12 Octobre

Los-Angeles-sur-Seine: les galeries californiennes s'installent à Paris

 

Initiative réunissant les jeunes galeries et espaces indépendants parisiens, Avant-Première célèbre sa première édition avec une programmation percutante, le week-end précédant la FIAC. Ses invités d’honneur ? Les meilleurs art spaces de Los Angeles. Focus sur trois d’entre eux.

Par Martha Kirszenbaum, Photos Harry Eelman

Jay Ezra Nayssan, le fondateur de Del Vaz Projects.

Pour l’inauguration, une semaine avant la FIAC, de l’édition d’Avant-Première, ses organisateurs, les galeristes Daniele Balice et Robbie Fitzpatrick, ont convié, outre de jeunes galeries parisiennes, une dizaine de leurs confrères de Los Angeles à imaginer des expositions reflétant leurs programmes, dans divers lieux insolites de la capitale – restaurants, fleuristes, appartements privés... Une initiative qui repense la manière dont les jeunes galeries peuvent, d’une part, collaborer et, d’autre part, exposer leurs œuvres en marge des grandes foires internationales. Cette première édition est l’occasion d’explorer la scène dynamique et protéiforme de la cité des Anges. Voici trois émissaires aux profils distincts qui exposent dans trois quartiers clés de la ville américaine.

 

Del Vaz Projects

 

Plus loin, à l’ouest de Los Angeles, entre Santa Monica et Brentwood, se trouve Del Vaz Projects. Ce lieu, à l’instar de son fondateur Jay Ezra Nayssan, fils d’exilés iraniens natif de Los Angeles, fait figure d’inclassable. À mi-chemin entre le salon d’artistes à tendance aristocratique et le project space généreux, Del Vaz Projects tire son nom d’une expression persane signifiant “à cœur ouvert et à bras tendus”. Une expression qui sied bien à celui qui décida un jour d’ouvrir les portes de son appartement minimaliste pour y organiser des expositions pointues, déjouant avec grâce les contraintes d’un lieu de vie. On a ainsi découvert des œuvres d’artistes de Los Angeles tels que Liz Craft, Max Hooper Schneider ou Rachelle Sawatsky, avant même que ceux-ci ne soient largement représentés à l’étranger, ou des propositions solos d’artistes internationaux comme l’Argentin Nahuel Vecino ou le Turc Derya Akay. La ligne pluridisciplinaire de Del Vaz Projects se reflète également dans des performances de danse, des projections de films, voire des workshops floraux réguliers. Mais ce sont le design et les arts appliqués qui confèrent au lieu son identité propre, notamment avec l’exposition emblématique des artistes new-yorkaises Jessi Reaves et Sophie Stone, en 2016, qui avaient disposé dans l’appartement des sculptures inspirées de meubles et de tapis. Jay Ezra Nayssan a par ailleurs ouvert en début d’année, en collaboration avec la galerie M+B, ANNEX, un showroom dédié aux objets d’artistes. Pour Paris Avant-Première, Del Vaz Projects présentera une exposition solo du photographe de Los Angeles Paul Mpagi Sepuya, dans l’espace de l’agence de communication David Giroire dans le jardin du Palais-Royal.

Éric Kim, Madeleine Paré et Naoki Sutter-Shudo de l’espace Bel Ami.

Bel Ami

 

Fondé au début de l’année 2016 par l’artiste franco-japonais Naoki Sutter-Shudo et la critique d’art canado-finlandaise Sabrina Tarasoff, auparavant codirecteurs de l’espace Shanaynay dans le XXe arrondissement parisien, Bel Ami est un artist-run space situé dans un centre commercial asiatique du Chinatown historique de Los Angeles. Haut lieu du gallery world de Los Angeles, le quartier avait abrité, au début des années 2010, les premiers espaces de David Kordansky ou de François Ghebaly, abandonnés ensuite au profit des quartiers de Culver City puis Downtown. Tirant son nom de la littérature classique française de la fin du xixe siècle, mais niché entre une esthéticienne chinoise et un restaurant de raviolis, Bel Ami séduit par ses paradoxes, proposant une programmation artistique décalée, qui mêle volontiers styles et générations au sein d’expositions élégantes accompagnées de textes poétiques ou absurdes. Le lieu a ainsi présenté, entre autres, l’artiste néo-pop new-yorkais et membre de la pictures generation des années 80 Walter Robinson, des artistes émergents de Los Angeles tels que Benjamin Reiss, ou encore des jeunes artistes français comme Louise Sartor. Bel Ami a dans ses projets une exposition de groupe organisée avec l’artiste de Los Angeles Orion Martin, et des expositions solos de la jeune Allemande Miriam Laura Leonardi et du Parisien Julien Monnerie. C’est une présentation solo de ce dernier que Bel Ami dévoile lors d’Avant-Première (dans un lieu encore non défini) : un ensemble de ses Formes, des sculptures abstraites en bois réalisées avec le fabricant de formes à chapeaux Lorenzo Re – qui travailla chez Christian Dior haute couture à l’époque John Galliano.

Karolina Dankow de la galerie Karma International.

Karma International

 

Profitant de l’engouement européen pour Los Angeles, observé dès 2014 avec l’ouverture de galeries et art spaces tels que Freedman Fitzpatrick ou Fahrenheit, la galerie zurichoise Karma International, fondée en 2008 par Karolina Dankow et Marina Olsen, a ouvert en 2015 un espace dans la ville américaine. Elle a bénéficié d’une forte attraction due à sa programmation à la fois internationale et ancrée dans la production d’artistes locaux, un équilibre savant et indispensable dans une ville-monde aux réflexes paradoxalement assez provinciaux. Installée dans un bâtiment historique des années 20, flanquée d’un sublime jardin de cactus et de palmiers – qu’elle utilise fréquemment pour des performances, concerts ou lectures –, la galerie Karma International a l’avantage de se situer au cœur d’un quartier les plus en vogue : West Adams, dans Mid-City. Ce quartier, majoritairement noir et plutôt défavorisé, a vu s’installer en 2012 le musée dédié à la culture et l’art afro-américains The Underground Museum, puis le collectif de jeunes designers très hype Eckhaus Latta, aux côtés d’autres galeries. Karma International, qui propose un programme artistique irréprochable, peut se vanter d’avoir exposé pour la première fois sur la côte Ouest les œuvres de l’artiste suisse Sylvie Fleury, de la Norvégienne Ida Ekblad, ou encore de Martine Syms, qui vit à Los Angeles. Beaucoup d’artistes femmes et de jeunes pousses de la scène californienne donc, mais aussi des figures plus historiques telles que le Suisse Xanti Schawinsky, membre du Bauhaus, ou la sculptrice libanaise Simone Fattal. Dans le cadre d’Avant-Première, Karma International proposera, en collaboration avec la galerie new-yorkaise Gavin Brown’s Enterprise, une exposition collective, avec notamment la jeune Flannery Silva – qui vit à Los Angeles –, la New-Yorkaise K8 Hardy et l’artiste et DJ DeSe Escobar, originaire de Los Angeles et basée à New York. Cette exposition prendra place dans l’appartement privé de VIVA Projects, à quelques pas du Grand Palais.

 

 

Avant-Première, à partir du 12 octobre, Paris. Toute la programmation sur www.parisavantpremiere.com​

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