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Numéro
30

Jenny Holzer déroule ses textes, des murs du Guggenheim au monde entier

Art

Connue depuis près de cinquante ans pour ses installations textuelles poétiques et engagées investissant tous les supports de l'espace public, Jenny Holzer vient d'ajouter une nouvelle corde à son arc artistique : celle de la réalité augmentée. En collaboration avec le musée Guggenheim Bilbao, qui vient d'acquérir une de ses nouvelles sculptures, l'artiste américaine propose à chacun de faire apparaître trois œuvres virtuelles dans l'espace à travers l'écran de son smartphone.

©FMGB, Guggenheim Bilbao Museoa. Photo: Erika Ede

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Des écrans de Times Square à la façade du musée du Louvre en passant par les écrans plasma habillant les parois d’un camion noir, les messages souvent brefs et explicites de Jenny Holzer semblaient avoir investi tous les médiums nécessaires à leur diffusion. L’artiste américaine n’a en effet cessé, depuis la fin des années 70, d’exploiter les espaces publics et leurs traditionnels supports publicitaires pour en faire le vecteur de ses pensées engagées. Mais cela était sans compter la pandémie de Covid-19. Pendant le premier confinement ayant contraint la majorité de la population mondiale à rester chez elle, la septuagénaire troque les lieux extérieurs et leurs surfaces monumentales pour des espaces virtuels, publiant régulièrement sur Instagram des phrases telles que “We want to live” (“Nous voulons vivre”), “Moral injury” (“Blessure morale”) et injonctions comme “Know where your hands are at all times” (“Sachez où sont vos mains en permanence”), animées en vidéo pour faire passer ses messages de façon ludique et percutante.

 

Déroulant le fil du monde numérique, l’artiste explore désormais un tout nouveau terrain pour mettre en forme son art : la réalité augmentée. Devenue depuis plus d’un an une véritable lubie chez certains artistes, cette technique permettant de fusionner des éléments virtuels à des captures du réel via les écrans a déjà séduit des figures du monde de l’art aussi reconnues que Kaws, Olafur Eliasson ou encore Sarah Sze, proposant chacun aux intéressés de faire apparaître des sculptures dans leur propre environnement à travers leur smartphone. C’est suivant ce même principe que Jenny Holzer a imaginé son nouveau projet, en collaboration avec le musée Guggenheim de Bilbao. Le musée espagnol, qui possédait déjà dans sa collection une série de panneaux lumineux de l’artiste et lui avait consacré en 2019 une grande rétrospective, vient d’y ajouter une nouvelle sculpture baptisée Like Beauty in Flames. Alors que le nombre de visiteurs à même d’apprécier l’œuvre dans l’espace est pour l’instant limité par le contexte sanitaire, l’institution a collaboré avec l’artiste pour proposer un pendant virtuel de cette pièce, visible sur une application inaugurée pour l’occasion.

©FMGB, Guggenheim Bilbao Museoa. Photo: Erika Ede

Portant le même nom que l’œuvre inédite de Jenny Holzer, celle-ci offre gratuitement la possibilité de découvrir trois œuvres de l’artiste en réalité augmentée, en utilisant l’appareil photo de son smartphone. La première se découvre pour les visiteurs présentes dans l’enceinte du musée, qui pourront apprécier le mouvement incurvé des Truismes de l’artiste dans son hall : dialoguant avec les étages, fenêtres et balcons courbes imaginées par l’architecte Frank Gehry, la sculpture virtuelle se contorsionne tandis que ses phrases s’y déroulent en écritures violettes. Une deuxième installation se découvre cette fois-ci sur la façade extérieure iconique du bâtiment, très reconnaissable par ses panneaux en titane réfléchissant la lumière : ici, l’application permet de dérouler des textes de différents auteurs en noir sur blanc, calibrés pour apparaître sur des surfaces spécifiques à la manière d’un mapping sur smartphone. Si la venue au musée est certes encouragée par l’application, la troisième œuvre peut être générée par les utilisateurs du monde entier, quel que soit l’environnement capté par l’objectif de leur téléphone. En appuyant avec son doigt, on parvient ainsi à faire apparaître dans l’espace des adages en anglais, français ou espagnol telles que “L’abus de pouvoir n’est guère surprenant” ou “A little knowledge can go a long way”. Une première étape d’un projet étalé sur trois ans, durant lesquels Jenny Holzer et le musée Guggenheim prévoient de dévoiler de nouvelles œuvres d’art mobilisant les ressources inédites de la technologie contemporaine.

 

 

“LIKE A BEAUTY IN FLAMES”, une application de Jenny Holzer et du musée Guggenheim Bilbao disponible sur smartphone.