Advertising
474

ILS ONT FAIT 2015: Neïl Beloufa, artiste contemporain majeur

 

Numéro revient sur la visite privée de son atelier et révèle ses nouvelles oeuvres présentées à la galerie Balice Hertling.

Nouvelle coqueluche française de l’art contemporain, Neïl Beloufa ouvre à Numéro les portes de son atelier aux allures de studio de cinéma. Visite privée avant le tournage du prochain film de l’artiste nommé pour le prix Marcel Duchamp en 2015.

Pour son prochain film, l’artiste Neïl Beloufa a transformé son immense atelier de Villejuif en décor de cinéma reproduisant un hôtel au style à la fois fifties et seventies.

Nouvelle œuvre de l'exposition Neoliberal de Neïl Beloufa présentée à la galerie Balice Hertling à Paris jusqu'au 18 juillet.

Courtesy of galerie Balice Hertling

À visiter l’atelier de Neïl Beloufa, à l’écouter, on a presque envie de parler de tromperie sur la marchandise. Omniprésente, la nouvelle coqueluche de l’art contemporain français semble cacher, sous ses atours d’artiste brillant, pas seulement un metteur en scène ou un vidéaste mais un vrai réalisateur de cinéma. Pire, un producteur du septième art. Dans son vaste atelier de Villejuif, une trentaine de personnes s’affairent, depuis plusieurs mois, à la réalisation du gigantesque décor de son prochain long-métrage : un hall, un étage et quelques pièces (qu’on se rassure, le bar n’a pas été oublié) d’un hôtel au style aussi fifties que seventies se confondent avec le métal et les verrières de l’atelier.

 

Si c’est avant tout à ses vidéos et à ses installations, aux aspects volontairement low tech et faits main, qu’il doit sa notoriété, Neïl Beloufa assume désormais entièrement son “fantasme de cinéma”, en passant à plus grande échelle. “L’atelier accueille aujourd’hui trois fois plus de monde qu’il y a un ou deux ans, confirme-t-il. Nous sommes passés à une autre dimension, mais je tiens toujours à ce que tout continue à être produit sur place : les murs, les charpentes…” Un attrait pour le cinéma qui n’a rien d’étonnant pour un artiste qui a toujours mêlé réel et fiction.

 

Pour le film Brune Renault (2010), qui fut l’une des matrices de son art, Neïl Beloufa proposait déjà une fiction se déroulant dans une voiture occupée par quelques personnages… Une voiture que certains plans révèlent comme étant en réalité découpée en quatre tranches et reposant sur de petites roues, telle une sculpture. Une fois l’artifice révélé, c’est le jeu des comédiens qui se trouvait dévoilé. C’est tout l’art du déplacement caractéristique de Neïl Beloufa : aller du réel vers la fiction, du cinéma vers l’art, et inversement. Brouiller les pistes, surtout, entre le vrai et le faux.

 

Le spectateur n’aura plus qu’à s’interroger sur ce qu’il voit, sur la nature des images et des objets qui lui sont présentés. “Je travaille moins sur une forme – je n’ai pas envie de réinventer la chaise ou la peinture – que sur la relation entre l’œuvre et la personne qui la regarde, déclare Neïl Beloufa. Le moment qui m’intéresse le plus dans cette relation est celui où le spectateur est dans l’incertitude. Lorsqu’il se demande s’il peut croire au film, s’il doit l’accepter, s’il doit simplement suspendre son raisonnement cohérent, ou s’il doit refuser ce qu’il voit. Je veux que ce soit lui qui décide s’il y a film ou pas, s’il veut croire à ce film, alors que j’en montre toutes les ficelles. Je veux que le spectateur décide s’il y a art ou pas.

Nouvelle œuvre de l'exposition Neoliberal de Neïl Beloufa présentée à la galerie Balice Hertling à Paris jusqu'au 18 juillet.

Courtesy of galerie Balice Hertling

Pour Kempinski (2007), film aux allures de documentaire, l’artiste interrogeait des Maliens sur leur vision du futur, qu’ils devaient développer devant la caméra en en parlant au présent. S’amusant à déjouer les attentes du public occidental vis-à-vis d’un récit africain, entre exotisme et postcolonialisme, le film a rapidement transformé Neïl Beloufa en un artiste de “la déconstruction de nos croyances et de nos systèmes de pensée préconçus et de production d’images et de récits”. Pas toujours avec succès. À Londres, alors que l’artiste donnait une conférence à l’Institute of Contemporary Arts sur la pensée décentralisée et sur le folklore et les résidus du colonialisme dans nos modes de pensée, les responsables lui préparaient… un couscous.

Nouvelle œuvre de l'exposition Neoliberal de Neïl Beloufa présentée à la galerie Balice Hertling à Paris jusqu'au 18 juillet.

Courtesy of galerie Balice Hertling

De son côté, Neïl Beloufa refuse ce terme de “déconstruction” : “Je ne démonte pas les mécanismes, bien au contraire, je m’en empare. Lorsque je laisse traîner un micro, je rappelle que nous sommes dans un film. C’est un peu la même chose lorsque je laisse les prises apparentes dans mes installations.

 

L’atelier lui-même est, d’une certaine façon, une œuvre en soi, ajoute-t-il, dans la mesure où dans mes œuvres – comme dans mon atelier – je réfléchis sur les notions de protocoles de travail, d’autorité et de relations humaines.

 

Neoliberal, exposition de Neïl Beloufa, du 6 juin au 18 juillet, à la galerie Balice Hertling, 47 rue Ramponeau 75020 Paris.

 

Par Thibaut Wychowanok. Photos de l'atelier de Neïl Beloufa par Mario Palmieri.

 

Arca: la musique de demain est-elle inaudible ?
997

Arca: la musique de demain est-elle inaudible ?

Musique À l’heure où les innovations technologiques effraient le monde, la productrice vénézuélienne Arca anticipe la musique de demain avec “@@@@@”, symphonie électronique infernale et anxiogène. En 62 minutes, la collaboratrice de Björk et de Kanye West repense la musique concrète et dévoile un projet semblable à une diffusion pirate au message aussi dense qu’hermétique. À l’heure où les innovations technologiques effraient le monde, la productrice vénézuélienne Arca anticipe la musique de demain avec “@@@@@”, symphonie électronique infernale et anxiogène. En 62 minutes, la collaboratrice de Björk et de Kanye West repense la musique concrète et dévoile un projet semblable à une diffusion pirate au message aussi dense qu’hermétique.

Nina Childress met la peinture dans tous ses états à la Fondation Ricard
846

Nina Childress met la peinture dans tous ses états à la Fondation Ricard

Numéro art Cette artiste installée à Paris et enseignante aux Beaux-Arts explore délibérément tous les styles de peinture, échappant ainsi à toute tentative de classement. Une œuvre polymorphe qui interroge, en filigrane, la construction de l’identité artistique. Cette artiste installée à Paris et enseignante aux Beaux-Arts explore délibérément tous les styles de peinture, échappant ainsi à toute tentative de classement. Une œuvre polymorphe qui interroge, en filigrane, la construction de l’identité artistique.

Advertising
Les 6 expositions à voir au mois de mars
936

Les 6 expositions à voir au mois de mars

Numéro art Andy Warhol à la Tate Modern, Erwin Wurm à la Maison européenne de la photographie ou encore Rachel Rose à Lafayette Anticipations : découvrez les six expositions à ne pas manquer au mois de mars. Andy Warhol à la Tate Modern, Erwin Wurm à la Maison européenne de la photographie ou encore Rachel Rose à Lafayette Anticipations : découvrez les six expositions à ne pas manquer au mois de mars.

Portfolio: Romain Sellier capture la délicatesse de Bombay
796

Portfolio: Romain Sellier capture la délicatesse de Bombay

Photographie Dresser un portrait sensible de la plus grande métropole d'Inde à travers quelques-uns de ses jeunes habitants : tel est le dernier projet du photographe français Romain Sellier. Intitulée Bandra Sentimental, sa série réalisée à Bombay donne lieu à une publication par la maison d’édition de la Rive Gauche Gallery. Dresser un portrait sensible de la plus grande métropole d'Inde à travers quelques-uns de ses jeunes habitants : tel est le dernier projet du photographe français Romain Sellier. Intitulée Bandra Sentimental, sa série réalisée à Bombay donne lieu à une publication par la maison d’édition de la Rive Gauche Gallery.

Comment s'offrir une toile de Picasso pour 100 euros?
245

Comment s'offrir une toile de Picasso pour 100 euros?

Art Estimée à un million d’euros, une toile du célèbre peintre espagnol Pablo Picasso datant de 1921 sera l'objet d'une loterie caritative qui permettra, par tirage au sort, de l'acquérir pour la modique somme de 100 euros. Estimée à un million d’euros, une toile du célèbre peintre espagnol Pablo Picasso datant de 1921 sera l'objet d'une loterie caritative qui permettra, par tirage au sort, de l'acquérir pour la modique somme de 100 euros.

Comment l'artiste Laia Abril explore l’histoire du viol
1234

Comment l'artiste Laia Abril explore l’histoire du viol

Numéro art Après “On Abortion“, le premier chapitre de son œuvre sur l’histoire de la misogynie, l’artiste Laia Abril présente “On Rape“, un corpus de photographies et de témoignages poignants retraçant l'histoire du viol à la galerie Les Filles du Calvaire. À voir jusqu’au 22 février.  Après “On Abortion“, le premier chapitre de son œuvre sur l’histoire de la misogynie, l’artiste Laia Abril présente “On Rape“, un corpus de photographies et de témoignages poignants retraçant l'histoire du viol à la galerie Les Filles du Calvaire. À voir jusqu’au 22 février. 



Advertising