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Quels sont les nouveaux territoires à explorer ? Réponse avec “Explorers” à la galerie Suzanne Tarasieve

 

“Explorers, in the Pursuit of the Terra Cognita, Chapitre I” au Loft 19 de la galerie Suzanne Tarasieve est une invitation passionnante à ré-explorer le monde qui nous entoure autrement. Rencontre avec son commissaire Raphaël Giannesini.

Propos recueillis par Clara Bianca

Explorers, In the Pursuit of the Terra Cognita, Chapitre I est une invitation au voyage et à l’investigation contemporaine du quotidien. Au jour où l’Homme a déjà tout sondé, où l’expédition n’a plus lieu d’être et où le désenchantement sévit, Explorers nous convie à une promenade dans un univers connu, certes, mais remis à nu par le regard inassouvi de dix-sept artistes qui, à travers leurs installations (sculpture, dessin, peinture, vidéo, photographie…), nous embarquent dans cette insolite traversée.

 

L’espace d’exposition, situé au Loft 19, Suzanne Tarasievenon loin de Belleville, îlot de verdure dissimulé au bout d’une impasse, rappelle les mews londoniennes. Londres est d’ailleurs le second chapitre de l’entreprise (au Londonewcastle Project Space du 24 au 30 juin). “Nous ne voulions pas que ce soit un moment T. Il fallait que l’aventure en soit une qui se prolonge : nous sommes dans un processus de continuité, dans lequel Paris s’inscrit comme un épisode”, explique Raphaël Giannesini. Commissaire de l’exposition et jeune artiste diplômé de la Central Saint Martins, préoccupé par le thème de l’exploration à titre personnel, il nous raconte la poursuite de la terra cognita.

 

 

Numéro: Pouvez-vous expliquer le choix du titre, Explorers ?

Raphaël Giannesini : Explorer, c’est partir à la recherche de l’inconnu, et trouver des réponses différentes à chaque recherche… L’inconnu change constamment.

La question de l’exploration est particulièrement intéressante aujourd’hui, dans le sens où tous les territoires semblent cartographiés, où l’on “reconnaît” plus que l’on ne “découvre”. Il y a un sentiment de lassitude par rapport à l’inconnu. Avec Internet, par exemple, nous faisons face à l’inconnu au quotidien, et, en conséquence, il devient habituel, jusqu’à ce qu’il s’évapore… Comment les artistes parviennent-ils à repenser et à se réapproprier les possibilités de l’exploration ? Comment aller au-delà du désenchantement pour se réconcilier avec des récits substantiels ? Via une variété de médiums et d’interprétations, l’exposition Explorers invite à faire le chemin inverse, à se lancer dans une aventure insolite, celle du retour aux sources, à l’environnement local, domestique. 

 

 

Comment est né le projet de l’exposition ?

Au début du projet, un livre m’habitait beaucoup : Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre. Dans ce livre, l’auteur est enfermé pendant deux semaines dans une cellule, et il transforme cette réclusion en “échappatoire” : son lit devient une montagne ; son bureau, une plaine ; son espace, un paysage. Le banal se transfigure pour devenir un horizon différent, inconnu, qui invite à l’exploration. C’est l’imaginaire qui travaille. Voyager ou rester.

À travers cette oscillation, les artistes puisent dans leur pouvoir de métamorphose afin de transformer ce qui est connu en objets ou pensées, qu’ils proposent au visiteur d’observer et de questionner. Pigeons (l’habit ne fait pas le moine), de Rafaela Lopez, traduit précisément cette relation entre l’ailleurs et l’ici : les pélicans et autres volatiles exotiques sont déguisés en pigeons — ce qui crée un sentiment de confusion, et remet ainsi en question ce que l’ailleurs et l’ici pourraient être. Lorsque les deux sont combinés, notre perception du monde est amenée à s’adapter. Ces oiseaux ont une présence très particulière, qui hante le lieu. J’aime spécialement leur inquiétante étrangeté…

 

 

D’où vient cette idée d’interactivité entre Londres et Paris ?

Elle est à la base même du projet. Le principe était d’instaurer un dialogue entre artistes français et anglais. Paris étant une ville de création artistique, et Londres de démonstration, à elles deux, ces capitales ont le monopole en Europe. Ensuite, l’exploration implique un double mouvement : l’aller et le retour. Explorers, c’est le retour, le retour des artistes. Il y a là la question de la documentation d’un souvenir, de ce qu’on découvre et qu’on ne peut rapporter avec soi. C’est dans ce procédé que s’ancre Conall McAteer. Il a effectué des captures d’écran de touristes se prenant en selfie devant les monuments parisiens et londoniens les plus prestigieux. Il devient une sorte d’archéologue du Net, et récupère des éléments afin de les rassembler, de transmettre le sentiment que nous sommes tous des explorateurs, à la recherche de nous-mêmes.

 

Explorers, In the Pursuit of the Terra Cognita,

au Loft 19, Suzanne Tarasieve,

5, passage de l’Atlas, Villa Marcel Lods, Paris XIXe (Belleville),

jusqu’au 25 mai à Paris.

 

Au Londonewcastle Project Space,

28 Redchurch Street, E27DP, Shoreditch,

du 24 au 30 juin à Londres.

 

Instagram d’Explorers.

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