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À Toulouse, l'art s'invite là où on ne l'attend pas

 

Avec le Printemps de septembre (qui se tient à l’automne jusqu’au 23 octobre), Toulouse invite le meilleur de la création contemporaine au sein de lieux insolites et prend quelques beaux chemins de traverse par rapport à l’histoire de l’art officielle.

Par Thibaut Wychowanok

Vue de The Garden of Whispers [Le Jardin des chuchotements] de Hans Op de Beeck au couvent des Jacobins à Toulouse.

Photo : Diane Arques/ADAGP, Paris, 2016.

 

 

 

Nommé à la direction du Printemps de septembre, le festival d’art contemporain de Toulouse, Christian Bernard a contocté une édition 2016 passionnante. Son premier mérite : avoir réuni dans différents lieux des propositions artistiques exceptionnelles. Au couvent des Jacobins, le Flamand Hans Op de Beeck investit le vaste réfectoire pour y installer un désert monumental de dunes et d’arbres morts. Des chuchotements s’en élèvent comme par magie. Les voix susurrent des confidences à travers le sable, comme si le confessionnal du couvent s’était étendu. On perçoit quelques bribes : “… quelque chose qui m’est arrivé quand j’avais 5 ans…”, “… ça me déprime comment les gens vivent dans un cagibi, dans rien du tout…” L’humanité semble enfouie, avec ses espoirs et ses peurs, dans un cimetière de sable à la beauté désespérée. Le chemin qui traverse ce paysage post-apocalyptique et mélancolique, digne du roman La Route de Cormac McCarthy, est parsemé de tentes. Au sein de ces refuges précaires brûle encore faiblement un feu, celui de l’espoir peut-être.

 

 

Christian Bernard déploie sa vision de ce que l’art devrait être : un jeu de correspondances autant que des rendez-vous improbables et une machine à créer du sens et des récits. 

Vue de l’installation The Visitors de Ragnar Kjartansson au Théâtre Garonne à Toulouse.

Photo : Diane Arques/ADAGP, Paris, 2016

 

 

La pièce touche juste sur la condition humaine : de la solitude à laquelle l’homme est toujours ramené, à son aspiration ultime à la communion.

 

 

Au Théâtre Garonne, Ragnar Kjartansson (vu au Palais de Tokyo en 2015) offre une installation brillante de neuf vidéos sur grands écrans. Dans un manoir du XIXe siècle, l’Islandais a enregistré des musiciens qui interprètent, chacun dans une pièce différente, la même mélodie. Malgré leur isolement, tous peuvent s’entendre grâce à un casque. La pièce touche juste sur la condition humaine : de la solitude à laquelle l’homme est toujours ramené malgré ses liens (technologiques) avec les autres, à son aspiration ultime au partage et à la communion. Le final grandiose voyant les personnages se réunir pour partir en bande dans la campagne environnante arrache même quelques larmes.

Extrait de la vidéo Luanda-Kinshasa de Stan Douglas projetée au Théâtre Garonne à Toulouse.

 

 

 

On pourrait également citer Stan Douglas qui présente une vidéo de plus de six heures (déjà visible en juin dernier au sein de la foire Art Basel en Suisse). Le Canadien a filmé une séance d’enregistrement fictive de musiciens des années 70, avec instruments et habits d’époque, au sein d’un légendaire studio new-yorkais. La vidéo impressionne par la maestria avec laquelle l’artiste monte les images et rythme les séquences. Elle vaut pourtant au-delà de son pur aspect esthétique. Stan Douglas met notamment en lumière les racines africaines de la musique créée dans ce studio de Columbia Records (de Miles Davis à Bob Dylan en passant par Glenn Gould). Chaque détail de la vidéo prend aussi une signification politique particulière liée à l'époque : de l'origine des interprètes (Africains par exemple) à la sureprésentation masculine.

 

 

 

Nous avons à réécrire notre propre histoire en réintégrant tous ceux qui ont été mis de côté.” Christian Bernard

 

Détail de Quelques Amis (3) de Georgik, œuvre présentée au sein de l’exposition Le Musée égaré de Charles Esche au musée Paul-Dupuy à Toulouse.

 

 

Mais le talent de Christian Bernard ne s’arrête pas au choix d’excellents artistes. L’ancien directeur du musée d’Art moderne et contemporain (Mamco) de Genève propose également de passionnantes pistes de réflexion sur l’art. La première d’entre elles n’est rien d’autre qu’une remise en cause de son histoire officielle. “Et si l’on s’intéressait aux artistes et aux pays oubliés ?” se demandait le commissaire le jour du vernissage. “Nous avons à réécrire notre propre histoire en réintégrant tous ceux qui ont été mis de côté.” À son invitation, le curateur Charles Esche s’est plongé dans les collections des musées de Toulouse pour constituer un “Musée égaré”, un ensemble d’œuvres peu ou jamais montrées des oubliés du récit moderne, d’outsiders, de l’art brut ou issues de l’hôpital psychiatrique.

 

 

 

Nous vivons dans un monde mondialisé et de plus en plus homogène. Et pourtant, des différences demeurent. Il faut faire place à cette altérité.” Christian Bernard

Vue du musée des Augustins à Toulouse.

 

 

 

Au sein du musée des Augustins, Christian Bernard mêle habilement des œuvres contemporaines de la Fondation Cartier aux œuvres classiques déjà exposées.

 

 

 

La seconde piste suivie par Christian Bernard tient tout entière dans le titre de cette édition 2016 du Printemps de septembre : la pluralité des mondes. “Nous vivons dans un monde mondialisé et de plus en plus homogène, commente le directeur du festival. Et pourtant, des différences demeurent. Toutes les cultures n’ont pas fusionné. Il faut faire place à l’altérité.” Là encore, Christian Bernard décentre la focale de l’histoire officielle centrée sur l’Europe pour ouvrir sur d’autres espaces géographiques. Cela tient parfois en un geste très simple. Le directeur du Printemps s’est ainsi offert le plaisir d’intervenir dans le très beau musée des Augustins. Il y mêle habilement des œuvres contemporaines de la Fondation Cartier aux œuvres classiques déjà exposées. Une rangée de gargouilles médiévales se voient alors confrontées à une quinzaine de sculptures en terre cuite d’artistes d’Amérique latine. Et ça fonctionne.

Vue de l’intervention de Christian Bernard au sein des salles d’exposition du musée des Augustins à Toulouse.

Photo : Thomas Salva/Lumento.

 

 

 

Des œuvres des deux artistes, mais aussi d’autres auteurs et époques dialoguent entre elles, suscitant des correspondances visuelles improbables.

 

 

 

Enfin, Christian Bernard déploie sa vision de ce que l’art devrait être : un jeu de correspondances autant que des rendez-vous improbables et une machine à créer du sens et des récits. On voit cette vision à l’œuvre dans l’exposition d’Aurélien Froment et de Raphaël Zarka que le directeur du Printemps aura rendu possible. Les membres du duo constitué pour l’occasion développe, au sein des vastes Abattoirs, leurs obsessions respectives. Des œuvres des deux artistes, mais aussi d’autres auteurs et époques dialoguent entre elles, suscitant des correspondances visuelles improbables. Un motif géométrique (le rhombicuboctaèdre), comme un virus visuel, apparaît sous forme de sculptures, puis dans un tableau classique avant de s’incarner dans une autre salle au sein d’une vidéo récente de la Bibliothèque nationale de Biélorussie qui en a également la forme. Les associations de pensées et les idées fusent. Christian Bernard ne devait pas espérer autre chose en imaginant cette édition du Printemps de septembre.

 

Printemps de septembre, expositions, concerts, performances et projections dans une vingtaine de lieux à Toulouse, jusqu’au 23 octobre, www.printempsdeseptembre.com

Vue de l’exposition d’Aurélien Froment et de Raphaël Zarka aux Abattoirs de Toulouse.

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