N°10, 2005

 

Cette œuvre met en scène l’une des actrices clés de la peinture de Bernard Frize : la ligne continue. Pour réaliser cette prouesse technique en seulement vingt minutes, l’artiste s’inspire d’un théorème mathématique construisant l’espace à partir d’une seule ligne qui se croise jamais. Celle-ci serpente alors la toile, créant un maillage labyrinthique fascinant où le regard s’égare.

Bernard Frize, “Rassemblement” (2003). Photo © André Morin © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019

La peinture à plusieurs : Rassemblement, 2003

 

Cette fois-ci, la ligne continue chère à l’artiste donne lieu à un travail collaboratif. En tout, cinq personnes sont impliquées dans cette œuvre à dix mains, un panel nécessaire pour investir une surface de plus de 7m2. Les pinceaux passent alors de main à main sans jamais quitter la toile.

Bernard Frize, “Isaac” (2004). Photo © Bernard Frize © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019

Aux frontières de l’art optique : Isaac, 2004

 

En construisant ces dégradés à la peinture à l’huile, Bernard Frize s’illustre dans une grande maîtrise du trompe-l’œil. Réparties ainsi, ces lignes sinueuses et colorées créent un vertige visuel qui n’est pas sans rappeler les illusions provoquées par l’art optique. Les œuvres s’animent alors au diapason de leur spectateur mouvant.

Bernard Frize, “Travis” (2006). Photo © André Morin © Bernard Frize/Adagp, Paris 2019

Nuées contrastées : Travis, 2006

 

En vue de réaliser ces nuages multicolores, l’artiste commence par peindre une brosse plate où il pré-compartimente la couleur, qui lui permet de tracer ensuite simultanément des lignes distinctes et contrastées. Rapide et efficace, cette méthode lui permet la création immédiate et en une fois de ses œuvres, sur lesquelles l’artiste ne revient jamais après leur réalisation. Dans Travis, il choisit d’associer des tons distants et complémentaires pour composer un ensemble étouffé par la couleur qui, selon ses mots, “y doute et se cherche”

 

Bernard Frize, Sans repentir, jusqu'au 26 août au Centre Pompidou.

Bernard Frize, Now or Never, jusqu'au 14 août à la galerie Perrotin.
 

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