Cherchait-il à rassurer sur son état de santé le galeriste qui lui consacrait une exposition (elle fut inaugurée le 8 mai) ? Peut- être mais pas uniquement, attendu que ce télégramme représentait l’une des formes d’expression de l’artiste depuis la fin des années 60. Ainsi Mr Toshiaki Minemura avait-il reçu le 1er avril 1969 à son adresse de Tokyo une carte postale représentant l’Empire State Building, avec pour seul texte un tampon indiquant “I got up at 8.15 A.M.” [“Je me suis levé à 8 h 15”]. Des centaines de cartes de ce type furent envoyées par Kawara qui se leva à 2 h 37 le 8 avril 1971 (récupération de jet-lag ?) ainsi qu’il en fit part à Mr Roger Mazarguil de Paris, sur une carte représentant le siège des Nations unies à New York.

 

Le premier télégramme qu’envoya Kawara dans le cadre de son activité artistique fut adressé le 5 décembre 1969 au critique d’art et commissaire d’exposition parisien Michel Claura. Le texte sommaire, “I am not going to commit suicide, don’t worry” [“Je ne vais pas me suicider, ne vous inquiétez pas”], fut amendé trois jours après par un autre télégramme qui indiquait “I am not going to commit suicide, worry” [“Je ne vais pas me suicider, inquiétez-vous”] – une affaire close le 11 décembre par “I am going to sleep, forget it” [“Je vais dormir, oubliez”]. Un mois plus tard, Kawara expédia à quelqu’un d’autre le premier télégramme indiquant “I am still alive” – un geste qu’il reproduisit maintes fois au cours de sa carrière.

 

 

À sa mort, le 10 juillet 2014, les tweets continuèrent pendant à peu près une année, annonçant fièrement un “I am still alive” déconnecté de la réalité.

 

 

En 2009, l’artiste islandais Pall Thayer ouvrit de manière anonyme un compte Twitter au nom de On Kawara (sans en informer ce dernier) et programma un twitterbot de telle sorte que chaque jour à 10 h soit posté le tweet “I am still alive”. Lorsque le compte On Kawara atteint 100 followers, Thayer en revendiqua la paternité et Kawara laissa faire. À sa mort, le 10 juillet 2014, les tweets continuèrent pendant à peu près une année, annonçant fièrement un “I am still alive” déconnecté de la réalité. En 1973, l’artiste italien Salvo (de son vrai nom Salvatore Mangione) fit réaliser une plaque de marbre gravée : “Salvo è vivo” [“Salvo est vivant”]. Depuis sa disparition en 2015, c’est le verso de l’œuvre qui est désormais exposé ; on y peut lire : “Salvo è morte” [“Salvo est mort”].