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ILS ONT FAIT 2015 : le designer Mathias Kiss

 

Le designer Mathias Kiss a confirmé avec son exposition ”Ornementation Brutaliste” à la galerie NextLevel sa maîtrise virtuose de l’or dans des installations éblouissantes. Rencontre.

Alliant un savoir-faire artisanal – issu de quinze ans passés au sein des compagnons – et une passion pour l’expérimentation contemporaine, le designer français Mathias Kiss propose des installations iconoclastes époustouflantes. Au point que son exposition à la galerie NextLevel, à Paris, s’est imposée comme un événement design de l'année. Rencontre avec un créateur déjà incontournable.

Numéro : Une sculpture en or impressionnante, attachée au plafond comme une stalagmite, accueille le spectateur de votre exposition. De quoi s’agit-il ?

Mathias Kiss : La pièce principale de l’exposition est en réalité une corniche que j’ai souhaité décrocher de son cadre traditionnel. Habituellement, cet élément architectural est en périphérie de la pièce, il suit le mur… J’ai voulu le sortir de ce carcan pour l’installer au milieu de la pièce. La corniche devient sculpture. Plissée, ramassée sur elle-même, elle semble dégouliner du mur. On retrouve dans cette pièce l’essence de mon travail : partir d’un élément classique et lui rendre sa liberté. Ce qui correspond à mon parcours personnel. J’ai commencé chez les compagnons du Devoir, où quinze ans de chantiers sur les monuments historiques m’ont nourri… mais aussi incité aujourd’hui à me libérer de cet académisme. La corniche ne s’efface pas, elle est massive, phallique, assumée. La corniche haussmannienne correspondait à un mode de vie d’il y a plusieurs siècles. Je ne veux pas tirer un trait sur ce passé, mais l’adapter à notre culture contemporaine. Pierre Soulages s’emparait de la peinture à l’huile, la même que celles des peintres de la Renaissance, pour en faire des monochromes. J’ai la même ambition : m’emparer d’un vocabulaire et d’une matière classique pour inventer autre chose.

Vous proposez une version très personnelle du monochrome, en or, comme une porte gigantesque vers le soleil. En quoi l’or est-il un matériau intéressant ?

Ce monochrome de presque deux mètres est un rideau d’or, un bain de lumière dans une pièce. Comme un rayon de soleil. Je l’ai conçu telle une porte. C’est un tableau vivant qui évoluera au gré de la lumière du jour, du matin et du soir. J’y vois aussi un miroir brouillé – une fenêtre aveugle – dans lequel nous ne nous voyons jamais totalement. Nous percevons notre silhouette mais jamais tous les détails. Cette abstraction du reflet est fascinante et invite, je l’espère, à la rêverie, mais aussi à la réflexion. L’or, c’est la lumière, c’est la vie. Ce n’est pas uniquement l’opulence ou le doré un peu kitsch et passéiste. L’or permet aussi d’engager une réflexion sur le pouvoir, celui de la séduction des femmes à l’aide d’accessoires et de bijoux, celui des hommes qui se sont battus depuis toujours pour le posséder.  

Quelles sont les autres pièces présentées ?

Vingt-quatre panneaux au format A4 en or, constitués de 24 ors différents. De l’or rose à l’or champagne en passant par l’or Versailles ou l’or Régence… c’est en les présentant les uns à côté des autres que l’on en perçoit toutes les subtilités. L’or n’est pas une couleur, mais une multitude de variations et de nuances. L’or est loin d’être figé, certaines teintes évolueront avec le temps… Vous trouverez également dans l’exposition l’idée du cadre. Un cadre, normalement, ça cadre, c’est au second plan. Avec moi, il se libère de cet académisme, il passe du second au premier plan pour devenir sujet.

Se libérer des académismes”, est-ce également ainsi que l’on doit comprendre votre titre d’exposition “Ornementation Brutaliste” ?

Ces deux mouvements ont souvent été opposés et caricaturés. D’un côté, l’ornementation qui serait figée au XVIIIe siècle, avec la figure de l’artisan posant sa feuille d’or et le motif de la feuille d’acanthe. De l’autre, le brutalisme issu du modernisme avec ses angles et ses lignes droites, son minimalisme et son rigorisme. J’essaie d’en proposer, dans les deux cas, une approche libérée et contemporaine.

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

 

“Ornementation Brutaliste” à la galerie NextLevel de Paris, jusqu’au 18 juillet, 8, rue Charlot, Paris IIIe. www.mathiaskiss.com

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