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Numéro
09

8 expositions en galerie à visiter au mois de décembre

Art

Elina Brotherus à la galerie gb agency, Robert Smithson à la galerie Marian Goodman, Hernan Bas à la galerie Perrotin... Les galeries d'art sont nombreuses à avoir rouvert depuis maintenant deux semaines, restant actuellement les seuls espaces où des œuvres d'art peuvent être vues par le public avant la réouverture des musées la semaine prochaine. Entre photo, design, sculpture et peinture, découvrez huit expositions à visiter dans leurs espaces parisiens.

  • Hernan Bas, The hot seat, 2020 ©Silvia Ros. Courtesy of the artist and Perrotin

  • Hernan Bas, Dinner hour at the Little Shop of Horrors, 2020 ©Silvia Ros. Courtesy of the artist and Perrotin

  • Hernan Bas, Three Vampires, 2020 ©Silvia Ros. Courtesy of the artist and Perrotin

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1. Les éphèbes mélancoliques de Hernan Bas à la galerie Perrotin

 

Ce n’est pas une ni deux mais trois expositions que la galerie Perrotin présente en ce moment dans son espace du Marais. Outre les immenses peintures abstraites du plasticien flamand Pieter Vermeersch et les céramiques du sculpteur belge Johan Creten, on y découvre les portraits de l’Américain Hernan Bas. Depuis des années, ses sujets restent les mêmes : des éphèbes esseulés dans la végétation luxuriante de paysages exotiques et hyper-colorés. Ici, l’artiste présente treize nouveaux tableaux dont les décors avoisinent le surréalisme. Sur l’un d’entre eux, un homme dépiste une carcasse dans une serre emplie de plantes carnivores, sur un autre, un garçon apparaît perché sur un immense arbre à chats, tandis qu’un boa s’enroule sensuellement autour du cou d’un troisième modèle. Décrite “entre inconfort et posture”, leur attitude s’imprègne d’une mélancolie contemporaine alors que leurs environnements matérialisent les tourments et les doutes de leurs âmes juvéniles. Pendant ce temps, avenue Matignon, l’espace “salon” de Perrotin est confié à Takashi Murakami. L’artiste superstar japonais y devient commissaire et rassemble les œuvres de représentants du mouvement Superflat, dont il est lui-même le fondateur.

 

 

Hernan Bas, Johan Creten, Pieter Vermeersch, jusqu'au 30 janvier 2021 à la galerie Perrotin, Paris 3e. 

“Healing, curated by Takashi Murakami”, jusqu'au 23 décembre 2020 dans le salon de la galerie, Paris 8e. 

Elina Brotherus, “Portrait Series (Gelbe Musik with Sunflowers)” (2016).

2. Les portraits sans visages d'Elina Brotherus à la galerie gb agency

 

“Si l’art était un mystère, alors le visage serait un traître et devrait être caché” : cette phrase d’Elina Brotherus ne saurait être mieux illustrée que par ses propres clichés. Depuis une vingtaine d’années, la photographe finlandaise met en scène des personnages – très souvent elle-même –, seuls, perdus dans des paysages extérieurs et intérieurs. Dans l’immensité du décor, le corps apparaît tantôt habillé, tantôt dénudé, mais les visages se dérobent bien souvent à l’objectif : de dos, de face mais couvert d’un sac plastique jaune parmi un champ de tournesols ou écrasé par deux matelas, ou même caché dans un pré, la tête à l’envers. Au sein de ces portraits anonymes, l’artiste se montre parfois au sein des grandes étendues d’herbes folles, entre les myriades de fleurs des rideaux ou apparaît même furtivement dans une série de diapositives. Si certains de ces clichés font explicitement référence aux collages picturaux de John Baldessari, tristement disparu en janvier dernier, la galerie gb agency expose également à leurs côtés d’autres tirages datés des cinq dernières années, à l’instar de sa série Sebaldiana. Memento mori réalisée en Corse en 2019. Celles-ci s’y trouvent réunies sous un même titre, ô combien évocateur : “Bad Camouflage”.

 



Elina Brotherus, “Bad Camouflage”, jusqu'au 18 décembre 2020 à la galerie gb agency, Paris 3e. 

Aldo Bakker, vue de l'exposition “Slow Motion” à la Carpenters Workshop Gallery.

3. Les sculptures aux courbes parfaites d'Aldo Bakker

 

Dans une pièce aux murs gris, un objet monté sur socle interpelle : son rouge écarlate, sa matière lisse reflétant la lumière qui la surplombe, et sa forme enrobée, évoquant aussi bien un cœur qu’un postérieur cambré et une chute de rein généreuse. “Je ne sais jamais où je vais arriver avec ce que je crée”, confie Aldo Bakker, dont les créations échouent aux confins de l’objet et de la sculpture. À la galerie Carpenters Workshop Gallery, le designer et artiste néerlandais présente près de vingt nouvelles œuvres dont la fonctionnalité se fait plus ou moins évidente. Tandis que des volumes en pierre s’alignent contre le mur ou trônent au centre de la pièce, faisant office d’assises, et que des bancs structurent l’espace, d’autres semblent n’avoir de finalité que leur propre forme, dominée par leurs courbes parfaites et leurs surfaces sans aspérités. C’est dans le marbre, l’onyx vert ou la quartzite qu’Aldo Bakker taille pour obtenir ses pièces, tandis que d’autres utilisent la technique japonaise d’exception de l’urushi, une laque naturelle extraite des arbres appliquée couche par couche pour donner au plastique ou au bois une brillance croissante. Travaillant à un rythme très lent, l’artiste obtient ainsi des formes organiques qui semblent intangibles tant leur fini est exceptionnel.

 

 

Aldo Bakker, “Slow Motion”, jusqu'au 30 janvier 2021 à la Carpenters Workshop Gallery, Paris 4e.

Emily Ludwig Shaffer, Stay In Get Out, 2020 © Charles Benton

Emily Ludwig Shaffer, Hiding Away, 2020 © Charles Benton

4. Les paysages immatériels d'Emily Ludwig Shaffer

 

Les espaces surréalistes de René Magritte, les végétations ombrées du Douanier Rousseau, les corps tubulaires de Fernand Léger… Pour identifier la peinture d’Emily Ludwig Shaffer, plusieurs noms d’artistes français viennent à l’esprit. Pourtant, environ un siècle après ces trois artistes, le monde représenté par cette jeune Américaine s’imprègne tout autant d’une esthétique virtuelle ultra-contemporaine. Peintes à l’huile avec une précision remarquable, composées d’aplats de couleurs et de dégradés impressionnants dans lesquelles on ne décèle presque aucune variation de texture, de densité ou d’épaisseur, ses paysages un rien désincarnés ne sont pas sans évoquer les graphismes des jeux vidéos sur ordinateur. Dans leurs jardins et maisons tronquées aussi lisses que celles des Sims, une narration ambiguë se dilue dans le chevauchement des espaces et du temps : sur une même toile, un soleil et une lune se répondent pendant que les scènes semblent mises en boîte par les murs des pièces et les encadrures des ouvertures. Plutôt rares dans les toiles habituelles d’Emily Ludwig Shaffer, quelques figures anthropomorphes s’invitent sur les quatre œuvres inédites exposées par la galerie Pact : sans genre ni habits, leurs corps gris désœuvrés y incarnent l’expérience d’un enfermement – celui d’un imaginaire tristement cloisonné par des limitations spatiales et matérielle d’une actualité suffocante.

 

 

Emily Ludwig Shaffer, “Wall-To-Wall, jusqu'au 16 décembre 2020 à la galerie Pact, Paris 3e.

Linus Bill + Adrien Horni, GIFs, Studio view, Biel/Bienne, Switzerland. Courtesy the artists and Galerie Allen, Paris

5. Les 500 gifs de Linus Bill + Adrien Horni à la galerie Allen

 

Graphics Interchange Format. C’est en 1987 que l’informaticien américain Steve Wilhite donne naissance à ce nouveau format d’image numérique, aujourd’hui bien plus connu sous le nom de GIF. Limité à une palettes de 256 couleurs, celui-ci a fait depuis les années 2000 un retour en force sur les écrans de nos ordinateurs et smartphones, nous permettant de figer en quelques fractions de secondes des moments la culture contemporaine, de la scène la plus insolite d’une série télévisée à la réaction la plus expressive d’un candidat de télé-réalité. Souvent échangé sur Facebook, WhatsApp ou autres réseaux sociaux, le gif est pourtant rarement devenu un médium artistique en tant que tel. Récemment, le duo formé par Linus Bill + Adrien Horni en a fait le cœur de son projet : pendant des mois, les deux artistes suisses ont collectionné et répertorié des milliers de gifs, les ont modifiés eux-mêmes sur Photoshop, se les sont envoyés et renvoyés par mail jusqu’à obtenir une matière intégralement numérique malléable à l’infini. Seulement 500 gifs longs de 20 secondes chacun ont été ensuite choisis pour être diffusés simultanément sur trois grands écrans LED d’après un algorithme aléatoire, constamment mis à jour par cette impressionnante base de données. Sur ces images aux couleurs criardes grossies 10 fois, on discerne traces de peinture numérique, visages enfantins de bonshommes souriants, émojis et même un oeil sorti de son orbite sur ressort, autant de formes mouvantes et fragments d’histoires qui nous plongent dans leurs méandres pixellisés.

 

 

Linus Bill + Adrien Horni, “GIFS”, jusqu'au 30 janvier à la galerie Allen, Paris 9e.

Paulien Oltheten, “Listening to music”, New York, 2013. Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

Paulien Oltheten, ”Reading the news”, Paris, 2016 in ”La Défense, Le regard qui essaye”, 2017. Courtesy Galerie Les filles du calvaire.

6. Les explorations vidéos de l'artiste-anthropologue Paulien Oltheten

 

Pour de nombreux artistes, l’atelier est un espace intérieur à l’abri des regards. Pour Paulien Oltheten, il est à la vue de tous : la rue. Cela fait une dizaines d’années que cette Néerlandaise explore, scrute et ausculte l’espace public et les comportements de ses acteurs. Leur démarche, leurs actions et interactions, les directions qu’ils prennent jusqu’à la manière dont ils portent leur téléphone, l’artiste les consigne à l’aide de son appareil photo, sa caméra et ses carnets de notes qu’elle emporte dans tous ses terrains de recherche. En atteste son projet d’ampleur dans le quartier d’affaires parisien de La Défense, dont Paulien Oltheten a pris le pouls pendant six mois avant de le restituer en images et paroles : à côté de ses prises de vue, l’artiste commente son projet et tisse un fil narratif entre ces fragments de vie qui s’y croisent par milliers, souvent sans même se regarder. D’une avenue dense de New York où elle observe, fascinée, un homme marchant extrêmement lentement à une étendue enneigée de la Volga en Russie, en passant par le lit d’une rivière asséchée à Isfahan en Iran, la curiosité anthropologique et artistique de Paulien Oltheten l’amène dans le monde entier et lui vaut même d’être récompensée par le Prix Découverte des Rencontres d’Arles en 2018.

 

 

Paulien Oltheten, “Suitcase routines, scenes of the improbable”, jusqu'au 20 février 2021 à la galerie Les Filles du Calvaire, Paris 3e. 

Sturtevant, Lichtenstein Girl with Hair Ribbon, 1966 -1967. Photo: Max Yawney Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © the artists

7. Les 30 ans de la galerie Ropac

 

Octobre 1990 : la galerie fondée par l’Autrichien Thaddaeus Ropac a alors sept ans, et ne cesse de se développer depuis la création de son premier espace à Salzbourg. Un succès qui lui permet, cette année-là, d’inaugurer un espace sur un étage d’un immeuble du Marais. Devenant une étape incontournable du parcours artistique parisien, cette adresse de la rue Debelleyme investit progressivement deux étages supérieurs et un sous-sol, pour accueillir jusqu’à trois expositions simultanées. Trois décennies plus tard, c’est dans son immense espace de Pantin, inauguré en 2012, que la galerie Ropac fête les trente ans de son implantation parisienne. Dès le 9 décembre, elle proposera un premier accrochage renouvelé deux fois durant sept mois, dans lequel on retrouvera des œuvres de tous les artistes de la galerie ainsi que d’autre surprises. D’Andy Warhol à Sturtevant, de Donald Judd à Sylvie Fleury, en passant par des œuvres inédites d’Elizabeth Peyton, Georg Baselitz ou encore Erwin Wurm, cette exposition en trois volets permettra ainsi de parcourir l’histoire florissante de l’une des galeries les plus influentes du monde de l’art. 

 

 

“30 Years in Paris”, du 6 décembre 2020 au 26 juin 2021 à la galerie Thaddaeus Ropac, Pantin.

Robert Smithson, Untitled, 1963 ©Holt/Smithson Foundation, Licensed by VAGA at ARS, New York. Courtesy the artist and Marian Goodman Gallery New York, Paris and London

Robert Smithson, Paris in the Spring, 1963 ©Holt/Smithson Foundation, Licensed by VAGA at ARS, New York. Courtesy the artist and Marian Goodman Gallery New York, Paris and London

8. Les dessins préhistoriques de Robert Smithson

 

Qui aurait pensé qu’avant sa célèbre Spiral Jetty, sculpture de 1970 dessinant avec des centaines de pierres une immense spirale dans le Grand Lac Salé de l’Utah, Robert Smithson collait sur le papier lézards, tortues et autres tricératops ? Pourtant, le représentant majeur du land art est toujours passé par le dessin pour laisser parler ses idées et son imaginaire. Passionné par les origines du vivant, les paysages éphémères et le concept d’entropie, à savoir le pouvoir imprévisible de transformation d’une chose en fonction de son contexte, l’artiste américain a exploré la biologie et la géologie pour comprendre comment s’est formé le monde et comment le transformer à son tour. Sur ses dessins datés du début des années 60, on découvre quelques aperçus de cette production longtemps restée en arrière-plan de ses installations dans la nature : dans des peintures dont les contours noirs et gras pourraient évoquer une filiation avec un Jean Dubuffet, l’artiste représente des arbres se prolongeant dans les lignes sinueuses d’un sol, les ondoiements d’un lac ou encore des sols fleuris. Sur d’autres, il assemble des photographies de reptiles autour du corps d’une femme nue, esquisse l’évolution biologique d’une tortue. Motivé par le désir de couvrir un bâtiment sous la boue, l’artiste fait même s’ébouler les pierres et déferler les eaux sur le papier, autant d’étapes graphiques nécessaires à l’expression de son projet ambitieux.

 

 

Robert Smithson, “Primordial Beginnings”, jusqu'au 9 janvier 2021 à la galerie Marian Goodman, Paris 3e.