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12 Avril

21 artistes transforment l’Europe en œuvre d’art

 

Jusqu'au 16 juin prochain, la Fondation Cartier dresse le portrait de la scène artistique contemporaine européenne. L’exposition met en lumière 21 artistes qui interrogent notre continent et, surtout, notre époque.

Par Matthieu Jacquet

Marion Verboom, “Achronies”, 2017.Plâtre, résine et bois, dimensions variables.© Marion Verboom, Adagp, Paris, 2019 / Galerie Jérôme Poggi, Paris. Photo © Nicolas Brasseur.

Au centre de la première salle de la Fondation Cartier, une carte de l’Europe dont les frontières ont été effacées. Synthèse explicite du projet porté par Thomas Delamarre, commissaire de l’exposition Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses présentée par la fondation. 21 artistes ont été choisis. Tous sont nés après la chute du mur de Berlin et ont grandi dans une nouvelle Europe nomade, en pleine reconstruction. Leur pratique interroge donc des identités aussi bien artistiques que culturelles.

 

 

Chronique artistique du décentrement, cette exposition nous amène à suivre les artistes dans leur itinérance et la reconstruction constante de leurs identités.

 

 

La transnationalité et le déplacement habitent le travail de ces jeunes artistes contemporains, où l'hybridation est le maître mot : une hybridation des matières et matériaux, des cultures et civilisations, des époques et des régions. Vestiges d’une ère en questionnement, les sculptures de la Française Marion Verboom, du Grec Kostas Lambridis et du Russe Evgeny Antufiev, illustrent justement cette relation entre les styles et les techniques. À la fois reliques et rebuts, leurs œuvres rendent compte de l’abolition des hiérarchies entre certains matériaux : dans ses assemblages composites, Kostas Lambridis mêle la préciosité de la feuille d’or avec la trivialité de l’herbe et de la terre, tandis que Marion Verboom superpose aussi bien le bronze que le plâtre et le ciment.

Klára Hosnedlová, “Untitled”, série “Seated Woman”, 2019. Broderie et cadre en terrazzo, 32,3 × 27 cm (avec cadre).© Klára Hosnedlová. Photo © Zdeněk Porcal.

Kostas Lambridis, “The Elemental Cabinet”, 2017. Minéraux, métaux, bois, plastiques et textiles, 223 × 103 × 340 cm. © Kostas Lambridis. Photo © Yen-An Chen.Kostas Lambridis, The Elemental Cabinet, 2017.

Face aux œuvres exposées, on découvre une génération préoccupée par les enjeux écologiques, auxquels le design pourrait bien apporter des solutions. Le duo italien Formafantasma présente par exemple un mobilier produit à partir de déchets électroniques. Cette démarche de recyclage se retrouve également chez la créatrice néerlandaise Tenant of Culture, qui quant à elle utilise des vêtements ou accessoires usés pour en recomposer de nouveaux.

 

 

Au fil des œuvres, on comprend que cette jeune scène artistique cherche à se constituer de nouveaux mythes en puisant dans la fiction afin de poser un regard plus neuf sur le réel.

 

 

Dans l’exposition se déploient plusieurs micro-espaces : en superposant des toiles – portraits de personnages caricaturaux –, à une peinture murale, l’artiste Charlie Billingham nous immerge dans son univers graphique british. Quant au Géorgien Nika Kutateladze, il reconstitue au rez-de-chaussée une cabane abandonnée, rémanence d’une bâtisse détruite dans son village d’origine. Au sous-sol, c’est au sein d’un espace plus feutré que l’artiste tchèque Klára Hosnedlová nous convie : on y retrouve des portraits brodés par ses soins ainsi que des costumes issus des collections du théâtre national de Prague.

 

Véritable chronique artistique du décentrement, cette exposition nous amène à suivre les artistes dans leur itinérance et la reconstruction constante de leurs identités. Ces trajectoires singulières, entre perte de repères et réappropriation, passent notamment par une relation particulière au langage. C’est notamment ce qu’explore la vidéo Mother’s Tongue de l’artiste suédoise Lap-See Lam, rythmée par les témoignages de trois femmes issues de la diaspora chinoise à Stockholm.

Miryam Haddad, “La Chute”, 2018. Huile sur toile, 250 × 200 cm.Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris.© Miryam Haddad. Photo © Claire Dorn.

Au fil des œuvres, on comprend que cette jeune scène artistique cherche à se constituer de nouveaux mythes, en puisant à la fois dans la fiction et un regard neuf sur le réel. Paysages oniriques aux portes de l’abstraction, les peintures de Miryam Haddad, artiste d’origine syrienne basée à Paris depuis sept ans, sont l’amalgame des différents contes et légendes qui ont fomenté son imaginaire. De son côté, avec ses installations hybrides mêlant peinture, peaux et moulages en silicone, l’Allemande Raphaela Vogel développe elle aussi un récit peuplé de créatures merveilleuses. Enfin, dans le film du Suédois John Skoog, les monstres basculent dans le fantastique, en pénétrant dans le décor bien réel du Sud de l’Allemagne à l’occasion du carnaval de la fête du printemps.

 

Aussi riche qu’éclectique, l’exposition Jeunes Artistes en Europe… présente – comme l’indique son sous-titre –, de réelles “métamorphoses”. Reflets d'identités cosmopolites et des conséquences de la surproduction, ces œuvres traduisent l'esprit de l’Europe contemporaine. Une exposition plus qu’actuelle à l’approche du Brexit et des élections européennes en France.

 

Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses, jusqu’au 16 juin à la Fondation Cartier, 75014 Paris.

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