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17 Un autoportrait émouvant de Frida Kahlo bat tous les records aux enchères

Un autoportrait émouvant de Frida Kahlo bat tous les records aux enchères

Art

Ce mardi 16 novembre au soir, la maison de vente Sotheby's New York a adjugé un autoportrait de Frida Kahlo pour la somme exceptionnelle de 34,9 millions de dollars. Intitulée Diego y yo, cette peinture exceptionnelle représentant l'artiste et son époux Diego Rivera devient ainsi l'œuvre la plus chère de l'artiste et l'œuvre latino-argentine la plus chère au monde.

Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York. Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York.
Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York.

Son visage est l’un des plus célèbres de l’histoire de la peinture moderne. Avec son port de tête altier, ses cheveux de jais et son emblématique monosourcil, Frida Kahlo incarne une femme indépendante et passionnée. Au fil de sa carrière artistique, s'étalant entre les années 1920 et les années 1950, la Mexicaine a peint une cinquantaine d’autoportraits mythiques. Ce mardi 16 novembre au soir, à la maison Sotheby’s New York, l'un d'entre eux, réalisé en 1949, a battu tous les records : l’œuvre a été adjugée pour 34,9 millions de dollars. Une telle somme est exceptionnelle pour un tableau d’une femme artiste née en Amérique latine. Intitulé Diego y yo (“Diego et moi”, référence à son célèbre mari l'artiste Diego Rivera), le tableau avait déjà été vendu par Sotheby’s en 1990 pour seulement 1,4 million de dollars. Multipliée par 35, sa valeur connaît en 31 ans une augmentation fulgurante au point de devenir l'œuvre de Frida Kahlo la plus chère jamais vendue et même l’œuvre latino-argentine la plus chère au monde. Elle détrône ainsi le tableau Los Rivales (1931) de Diego Rivera, adjugé en 2018 au prix de 9,76 millions de dollars.

 

Acquise hier par la collection Eduardo F. Costantini, du nom du chef d’entreprise et collectionneur argentin, l’œuvre pourrait bien rejoindre le musée des Arts latino-américains de Buenos Aires qu’il a fondé en 2001. Son prix d'adjudication impressionnant peut s’expliquer par la faible quantité des œuvres de Frida Kahlo sur le marché de l’art. La peintre, régulièrement malade et alitée en raison de graves problèmes de santé – notamment la poliomyélite puis un grave accident –, n’a réalisé qu’une centaine d’œuvres durant sa carrière. À travers le monde, les tableaux de la Mexicaine sont peu conservés au sein des institutions muséales. En Europe, en dehors des collections privées, seule une de ses peintures, l'autoportrait The Frame, est conservée au Centre George Pompidou. Ce nouvel achat semble donc témoigner d’une volonté de patrimonialisation de l’œuvre de la peintre, désormais reconnue comme l’une des plus grandes artistes du XXe siècle.

Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York. Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York.
Frida Kahlo, Diego y yo, 1949 © Sotheby's New York.

Cet autoportrait n’aurait peut-être atteint un tel montant s'il ne renfermait pas une grande particularité : la représentation du célèbre amant de la peintre. Ce tableau énigmatique montre Frida Kahlo, reconnaissable grâce à son célèbre monosourcil et ses cheveux d’un noir ébène. Ses traits sont tristes et défaits, de fines larmes coulent le long de ses joues et sa chevelure enserre son cou à la manière de griffes. Au centre de son propre front, à la manière d’un troisième œil, apparaît le visage de Diego Rivera, lui aussi affublé de trois yeux Si ces deux artistes sont devenu l’un des couples les plus mythiques de l’histoire de l’art, leur amour passionnel a connu maintes déchirures, tromperies et ruptures. Sur cette peinture, cette étrange mise en abîme symbolise la douleur de la peintre. À l'époque où elle peint ce tableau, en 1949, son mari a une liaison avec une actrice mexicaine. En peignant ces deux visages entrelacés, elle représente ainsi sa relation tourmentée, thématique qui habite déjà son Autoportrait aux cheveux coupés (1940). Pourtant, Diego y yo demeure le seul portrait connu à ce jour où Diego Rivera apparaît explicitement, faisant de ce tableau une œuvre exceptionnelle.