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Visite guidée d’“Arpenter l’intervalle”, exposition éclectique et vibrante du Palais de Tokyo

 

Le Palais de Tokyo confronte la vision de onze artistes aux pratiques et horizons aussi différents qu’éclectiques. Visite guidée des propositions hypnotiques, érotiques ou intimistes de Florian & Michael Quistrebert, Martin Soto Climent et Simon Evans.

Florian & Michael Quistrebert collaborent depuis 2007. Nommés au prix Marcel Duchamp en 2014, les deux frères diplômés de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Nantes sont représentés par les galeries Crèvecoeur à Paris et Juliette Jongma à Amsterdam.

 

Première exposition du duo au Palais de Tokyo, The Light of the Light  se déploie sur pas moins de 1 000 m2, tel un vaste théâtre optique. Jouant des effets de lumière, de matières et de mouvements, leurs vidéos et peintures hypnotisent le visiteur.

Les tableaux fascinent plus particulièrement. Sur de larges toiles, des couches de peinture à carrosserie se superposent, permettant un jeu de reflets entre les stries et les amoncellements, à la manière de Pierre Soulages. Parfois, à travers les coups de pinceau, se dessine un visage, comme un masque déposé à la surface d’un monochrome.

 

La première salle, exiguë, présente un triptyque vidé de sa symbolique sacrée : illuminé à la manière d’une boîte de nuit berlinoise ou d’un love hotel japonais, le religieux est remplacé par le kitsch de l’éclairage d’un bleu fluo.

 

À​ première vue, la seconde salle s’offre comme la gigantesque mise en scène d’un garage dans lequel les tableaux deviennent des pièces de mécanique, des moteurs de voitures de course ou des pneus, accrochés à des pôles rotatifs qui rappellent, après réflexion, un strip club. Ce vocabulaire de l’arrogance et de la vulgarité — le brillant des matériaux et cette sorte d’exhibitionnisme artistique — suscite un léger rictus — critique ostentatoire du marché de l’art ? —  puis dérange. Les peintures pivotent sur elles-mêmes et ainsi évitent le regard du spectateur : elles fuient. Le public, contraint de partir à la poursuite des tableaux, tourne en rond, désorienté par ce face-à-face impossible et si inhabituel, pour enfin abandonner sous prétexte de vertige, et se laisser aveugler par des points lumineux incorporés délicatement dans la peinture “tunée”. Florian & Michael Quistrebert semblent ne chercher qu’à perturber les sens et la perception du spectateur. “Nous voulons pousser la peinture vers un état de crise”, assument-ils.

Martin Soto Climent est un artiste mexicain reconnu internationalement depuis une dizaine d’années. En 2013, son travail avait déjà fait l’objet  d’une exposition au Palais de Tokyo au sein de The Black Moon ; le SAM Art Projects proposé dans le cadre des nouvelles œuvres in situ pour le bar-café du niveau 1 du Palais est donc sa seconde intervention parisienne.

 

Convié à inaugurer ce jeune espace bar-café au cœur du parcours des expositions, Martin Soto Climent met en place une installation à l’aide d’un élément emblématique de son travail plastique : les collants. Tirés à l'extrême, ces derniers sont suspendus, à l’image d'une toile d’araignée, et forment une voûte de Nylon au-dessus des tables. 

 

Représentant autant un espace physique — une toile — que mental ou virtuel — un réseau de connections — la web déstabilise. Si elle évoque le désir fétichiste (la tension est à son comble, littéralement), l’installation procure paradoxalement une certaine sérénité. L’élévation de l'œuvre donne un sentiment de protection (maternelle ?) et laisse une impression de légèreté, produite par l’effet de souplesse des voiles synthétiques.

Climent explique : “Avec ces centaines de collants, j’ai voulu créer une installation organique et érotique […], un déguisement venant travestir le bâtiment.

Simon Evans est un couple d’artistes autodidactes composé de Simon Evans (skateboarder et écrivain) et de Sarah Lannan (illustratrice). Plusieurs expositions personnelles ont été consacrées à leur travail — principalement aux États-Unis. Avec Not Not Knocking On Heaven's Door, c’est la première fois qu’ils ont l’occasion de montrer leurs œuvres en France. Le duo est lauréat du prix Canson (2014).

 

Au Palais de Tokyo, les deux artistes détournent des mots, des objets ou des concepts relatifs à la société contemporaine pour les transformer en collages poétiques, analytiques ou absurdes. En agençant sur le papier des débris, des traces et autres rebuts collectés au cours d’errances urbaines, l’œuvre de Simon Evans esquisse les contours d’une géographie mentale en lien avec le monde extérieur. Le corps de l’œuvre commence là où le langage du quotidien règne. C’est-à-dire partout. 

 

L’entrée dans l’espace qui leur est dédié revient à pénétrer dans un tiroir du cerveau de l’artiste — celui qui rassemble une collection de souvenirs flous et de détails futiles accumulés tout au long de l’existence. Si intime et pourtant si banal. L’agencement du lieu rappelle celui d’une maison. Le visiteur évolue dans le labyrinthe de l’esprit des artistes Simon Evans en tant que témoin de l’expérience individuelle et son dialogue avec le monde, parfois étranger, parfois familier. “J’ai découvert que je pouvais explorer des idées physiquement, sans me déplacer, et elles ne disparaissent pas, et n’ont pas non plus à se mettre d’accord”, commente Evans.

 

Saison Arpenter l’intervalle au Palais de Tokyo.

Expositions du 19 février au 16 mai.

Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris XVIe. 

Par Clara Bianca

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