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Les vernissages de la rentrée : dîner chez Gatsby le Magnifique et Murakami en Facebook live

 

De Kamel Mennour à Emmanuel Perrotin en passant par Alain Gutharc, les vernissages de la rentrée ont donné lieu à quelques soirées mémorables... mais aussi à de très belles expositions.

Par Thibaut Wychowanok

Pour le vernissage privé de Takashi Murakami, ce vendredi, le galeriste Emmanuel Perrotin n'a pas hésité à revêtir l'identité de l'un des personnages de l'artiste... et à partager les photos sur son compte Instagram.

Latifa Echakhch, "La dépossession", 2014. Toile de théâtre apprêtée, peinture, tube acier et sangles. Dimensions variables. Toile : 1000 x 1000 cm
Vue de l’exposition “All around fades to a heavy sound”, kamel mennour, Paris, 2014

© Latifa Echakhch Photo. Fabrice Seixas
Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

 

 

Cette année, le grand bal des vernissages s’ouvrait alors que les collectionneurs n’avaient pas eu le temps de perdre leur bronzage made in Saint-Tropez, Porto Cervo ou Formentera. Le 2 septembre, Kamel Mennour organisait ainsi une “petite” sauterie dans la cour de sa galerie du 47, rue Saint-André-des-Arts. L’esprit était joyeux et estival, comme le temps. C’est aussi que tout semble réussir au galeriste : artistes trustant le Grand Palais (Huang Yong Ping, Daniel Buren à Monumenta) la Fondation Louis Vuitton (Daniel Buren encore !) et le Château de Versailles (Lee Ufan, Anish Kapoor), nouvelle galerie inaugurée cet été avenue Matignon et annonce de la création d’un autre espace à Londres pour le 4 octobre avec l’exceptionnelle Latifa Echakhch (prix Marcel Duchamp 2013). Le Brexit n’a qu’a bien se tenir.

 

 

Kamel Mennour, tel Gatsby le Magnifique, était absent de sa propre fête. Personne ne s’en inquiétait – l’atmosphère était à la légèreté. Comme écrivait Fitzgerald, les invités “se comportaient selon les règles qu’on estime généralement être celles d’un parc d’attractions. Il leur arrivait de venir et de repartir sans même avoir fait la connaissance de Gatsby”. Autour du buffet, les tables rondes étaient bien dressées et les collectionneurs s’y affairaient avec bonheur. “On devrait demander à l’équipe de la galerie de s’occuper de notre mariage, commentait un jeune couple. Tout est parfait. On s’y croirait déjà.” 

Vue de l’exposition de Ann Veronica Janssens, kamel mennour (6, rue du Pont de Lodi), Paris, 2016.

 

© ADAGP Ann Veronica Janssens. Photo. Fabrice Seixas & archives kamel mennour. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

 

 

 

LA CARTE ET LE TERRITOIRE DE ZINEB SEDIRA

 

 

Côté expositions, sublime travail autour de la lumière et des couleurs d’Ann Veronica Janssens dans l’espace du Pont-de-Lodi. Et, rue Saint-André-des-Arts, Mouna Mekouar fait une nouvelle fois mouche en tant que curatrice de l’exposition de Zineb Sedira. L’artiste de 53 ans qui vit entre Alger, Paris et Londres, propose une vidéo et deux séries photographiques de paysages (une réalisée en Algérie et l’autre en Laponie). L’ensemble est consacré à la notion de territoire. Quelle relation l’homme entretient-il avec son environnement ? Comment cet environnement devient-il un territoire que l’homme croit s’approprier ? Comment un territoire peut-il être délimité ? 

Détail de l’exposition de Ann Veronica Janssens, kamel mennour (6, rue du Pont de Lodi), Paris, 2016.

Vue de l’exposition "L'Écriture des lignes" de Zineb Sedira, kamel mennour (47, rue Saint-André des Arts), Paris, 2016.

Commissariat / Curated by Mouna Mekouar © ADAGP Zineb Sedira

Photo. Fabrice Seixas & archives kamel mennour. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

 

 

 

"EN LAPONIE, L'ARTISTE A ATTENDU QUE LE FLEUVE TORNE GÈLE" MOUNA MEKOUAR

 

 

Dans les photos des vastes étendues d’Algérie, l’espace est, par définition, cadré. Pourtant, le territoire ainsi délimité semble toujours s’échapper vers l’horizon, dépasser les limites que le cadre photographique lui impose. “Et en Laponie, nous explique Mouna Mekouar, l’artiste a attendu que le fleuve Torne gèle pour réaliser ses photos du sol. Dans ces clichés sublimes, on ne distingue presque plus la limite entre la terre et le fleuve. Or un cour d’eau sert en général à délimiter un territoire.” Là encore, les limites s’effacent, et la nature reprend ses droits. Avec humour, Zineb Sedira s’est amusée à installer çà et là des instruments (niveau de l’eau, fils topographiques) qui paraissent bien chimériques face à cette nature infinie.

 

 

Mais c’est avec sa vidéo que Zineb Sedira émeut le plus. Son père y parcourt ses terres en Algérie. Ici, nul besoin de cartes, d’indications ou de limites, l’homme connaît intimement son territoire. Une déambulation mentale et physique comme un plaidoyer pour un autre rapport au monde.

Vue de l’exposition "L'Écriture des lignes" de Zineb Sedira, kamel mennour (47, rue Saint-André des Arts), Paris, 2016.

Commissariat / Curated by Mouna Mekouar © ADAGP Zineb Sedira

Photo. Fabrice Seixas & archives kamel mennour

Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

Zineb Sedira, River Map: A Land of Ice, 2016. Caisson lumineux / Lightbox. 140 x 112 cm

Vue de l’exposition "L'Écriture des lignes" de Zineb Sedira, kamel mennour (47, rue Saint-André des Arts), Paris, 2016.

Commissariat / Curated by Mouna Mekouar © ADAGP Zineb Sedira

Photo. Fabrice Seixas & archives kamel mennour

Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

 

 

EMMANUEL PERROTIN EN PERSONNAGE DE MURAKAMI

 

Retour à Paris. Une semaine plus tard, c’est à Emmanuel Perrotin de faire l’événement le 9 septembre avec son cocktail en l’honneur de Takashi Murakami. Le Japonais présente plus de 40 œuvres récentes : des hommages à Francis Bacon en passant par ses peintures gigantesques à multiples panneaux ou encore sa série Enso (le fameux cercle zen japonais symbolisant l’unité, l’infini et le vide) et ses “Arthats” (une toile comprend ainsi 500 adeptes de Bouddha atteignant l’illumination). On y trouve ses habituelles explosions de couleurs, entre manga et culture kawaï, et ses thèmes récurrents : monstres, spiritualité, mort. Plus étonnant, ses sacs à main peints avec des motifs de fleurs ou de crânes, et qui sont chacun surmontés d’une peinture reprenant le même dessin.

 

Dans la fameuse salle de bal, Emmanuel Perrotin s’est déguisé pour l’occasion. Ce n’est pas la première fois que le maître des lieux défie le ridicule pour un artiste. Ceux de la galerie sont venus le soutenir (mais sans se déguiser) : Ivan Argote, Sophie Calle, Johan Creten, Bernard Frize, Laurent Grasso, Xavier Veilhan… Autre initiative intéressante, la galerie a organisé une visite guidée de l’exposition avec Facebook live. Une première à Paris.

Détail d'une œuvre de Takashi Murakami à la galerie Perrotin.

 

 

L'OR FOULÉ AUX PIEDS DE MATHIAS KISS

 

Pour trouver un peu de calme propice à la réflexion, il aura fallu se rendre à une encablure de là, rue Saint-Claude, où, depuis le 3 septembre, Mathias Kiss s’est approprié l’espace de la Galerie Alain Gutharc en recouvrant le sol de 12 500 feuilles d’or. L’artiste poursuit ainsi sa réflexion sur l’ornementation. “Ce qui m’intéressait avec cette œuvre in situ, expliquait-il le soir du vernissage, c’est que le public est obligé de marcher dessus. L’or, métal noble et précieux, est sali. Il est désacralisé.” Le résultat en évolution permanente forme un tableau abstrait entre traces noires et explosions de lumière.

 

 

Zineb Sedira à la galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts, Paris 6e. Ann Veronica Janssens, 6 rue du Pont de Lodi, Paris 6e. Jusqu'au 8 octobre. www.kamelmennour.com

Takashi Murakami à la galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3e. Jusqu'au 23 décembre. www.perrotin.com

Mathias Kiss à la galerie Alain Gutharc, 7 rue Saint-Claude, Paris 3e. Jusqu'au 24 septembre. www.alaingutharc.com

Vue de l’exposition Takashi Murakami “Learning the Magic of Painting” at Galerie Perrotin, Paris from September 10 to December 23, 2016.

All artworks © Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Galerie Perrotin. Photos: Claire Dorn

Crédit Mick Jayet

 

 

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