27 Juin

Une galerie bulgare expose des faux sans le savoir

 

À Sofia, en Bulgarie, la galerie Structura présente depuis le 30 mai dernier l’exposition “Modernisme et avant-garde. La perspective bulgare.” Seul problème, un étudiant en histoire de l’art a reconnu un dessin de l’artiste français Quibe attribué illégitimement à l’artiste Marko Kraculev, mort en 1972…  Depuis, la liste des œuvres plagiées d'après des illustrations d’artistes français et internationaux ne cesse de croître.

Par Auguste Schwarcz

À gauche, le dessin attribué (selon le catalogue d'exposition) au peintre Marco Kraculev (mort en 1972). À droite, le portrait de Glenn Close par l'artiste français Quibe.

L’exposition de la galerie Structura était pourtant soutenue par quatre experts de l'art et présentait la collection de Nikolay Nedelchev, homme d’affaires influent en Bulgarie. Pourtant, malgré tout le sérieux de cette exposition censée mettre en lumière la production méconnue des artistes de l'avant-garde bulgare, plusieurs artistes ont reconnu leurs productions, illégitimement attribuées à des peintres morts.

 

Parmi les cent œuvres de cette exposition, au moins six ont aujourd’hui été identifiées par leurs auteurs légitimes comme étant des faux. Le portrait de Glenn Close, initialement dessiné par l'artiste et illustrateur français Quibe, se voit par exemple attribué au peintre Marco Kraculev, mort en 1972… Le dessin du Kama-sutra de l’artiste Malika Favre, de son côté, “signé” par le peintre Sirak Skitnik… mort en 1943. Et même, une gravure du célèbre peintre allemand Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938), Danseuse avec sa jupe relevée, se voit plagiée dans une prétendue peinture de Geo Milev.

À gauche, la gravure attribuée (selon le catalogue de l'exposition) au peintre Sirak Skitnik (mort en 1943). À droite, l’illustration de Malika Favre pour l'édition Penguin du Kama Sutra.

La galerie a depuis fermé ses portes et présenté ses excuses dans un communiqué de presse, assurant son innocence et se revendiquant elle-même “victime de la vente frauduleuse de ces œuvres”. Toutefois, l’histoire de cette exposition se fait le miroir du problème de la circulation mondialisée des œuvres aujourd'hui avec Internet. Les artistes sont constamment en proie au risque de voir leurs œuvres circuler sur les réseaux sociaux pour ensuite perdre leur signature originelle. Problème que l'artiste Quibe connaît déja depuis longtemps : avec le détournement constant de ce même dessin, tantôt attribué à un autre ou imprimé sur des tee-shirts... 

L’affiche de l'exposition “Modernisme et avant-garde. Perspective bulgare. Collection de Nikolay Nedelchev” à la galerie Structura, Sofia, Bulgarie.

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