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06 8 expositions à ne pas manquer en mai

8 expositions à ne pas manquer en mai

Art

Le mois de mai est riche en expositions au sein de l'Hexagone. Au programme, de nombreuses redécouvertes d’artistes historiques, de Toyen à Eva Aeppli en passant par des artistes italiens majeurs des années 60, la rétrospective du photographe Thomas Ruff, mais aussi les propositions contemporaines et engagées du Palais de Tokyo, l’ouverture au public de la Fondation Hartung-Bergman, ou encore les mutations de la peinture hors de ses supports à la Fondation Louis Vuitton.

Annette Messager, “L'Utérus doigt d'honneur” (2021). Courtesy Marian Godman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022 Annette Messager, “L'Utérus doigt d'honneur” (2021). Courtesy Marian Godman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022
Annette Messager, “L'Utérus doigt d'honneur” (2021). Courtesy Marian Godman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022

1. Les rêves intimes et extimes d'Annette Messager au LàM (Villeneuve-d'Ascq)

 

 

Au fil de ses cinq décennies de carrière, la Française Annette Messager a su déployer sur toile, sur textile, comme sur papier et en volume, un univers à la frontière du réel et de la fiction, du rêve et du cauchemar puisant dans son imaginaire foisonnant et poétique. Dans son exposition personnelle au LàM, organisée dans le cadre du festival lille3000, l’artiste joue sur ces ambiguïtés en dévoilant une série inédite de nombreux dessins, pratique à laquelle elle se dédie presque exclusivement depuis trois ans. L'exposition réunit également plusieurs d’installations qui emmèneront le spectateur des tréfonds du corps jusqu’au ciel, dans lequel s’envolent ses créatures hybrides et fragments de corps ailés, en passant par sa faune fantastique et ses visages fantomatiques aux airs de vanités déployés sur le sol ou sur les murs. À l'image de son œuvre, le titre choisi pour cette nouvelle exposition fait résonner toute la puissance hypothétique qui la caractérise : “Comme si”.

 

 

Annette Messager, “Comme si”, du 11 mai au 21 août au LàM, Villeneuve-d'Ascq.

Anna-Eva Bergman, “N°26-1962 Feu” (1962). Collection Fondation Hartung-Bergman

Vue de la Fondation Hartung-Bergman. Tous droits réservés.

2. L'ouverture au public de la Fondation Hartung-Bergman (Antibes)

 

 

Ils formaient l’un des couples les plus célèbres de l’histoire de l’art. Anna-Eva Bergman et Hans Hartung ont tous les deux marqué le 20e siècle par leur œuvre explorant, majoritairement sur toile, les limites entre figuration et abstraction. Si la première s’est éteinte en 1987 et le second en 1989, l’héritage des deux plasticiens est perpétué depuis 1994 par une fondation d’intérêt public, dédiée à la conservation et la transmission de leur œuvre – un souhait que le couple avaient formulé à la fin de sa carrière. Installée dans la dernière résidence des artistes à Antibes, qui abritait leurs ateliers, la Fondation Hartung-Bergman a depuis contribué à de nombreuses expositions sur ces deux figures majeures. Autant d'actions facilitées par le dynamisme de la Fondation qui accueille les chercheurs, inventorie des archives et procède régulièrement à des prêts d’œuvres. Cette riche activité, jusqu’alors restée dans l’ombre, s'épanouit désormais au grand jour alors que l'institution ouvre, pour la première fois, ce samedi 7 mai, ses portes au public : avec ses 1500 m2 de jardin, ses 500 m2 de surface d’exposition, ses bâtiments épurés et lumineux faits d’assemblages de cubes blancs immaculés, sa vaste terrasse et sa piscine ombragée par les arbres, cette résidence historique comme son espace dédié aux expositions annuelles ne manqueront pas de séduire le public local et touristique.

 

 

Inauguration de la Fondation Hartung-Bergman le 7 mai. Anna-Eva Bergman et Hans Hartung, “Les archives de la création”, du 11 mai au 30 septembre, Fondation Hartung-Bergman, Antibes.

Sam Gilliam, “Carousel Form II” (1969). © Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022 Sam Gilliam, “Carousel Form II” (1969). © Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022
Sam Gilliam, “Carousel Form II” (1969). © Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022

3. La peinture hors de ses cadres à la Fondation Louis Vuitton (Paris)

 

 

A-t-on besoin d’une toile et d’un châssis pour faire de la peinture ? À travers les œuvres de cinq artistes contemporains d’envergure internationale, la nouvelle exposition collective de la Fondation Louis Vuitton prouve le contraire en dressant, jusqu’au 29 août, un riche éventail des mutations de la peinture lorsque celle-ci quitte ses supports habituels pour générer des formes inédites. Les draps suspendus de l’Américain Sam Gilliam, les toiles déformées de Steven Parrino, déployées entre la cloison et le sol, ou au contraire tordues à l’intérieur d’elles-mêmes, les fresques picturales de la Canadienne Megan Rooney réalisées à même les murs et le plafond, les explosions de couleur sur volumes triangulaires de l’Allemande Katharina Grosse et enfin les œuvres de l’Italie Niele Toroni, déclinant depuis les années 60 un même geste répétitif et abstrait sur tous types de supports, montrent autant de manières de se libérer d’une tradition séculaire. Comme l'explique Suzanne Pagé, directrice artistique de la fondation, dans le dernier Numéro art (n°10, mai-août 2022) : “Ces artistes quittent la représentation pour mieux retourner au monde. La vraie question est : ‘Qu’est-ce que la peinture fait au monde et qu’est-ce que le monde fait à la peinture?’”

 

 

“La Couleur en fugue”, du 4 mai au 29 août à la Fondation Louis Vuitton, Paris 16e.

Thomas Ruff, “Porträt (R.Müller)” (1986). Collection MAMC+. Dépôt du Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, 1991. © ADAGP, Paris 2022

Thomas Ruff, “tableau chinois_11” (2019). Collection de l’artiste © ADAGP, Paris 2022

4. La photographie au-delà de ses limites par Thomas Ruff au MAMC+ (Saint-Étienne)

 

 

En 1981, Thomas Ruff entame les portraits qui feront sa notoriété internationale : modèles photographiés sur fond blanc en plan poitrine, regards neutres fixés vers l’objectif… la mise en scène a tout d’une photo d'identité officielle, mais son esthétique étonnamment brute, frontale et dépouillée se montre aux antipodes des tendances qui dominent à l’époque le portrait en photographie. Loin de s’en tenir à l’être humain, la pratique visuelle de l’artiste allemand explore depuis une quarantaine d’années les recoins du monde... et de son au-delà. L’héritier de l’école de Dusseldörf, qui prônait une objectivité de l’image dans l'Allemagne de l'après-guerre, s’est aussi bien concentré sur la ville faiblement éclairée par le ciel nocturne (série Nächte/Nights, 1992-1996) que sur les ciels étoilés (série Sterne/Stars, 1989-1992, réalisée à partir de clichés astronomiques). Au fil des décennies, tous les régimes d'existence de l’image et ses mutations n’ont cessé de passionner l’homme, aujourd’hui âgé de 64 ans, du cliché de presse à la photographie de propagande. Avec l’avènement d’internet, Thomas Ruff a copieusement exploité les images ultra-pixellisées, compressées au format JPEG : nus féminins, paysages de carte postale ou encore scènes ravagées par des drames comme les attentats du 11 septembre glanés sur internet, puis transformés par la qualité de leurs tirages et leurs grandes dimensions définies par l’Allemand avec une grande précision, ont défini une nouvelle forme d’abstraction photographique. Le MAMC+ lui consacre une rétrospective riche de 17 séries, dont une inédite réalisée ces derniers mois.

 

 

Thomas Ruff, “Méta-photographie”, du 14 mai au 28 août au MAMC+, Saint-Étienne.

Toyen, “Le paravent” (1966). Crédit Photo : Paris Musées / Musée d'Art Moderne de Paris © Adagp, Paris, 2022
Toyen, “Le paravent” (1966). Crédit Photo : Paris Musées / Musée d'Art Moderne de Paris © Adagp, Paris, 2022
Toyen, “Le paravent” (1966). Crédit Photo : Paris Musées / Musée d'Art Moderne de Paris © Adagp, Paris, 2022

5. Toyen, une artiste de génie affranchie des carcans au musée d'Art moderne de la Ville de Paris

 

 

Après la Galerie Nationale de Prague et le Hamburger Kunsthalle de Hambourg, c’est au tour du musée d’Art moderne de la Ville de Paris de mettre un coup de projecteur nécessaire sur l’œuvre foisonnante de l’artiste Toyen – pseudonyme choisi en référence au mot français “citoyen” – pendant que certains de ses dessins sont également présentés dans l'exposition principale de la Biennale de Venise. Née à Prague en 1902 sous le nom de Marie Čermínová, la plasticienne devenue proche d’André Breton et d’Yves Tanguy a puisé dans les courants artistiques dominants de l’époque en Occident. Elle empruntait ainsi au fauvisme, au cubisme, au primitivisme, jusqu’au surréalisme (dont elle est devenue l’une des représentantes dans son pays d’origine), tout en outrepassant leurs conventions parfois étriquées par sa technique exceptionnelle et son imaginaire foisonnant, témoignant avant tout de sa grande liberté. Dans ses paysages fantasmés, les roches colorées évoquent ainsi des corps fantomatiques et les fleurs prennent l'apparence de seins féminins, tandis que dans ses tableaux oniriques plus tardifs, la nature, les animaux et les corps se muent en ombres, nuées et autres apparitions évanescentes. Déroulant le fil de sa carrière à travers un parcours chronologique riche de 150 œuvres, la rétrospective présentée au MAM lui rend un hommage vibrant, où l'on découvre également ses illustrations érotiques délicatement transgressées, ses minutieux dessins à l’encre de Chine, obscurcis par les drames et les affres de la Seconde Guerre mondiale, ou encore les collages auxquels elle s'est attelée durant les années 70, dernière décennie de sa vie. Un éventail d'une grande richesse qui dresse le portrait d'une femme ayant redoublé d'idées afin de mettre en forme ses rêves et ses désirs.

 

 

Toyen, “L'écart absolu“, jusqu'au 24 juillet au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Paris 16e.

Giovanni Anselmo, “Particolare” (1972- 2022), Projecteur à diapositives, diapositive avec l’inscription « particolare ». Collection privée, Turin. Courtesy Archivio Anselmo, Turin

Piero Gilardi, “Vestito natura- Anguria” (1967). Courtesy Fondazione Centro Studi Piero Gilardi © Photo : Peter Cox

6. L'âge d'or de l'art contemporain italien au MAMAC (Nice)

 

 

Lorsqu’on évoque l’art italien des années 60, un mouvement vient immédiatement en tête : l’arte povera. Répondant à la société consumériste et mondialisée des Trente Glorieuses par l’utilisation de matériaux pauvres, naturels voire périssables, le courant théorisé par le critique Germano Celant ne renferme pourtant qu’une partie du vivier artistique dans le pays à l’époque. Croisant littérature, arts plastiques et cinéma, ce foisonnement fait l’objet d’une exposition d’ampleur au MAMAC, réunissant 130 œuvres et 60 artistes. Et si les noms célèbres de Giovanni Anselmo, Giuseppe Penone ou Jannis Kounellis font partie du corpus, celui-ci amène la (re)découverte de nombreux artistes bien moins familiers des institutions françaises. Des clichés de travestis photographiés par Lisetta Carmi aux sculptures anthropomorphes de Marisa Merz, en passant par les collages cyniques de Lucia Marcucci, ces œuvres plus ou moins connues sont réparties en trois chapitres : le rapport à l’image dans une époque d'expansion de la publicité et des écrans dans les foyers, les nouvelles visions du corps à l’ère des révolutions sexuelles, enfin, le rapport à la nature, face à une mondialisation et un consumérisme en pleine effervescence.

 

 

“Vita Nuova. Nouveaux enjeux de l'art en Italie 1960-1975, du 14 mai au 2 octobre au MAMAC, Nice.

Yhonnie Scarce, “Shadow creeper” (2022). Courtesy de l’artiste & THIS IS NO FANTASY (Melbourne). Crédit photo : Aurélien Mole

Amabaka x Olaniyi Studio, “Nono: Soil Temple” (2022). Courtesy des artistes. Crédit photo : Aurélien Mole

7. Les artistes contemporains reviennent à la terre au Palais de Tokyo (Paris)

 

 

Dans une période de crise à de nombreux niveaux, la nouvelle saison du Palais de Tokyo convoque à travers huit expositions un décentrement du regard et encourage la diversité des points de vue, animée par les considérations écologiques, féministes ou encore décoloniales. Une approche que reflètent les expositions personnelles de Mimosa Echard, Hélène Bertin et César Chevalier, Laura Henno, Aïcha Snoussi, Robert Milin, ou encore l’installation de l’architecte Hala Wardé accueillant des peintures d’Etel Adnan, réalisées pour le pavillon libanais de la 17e Biennale d’architecture l’an passé. Mais l’événement de cette nouvelle saison reste la grande exposition collective “Réclamer la terre”, réunissant quatorze artistes autour de la relation de l’être humain à l’environnement, à la nature et au sol qu’il habite. Du Canada à l’Australie en passant par le Pérou, nombre d’entre eux, comme Yhonnie Scarce, Megan Cope, Asinnajaq ou encore Sebastián Calfuqueo sont issus de communautés aborigènes, offrant dans une institution occidentale un regard inédit et bienvenu sur le rapport d’une population à son territoire, à travers des sculptures, vidéos, installations immersives, autant de manières d’écrire une nouvelle histoire politique et artistique affranchie des récits dominants.

 

 

“Réclamer la terre”, jusqu'au 4 septembre au Palais de Tokyo, Paris 16e.

Eva Aeppli, “Célestine II” (1977). © ADAGP, Paris, 2022. Eva Aeppli, “Célestine II” (1977). © ADAGP, Paris, 2022.
Eva Aeppli, “Célestine II” (1977). © ADAGP, Paris, 2022.

8. Les poupées inquiétantes d'Eva Aeppli au Centre Pompidou-Metz
 

 

Des mannequins étrangers à taille humaine viendront bientôt hanter le Centre Pompidou-Metz. Semblable à des marionnettes, ces poupées textiles chauves aux visages presque expressionnistes sont l’œuvre de l’artiste Eva Aeppli, qui connaît à cette occasion sa première rétrospective en France. Pourtant, la Suisse née en 1925 et disparue en 2015, à l’âge de 90 ans, a produit au fil du 20e siècle un grand nombre de peintures, dessins et sculptures qui ont composé son imaginaire étrange, voire sombre. Si sa notoriété n’égale pas celle de certains de ses contemporains, sa proximité et ses nombreux échanges avec son amie Niki de Saint Phalle et son premier mari Jean Tinguely a pourtant nourri leur œuvre. Afin de la replacer dans cette histoire à sa juste valeur, le musée met en dialogue la diversité de sa production avec ces artistes plus renommés, mais également des figures qui s’inscrivent dans sa filiation plastique et conceptuelle, de Louise Bourgeois à la subversive Sarah Lucas, en passant par Annette Messager. Passionnée d’astrologie, obsédée par les corps, Eva Aeppli a exploré au fil des années l’identité à travers un grand nombre d’autoportraits sur papier et de toiles aux accents tragiques, avant que ses figures ne viennent concrétiser son théâtre intime : solitaires ou en groupe, celles-ci portent souvent des sous-textes engagés, tantôt habitées par les fantômes d’Auschwitz ou déployées en hommage à Amnesty International.




“Le Musée sentimental d'Eva Aeppli”, du 7 mai au 14 novembre au Centre Pompidou-Metz, Metz.