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Frieze Art Fair New York, ou l’art dans tous ses états

 

L’incontournable foire d’art contemporain s’est tenue du 14 au 17 mai à New York. Récit de quatre journées animées.

Le stand de la galerie parisienne Kamel Mennour où se mêlent avec poésie les sculptures d'acier de Petrit Halilaj et les toiles d'encre et de papier journal de Latifa Echakhch (lauréate du prix Marcel Duchamp 2013). 

Carissa RodriguezIt’s Symptomatic / What Would Edith Say, (2015), tirage chromogène monté sur aluminium, 152,4 x 101,6 cm. Galerie Karma International.

“Savez-vous pourquoi les Européens ont voulu créer Frieze New York après avoir créé Frieze London ? Ils cherchaient une nouvelle excuse pour traîner dans les clubs de Manhattan au printemps.” Les Américains, aux soirées de la Frieze Art Fair New York, ne se lassent pas de cette plaisanterie qui court depuis la naissance de la petite sœur new-yorkaise (devenue très grande) de la foire de Londres. Et il faut avouer que la présence européenne participe, pour beaucoup, au fun et au succès de l’évènement – pas seulement en soirée.

 

Dès l’entrée (côté sud) de la foire, c’est bien une galerie européenne qui expose l’œuvre à ne pas rater. Standard (Oslo) présente, sur écran géant, Emissary in the Squat of Gods (2015) de Ian Cheng. Le jeune prodige américain de 31 ans n’a pas fini de se faire remarquer par son usage des nouvelles technologies. Ici, sa vidéo aux graphismes de jeu vidéo des années 90 n’est rien d’autre qu’un programme informatique proposant un voyage épique parmi une humanité préhistorique. S’appuyant sur la thèse du psychologue Julian Jaynes selon laquelle ces hommes d'autrefois ne possédaient pas de réelle “conscience”, l’œuvre use à merveille des possibilités de mouvement de caméra offertes par le numérique (jusqu’à passer à travers les décors volcaniques pixellisés) pour rendre compte de l’errance de ces êtres. Une évocation brillante de l’accession de l’humanité à la conscience… ou d'un monde qui en est dépourvu.

Les Instagram Paintings de Richard Prince prennent possession de l'ensemble du stand de la galerie Gagosian.

Mais les happy few invités à la preview, dès le 13 mai, préféraient se prendre en photo devant les peintures de Richard Prince inspirées par Instagram. Sur ses toiles, l'artiste star s'est amusé à reproduire des captures d'écran de commentaires qu'il avait postés sur le réseau social (sur un selfie de la mannequin Lara Stone par exemple). Évidemment, c’est moins compliqué et plus vendeur que l’éveil à la conscience de l’humanité par programme informatique. Un peu plus loin, “l’atelier création” de Jonathan Horowitz fait aussi fureur. Les invités de prestige dessinent chacun un rond noir de même diamètre qui sera ensuite installé sur un mur... et reçoivent pour cela un chèque de vingt dollars. Une excellente idée digne d’une agence de publicité. Le consommateur est personnellement impliqué et récompensé. Mais ici, on l’appelle collectionneur.

Ryan GanderFtt, Ft, Ftt, Ftt, Ffttt, Ftt (2010), flèches, dimensions variables. Lisson Gallery.

Marian Goodman a fait également sensation en dédiant, comme d’habitude, son stand à un artiste. Giuseppe Penone impressionne avec ses grands tableaux figeant la nature… on murmure même qu’une des œuvres exposées était proposée à pas moins d’un million. Les Français n’étaient pas en reste. Chez Kamel Mennour, le duo Petrit Halilaj et Latifa Echakhch (lauréate du prix Marcel Duchamp 2013) se révèle particulièrement pertinent et convaincant. Deux étoiles montantes qui semblent déjà bien accrochées au ciel. 

Cory Archangel, D'oooh (2014), skateboard Santa Cruz, frites de piscine en mousse, brassards, hauteur de 140 cm. Lisson Gallery.

Parmi les artistes en vue, Ryan Gander – qui avait réalisé une très belle exposition chez GB Agency à Paris en 2014 – fait mouche au stand de la Lisson Gallery. Tout comme Cory Archangel y fait sourire avec Homer Simpson : on se surprend à répéter le fameux “D’oooh” du personnage de dessin animé qui donne son nom à l’œuvre. On notera également la présence des vidéos arc-en-ciel de Petra Cortright chez Foxy Production ou encore Mark Flood chez Peres Projects et Eddie Peake chez White Cube

Sam FallsUntitled (George) (2014), verre, hélium, ballons, néons. Galleria Franco Noero

 

 

Sam Falls propose quant à lui une installation ballons et néons tout en poésie pour la galerie italienne Franco Noero, où il expose actuellement, à Turin. Mais la personnalité branchée la plus présente était sans conteste l’artiste d’origine thaïlandaise Korakrit Arunanondchai avec ses sièges de massage bigarrés et accompagnés d’une musique hypnotique, disponibles dans tout l’espace de la foire. Installé à New York où il est représenté par la galerie Clearing, l’artiste à l’esthétique explosive et excentrique va justement exposer au Palais de Tokyo à la fin juin. Rendez-vous est pris.

 

Par Thibaut Wychowanok

 

 

http://friezenewyork.com/

 

Korakrit Arunanondchai, Palais de Tokyo, Paris, du 24 juin au 13 septembre 2009. http://www.palaisdetokyo.com/

Giuseppe Penone magnifie le stand de la galerie Marian Goodman.

 

L'ours de Paola Pivi, plastique, mousse d'uréthane, plumes. 122 x 245 x 64 cm. Galerie Perrotin.

Homepage : Paola Pivi, Galerie Perrotin. 

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