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Numéro
30

Deux livres d’art récompensés par le prix Pierre Daix cette année

Art

Hier soir, à la Bourse de commerce, l’homme d’affaires et collectionneur François Pinault décernait pour la cinquième année le prix Pierre Daix, qu’il fonda en 2015 pour récompenser un livre d’histoire de l’art moderne ou contemporain d’un montant de dix mille euros. Faute d’avoir pu organiser la cinquième édition l’an passé à cause de la pandémie, deux prix ont été remis en ce 29 novembre : l’un pour l’année 2020, à Pascal Rousseau, et l’autre pour l’année 2021, à Germain Viatte.

Prix Pierre Daix 2020 : “Hypnose – Art et hypnotisme de Messmer à nos jours” de Pascal Rousseau. Beaux-Arts de Paris éditions en coédition avec le musée d’Arts de Nantes. Photo Les Graphiquants

Prix Pierre Daix 2021 : “L’Envers de la médaille” de Germain Viatte. L’Atelier contemporain. Photo Les Graphiquants

Cela fait désormais six ans que le nom de Pierre Daix s’associe chaque année à un livre d’art moderne ou contemporain, distingué par un prix au nom de l’écrivain et historien de l’art disparu en 2014. Six ans, mais seulement quatre lauréats jusqu’alors : après avoir récompensé des ouvrages tels que Ce que le sida m’a fait d’Élisabeth Lebovici ou Pérégrinations – Paysages entre nature et histoire de Pierre Wat, l’édition de ce prix, créé et décerné par le collectionneur et homme d'affaires François Pinault, n’a pas eu lieu en 2020 pour cause de pandémie. Ce n’était que partie remise puisqu’en ce lundi 29 novembre, deux livres au lieu d’un seul – pour les éditions 2020 et 2021 – ont été acclamés lors de la cérémonie tenue à la Bourse de commerce, départagés par un jury composé de l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, de l’historienne et directrice du laboratoire arts et société de Sciences po Laurence Bertrand Dorléac, du directeur des Beaux-Arts de Paris Jean de Loisy ou encore du président du Centre Pompidou Laurent Le Bon.

 

Si le dernier lauréat du prix Pierre Daix, Préhistoire – L’Envers du temps de Rémi Labrusse, avait été publié en lien avec une riche exposition collective en 2019, c’est également le cas du livre distingué par l’édition 2020. Dirigé par l’historien de l’art et professeur Pascal Rousseau, Hypnose – Art et hypnotisme de Messmer à nos jours renferme l’ambitieux contenu de l’exposition présentée fin 2020 au musée d’Arts de Nantes, dont il assurait le commissariat. Celle-ci retraçait l’histoire de l’hypnose à travers les pratiques des médecins, et ses influences sur la démarche de nombreux artistes. Dans le livre richement illustré, on retrouve plus de 500 reproductions d’œuvres et d’archives sur l'hypnose telle que le médecin allemand Franz Anton Mesmer l’avait imaginée à la fin du XVIIIe siècle. Sa méthode du baquet, qui consistait à plonger les patients dans un bassin d’eau magnétisée, est restituée sur nombre de gravures et d’illustrations auxquelles se joignent des peintures de Gustave Courbet et de Salvador Dalí, des captures de films de Fritz Lang jusqu’aux photographies récentes de William Wegman et à l’installation inédite de Tony Oursler créée pour l’exposition, toutes inspirées par ces altérations intentionnelles de la conscience de l’être humain.

Pascal Rousseau. Lauréat Prix Pierre Daix 2020.

Germain Viatte. Lauréat Prix Pierre Daix 2021.

Départagé parmi six ouvrages cette année, le livre récompensé par le prix Pierre Daix 2021 aborde quant à lui un tout autre sujet. L’Envers de la médaille, écrit par Germain Viatte, opère la rencontre inédite de deux grands artistes du XXe siècle : le peintre néerlandais Piet Mondrian, l’un des pères de l’abstraction en Occident dans les années 1910, et le plasticien français Jean Dubuffet, qui fut le premier à regrouper l’art “des fous et des marginaux” sous le nom d’art brut en 1945. En plus de 400 pages, le conservateur au patrimoine français et ancien directeur du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie à Paris explore comment ces deux artistes, dont la notoriété n’est aujourd’hui plus à prouver, ont fait face à la réticence des institutions et subi un isolement produit par l’incompréhension d’une partie de l’opinion publique à l’égard de leur pratique, chacun dans son contexte propre. Pour appuyer son propos et interroger le rôle des musées dans le succès des artistes, l’écrivain a sollicité de nombreux acteurs du monde de l’art et mis à profit les traces et la mémoire de sa propre expérience au Centre Pompidou, dont il participa à la création puis à la direction dans les années 70 et 80. Les lauréats de cette double édition du prix Pierre Daix recevront chacun la somme de dix mille euros.