Les yeux clairs, le teint pâle et les joues rosées, des jeunes femmes aux airs angéliques évoluent entre les bourgeons de fleurs et les feuilles de vigne. Figures bibliques ou mythologiques, sensuelles mais innocentes, les muses et modèles des artistes anglais du préraphaélisme sont mises à l’honneur à l’occasion de l’exposition “Pre-Raphaelite Sister” qui se tiendra à la National Portrait Gallery de Londres jusqu’au 26 janvier.

 

Étudiants à la Royal Academy of Art au milieu du XIXe siècle, Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt fondent la confrérie des préraphaélites en 1848, fatigués des conventions académiques inflexibles de l’art victorien. Prenant comme modèle le peintre italien de la Renaissance Raphaël, ils réinsèrent des couleurs claires et mélodieuses dans leurs peintures et produisent des images romantiques et poétiques qui prennent comme modèles les femmes de leur entourage. Soutenant avec ardeur leurs maris, frères ou amis, celles-ci seront cependant cantonnées très longtemps à leurs rôles de muse et de mannequin.

 

Abandonnant toute ambition artistique dans un système patriarcal qui ne leur aurait pas permis de les réaliser, ces femmes restent tout de même, par la beauté des traits de leurs visages, à l'origine des codes de l’esthétisme préraphaélite. Certaines, comme Joanna Boyce Wells et Evelyn De Morgan, s'essaient à la peinture et deviennent de véritables partenaires créatives pour les hommes de ce mouvement qui bousculera toutes les formes artistiques – dont elles resteront cependant oubliées. Car aussi bien en photographie que dans les arts décoratifs jusqu’à l’imagerie du mouvement flower power des années 60, ces nymphes gravées à jamais sur la toile par les préraphaélites opèreront une influence éternelle sur les canons de la beauté contemporaine.

 

Pre-Raphaelite Sisters jusqu'au 26 janvier 2020, à la National Portrait Gallery, Londres.