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28 Octobre

L’érotisme doux de Louis Fratino

 

Dans ses peintures à l’érotisme doux, le jeune peintre américain porte un regard empreint de bienveillance sur ses modèles masculins. Caresses, baisers et étreintes sont autant d’occasions de célébrer les corps, la sensualité et la tendresse.

Par Thibaut Wychowanok

“Maritime landscape” (2018) de Louis Fratino. Huile et crayon sur toile, 27 × 35 cm.

Face à ses peintures de jeunes hommes s’embrassant, se caressant ou se pénétrant, lorsqu’on demande à Louis Fratino, jeune artiste de 26 ans, quel message il souhaiterait transmettre à ceux qui regardent ses tableaux, la réponse de l’Américain fuse : “Que la tendresse est importante.” Cette attention à l’autre transparaît autant dans le regard bienveillant que le peintre porte sur ses sujets que dans la tendresse des courbes et de la palette qui s’incarnent dans ses motifs stylisés sur la toile. “Je suis issu d’une famille de cinq enfants. Nous avons été élevés à la campagne, dans le Maryland, explique-t-il. J’ai reçu beaucoup de marques d’affection au cours de mon existence, ce qui, je pense, m’a poussé plus tard à me concentrer sur ce thème en tant qu’artiste.

 

Ce soin apporté à l’autre, cette disposition mentale de l’artiste semblent directement irradier de la douceur des visages et de la texture – traduite avec beaucoup de délicatesse –, des peaux qu’il figure dans ses tableaux, et qui font parler chaque membre des corps représentés. Fesses bombées, muscles, cheveux, pénis – dont les détails sont minutieusement travaillés – deviennent ainsi des motifs à part entière, sublimés par le regard que l’artiste pose sur eux. Fratino magnifie jusqu’à la manière subtile dont la lumière éclaire ou teinte la peau.

La peinture, bien plus que la photo, confirme avec lui son statut de médium tactile et sensuel. “Mon travail est érotique, concède l’artiste, mais je considère que la vie tout entière est érotique : le désir, la recherche du plaisir. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont un paysage, une nature morte ou une forme humaine peuvent exprimer une expérience érotique, c’est-à-dire une expérience de dialogue avec votre corps. Je considère le sujet de l’intimité comme un talisman, une poupée vaudoue ou un reliquaire.

“Kiss and grey moon” (2018), de Louis Fratino. Huile et crayon sur toile, 31 × 23 cm.

Peintre de l’intime et de la vie domestique façon Pierre Bonnard, Louis Fratino revendique tout autant l’influence de Picasso, des nus de Matisse, de Fernand Léger que celle des miniatures perses et indiennes. “Je suis un pot-pourri de l’histoire de l’art, plaisante-t-il. La figuration et la sculpture modernistes m’ont toujours attiré. Je suis touché par la manière dont nous nous représentons. Et le spectre d’exemples historiques dans lequel je peux piocher est large... Dernièrement, je me suis lancé dans la céramique, et mon intérêt s’est tourné vers des sculpteurs italiens comme Arturo Martini [artiste né en 1889, actif sous le régime fasciste, qui travailla aussi bien le bronze, l’argile, le bois que le marbre].”

 

Ses corps souvent déformés, déployés ou engloutis dans l’espace peuplent un paradis Kiss and grey moon (2018).  charnel et voluptueux. Les petits formats de ses peintures facilitent ce rapport intime à la toile et au sujet. Contraints par les dimensions du support, encapsulés dans le tableau, les corps sont paradoxalement libérés. “Généralement, je compresse la figure dans un espace peu profond, afin d’impliquer le spectateur et de créer un sentiment de proximité. J’ai commencé à représenter des paysages, mais je trouve très difficile de décrire quelque chose de lointain.” Dans ses œuvres, les corps s’entremêlent au point que les frontières entre l’autre et soi, entre l’Univers et soi s’effondrent au profit d’un enchevêtrement physique et mental : une harmonie universelle.

“Infinity Sleep” de Louis Fratino.

Louis Fratino puise le plus souvent son inspiration dans sa mémoire. “J’ai étudié la peinture et l’illustration au Maryland Institute College of Art. La meilleure chose que j’y ai apprise, c’est que, pour être artiste, il faut accepter de se sentir gêné.” Cet hommage aux souvenirs (mélancoliques, joyeux...) se transforme, à l’occasion, en un dialogue avec l’histoire de la représentation gay, comme lorsque Fratino s’inspire des photos noir et blanc du livre Male, consacré à la collection de Vince Aletti. Le processus d’abstraction des figures correspond au monde éthéré du rêve, tout en réussissant à capturer la tension émotionnelle du moment.

 

L’érotisme chez Louis Fratino se fait ainsi construction plastique de la mémoire, loin des effets de surcharge poétique ou niaise. “Je donne habituellement le nom des lieux ou des sujets représentés à mes peintures, dans la tradition de la peinture moderne, explique- t-il. À mes yeux, rechercher la poésie dans le titre serait une réaction excessive pour compenser un manque dans la toile.” La gourmandise du peintre est maîtrisée, pour mieux laisser place à celle du spectateur.

 

 

Louis Fratino est représenté à Paris par la galerie Antoine Levi. 

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