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Le film “La Haine” inspire l’école Kourtrajmé au Palais de Tokyo

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25 après la sortie du film “La Haine”, le Palais de Tokyo accueillera une trentaine d’étudiants de l’école Kourtrajmé – créée par le réalisateur Ladj Ly à Clichy-sous-Bois/Montfermeil – pour une exposition intitulée “Jusqu’ici tout va bien”. Présentée du 29 août au 7 septembre, celle-ci questionnera le regard que nourrit la France sur ses banlieues à travers une série de photographies, d’installations, de performances et de courts-métrages élaborés sous forme de workshop avec le réalisateur des Misérables, mais aussi l’artiste JR et le cinéaste Mathieu Kassovitz.

"Soulèvement" de Tiziano Foucault-Gini, graphite sur papier, 36,5 x 45,5 cm, 2020. © Palais de Tokyo

Qu’est ce qui vous met en colère aujourd’hui ?” : voilà la question qu'a posé le Palais de Tokyo aux élèves de l’école Kourtrajmé il y a quelques mois. Créée en 2018 par Ladj Ly, réalisateur des Misérables [2019] et membre du collectif Kourtrajmé – qui s’est taillé une solide réputation au mitan des années 90 en réalisant des clips et courts-métrages transgressifs, dans lesquels on retrouve l’enfant terrible du cinéma français Vincent Cassel –, cette école propose une formation gratuite et sans condition de diplôme aux métiers d’art et de cinéma installée en Seine-Saint-Denis. À l'occasion de ce nouveau projet en collaboration avec le musée parisien, Ladj Ly s'est associé avec l’artiste JR et le cinéaste Mathieu Kassovitz, assurant une filiation évidente avec Les Misérables et le film coup de poing La Haine, sorti 25 ans plus tôt. Les étudiants ont donc été invités à élaborer un ensemble d’œuvres évoquant les rapports d’oppression et contrecarrant les clichés médiatiques véhiculés sur la banlieue. Directement inspirées de scènes de ces films et de situations vécues ou subies au quotidien, leurs photographies, performances et courts-métrages s'installeront du 29 août au 7 septembre entre les murs du Palais de Tokyo, qui avait déjà accueilli l’immense fresque Chroniques de Clichy-Montfermeil de JR et Ladj Ly en 2017. 

 

Car 25 ans, c’est aussi le temps d’une génération, une nouvelle génération qui apporte un regard neuf sur la vie en banlieue et ses habitants. “En observant les productions des étudiants, on se rend compte qu’il y a une volonté de questionner la place des femmes dans les œuvres qui racontent la banlieue” explique Hugo Vitrani, commissaire de l’exposition au Palais Tokyo qui dirige des masterclass sur son métier et organise des rencontres avec des artistes émergents au sein de l’école Kourtrajmé. Un groupe d’élèves a par exemple recréé la chambre de la sœur de Vinz dans La Haine. Parmi les autres oeuvres sélectionnées, on pourra trouver la réédition d’une autre scène du film culte, dans lequel des poèmes remplacent les fameux scratchs de DJ Cut Killer et le dessin au crayon à papier d’une voiture embrasée dont le noir et blanc n'est pas sans évoquer le travail du photographe JR, co-commissaire de l’exposition aux côtés de Ladj Ly et Mathieu Kassovitz. 

 

Le projet est marqué par l’ébullition collective et l'énergie de la débrouille insufflés par le collectif Kourtrajmé, une bande d’amis dont certains membres – les réalisateurs Kim Chapiron, Romain Gavras, Toumani Sangaré, Ladj Ly, l’artiste JR ou le rappeur Oxmo Puccino – sont aujourd’hui des acteurs incontournables du paysage artistique français. Il s’inscrit aussi dans la volonté du Palais de Tokyo de mettre en lumière des artistes qui proviennent des marges, déjà assumée en 2019 avec son exposition Prince.sse.s des villes accompagnée de lives des rappeurs Rim'K et Jok'Air ou encore avec le programme LASCO PROJECT, un parcours de street art qui, depuis 2012, s’infiltre dans les couloirs, passages et escaliers du musée. 

 

Jusqu’ici tout va bien, du 29 août au 7 septembre au Palais de Tokyo, Paris 16e.

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