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La folle histoire du “Porte-bouteilles” de Marcel Duchamp, le tout premier ready-made

 

Le “Porte-bouteilles” de Marcel Duchamp, premier ready-made de l’histoire de l’art, est exposé à Paris jusqu’au 14 janvier. L’occasion de rappeler la rocambolesque aventure de cette œuvre culte.

Par Thibaut Wychowanok

Photo par Philippe Fragnière

 

On est en janvier 1916. Depuis New York où il s’est exilé, Marcel Duchamp crée, à distance, le premier ready-made et entre dans l’histoire. Par une lettre célèbre, il enjoint à sa sœur d’“activer” un porte-bouteilles demeuré dans son atelier parisien depuis son achat, en 1914, au Grand Bazar de l’Hôtel de Ville. Pour cela, Suzanne Duchamp devra simplement apposer sur l’objet la signature de Duchamp et une inscription “en bas et à l’intérieur du cercle du bas en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent”, précise l’artiste. Par ce geste, un objet usuel se voit ainsi “promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste”, pour reprendre la définition qu’André Breton donna du ready-made duchampien en 1938. Une révolution artistique sans précédent dont l’écho résonne encore : tout, désormais, est potentiellement de l’art.

 

Et si le Porte-bouteilles n’était pas le premier ready-made ? Marcel Duchamp a, en effet, acheté dès 1913 au BHV une roue de bicyclette qu’il a installée sur un tabouret en bois blanc dans son atelier parisien. Mais il ne l’envisage pas encore comme une œuvre, plus comme une “distraction”. Le Porte-bouteilles reprend l’avantage… Si un autre rebondissement n’était pas intervenu… car lorsque la famille de Duchamp procède au déménagement de son atelier, croyant bien faire, ils se débarrassent de l’encombrant porte-bouteilles, et le précieux premier ready-made de l’histoire de l’art finit ainsi au rebut ! Heureusement, un porte-bouteilles se remplace ! Et Man Ray de photographier sa seconde version en 1935-1936.

 

Plus de vingt ans plus tard, en 1959, New York honore le Français d’une exposition. Duchamp demande alors à Man Ray de lui envoyer, au plus vite, l’exemplaire du Porte-bouteilles de 1935… ou d’en racheter tout simplement un autre au Grand Bazar de l’Hôtel de Ville. C’est chose faite. Le Porte-bouteilles traverse alors les États-Unis avec l’exposition. Il finit par être acquis par Robert Rauschenberg pour seulement trois dollars (!). Mais, au grand désespoir du légendaire artiste américain, l’œuvre n’est pas signée et ne comporte pas l’inscription originale demandée à Suzanne Duchamp.

 

Le hasard et un peu de courage aideront à pallier cette carence. Jasper Johns, avec qui Rauschenberg est en couple, a invité les Duchamp dans son atelier. Il collectionne les œuvres du Français, qui va justement lui en signer une. Une opportunité inespérée pour Rauschenberg… qui hésite, timide, et finit par s’en ouvrir à la femme de Duchamp. “Marcel signera n’importe quoi”, lui répond-elle. De bonne grâce, le nouveau porte-bouteilles acheté par Man Ray en 1959 est alors signé début 1960. Mais pas moyen pour Duchamp de se souvenir de l’inscription originelle. À la place, il appose : “Impossible de me rappeler la phrase originale M. D./Marcel Duchamp/1960”.

 

56 ans plus tard, contre toute attente, la Fondation Robert Rauschenberg se sépare du Saint-Graal. À charge pour le galeriste Thaddaeus Ropac de trouver une institution internationale à la hauteur (financière) de cet objet, exposé en attendant à Paris, jusqu’au 14 janvier.

 

 

Porte-bouteilles de Marcel Duchamp, à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris, jusqu’au 14 janvier 2017, ropac.net

 

 

 

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