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Numéro
10 Yayoi Kusama, Louis Vuitton, New York, Robot animatronique

Chez Louis Vuitton, un robot à l’effigie de l’artiste Yayoi Kusama enflamme les réseaux sociaux

Art

Alors que Louis Vuitton vient de dévoiler une nouvelle collaboration avec l’artiste Yayoi Kusama, c’est une de ses boutiques new-yorkaises qui concentre toute l’attention. Enfermé dans une vitrine, un robot à l’effigie de la plasticienne japonaise peint inlassablement ses fameux dots et fixe les passants qui s’arrêtent pour la filmer, fascinés.  

 

Un robot Yayoi Kusama troublant de réalisme

 

 

Juste en face du Whitney Museum de New York, en plein Manhattan, un personnage troublant s’anime depuis quelques jours dans la vitrine d’une boutique éphémère Louis Vuitton. Coiffée d’une perruque gonflable rouge écarlate en forme de citrouille, une petite femme en robe blanche parsemée de pois colorés apparaît en train de maculer de taches la vitre transparente à l’aide d’un pinceau. Les amateurs d’art contemporain reconnaîtront immédiatement là la célèbre artiste Yayoi Kusama révélée, dès la fin des années 50, grâce à sa pratique pluridisciplinaire et transgressive qui immerge le spectateur dans un univers hypnotique jouant sur sa perception. En ce début 2023, le malletier de luxe français dévoile une nouvelle collaboration avec la Japonaise de 93 ans et inaugure pour l’occasion une boutique éphémère située au cœur de la Grosse Pomme. Derrière cette façade ornée de vagues de points multicolores sur fond blanc dispersés autour d’une immense photographie de la plasticienne, sont présentés les quelque 400 nouveaux articles de la maison. En s’approchant, les passants peuvent notamment découvrir des sacs, des bijoux et des vêtements issus de la collaboration, mais, par sa simple présence, le personnage en pleine création accapare toute l’attention. Car il ne s’agit pas ici de l’artiste mais d’un robot animatronique d’un réalisme confondant, reproduisant, avec une très grande précision, aussi bien le gabarit de la nonagénaire que sa tête et ses expressions. Alors qu’il appose son pinceau en petites touches colorées, l’automate fronce les sourcils, pince ses lèvres et tourne même son visage (détaillé à une ride près) vers ceux qui la dévisagent ou lui parlent.

 

Il n’en faudra pas plus pour susciter la fascination de nombreux utilisateurs de TikTok, d’Instagram et de Twitter, qui partageront leurs vidéos – et leur étonnement – sur leurs plateformes, filmant des foules en train de s’agglutiner devant l’humanoïde. “Mais regardez sa peau ! C’est fou”, s’extasient certains derrière leur téléphone. “Oh ! mon Dieu, c’est à la fois si flippant et si cool”, commentent d’autres personnes. Actuellement, une seconde version du robot est également installée à l’intérieur de la boutique du maroquinier de luxe située place Vendôme ainsi qu'en haut de l'immeuble Louis Vuitton au 101 avenue des Champs Élysées, version XXL : si celles-ci ont pour l’instant eu moins d’échos, le partage de ces publications pourrait bien peu à peu susciter la même curiosité à Paris.

Capture d'écran d'une publication instagram d'@arte_metaverse. Capture d'écran d'une publication instagram d'@arte_metaverse.
Capture d'écran d'une publication instagram d'@arte_metaverse.

Les pois colorés, une signature artistique qui a conquis la mode

 

 

Née en 1929, Yayoi Kusama a construit son œuvre sur l’accumulation et la couleur, en opposition à la tradition étouffante et rigide de son Japon natal. En proie à de nombreuses hallucinations visuelles depuis sa jeunesse, l’artiste réalise de façon obsessionnelle des œuvres couvertes de polka dots (pois colorés), métaphores de ses yeux, de l’infini du cosmos où la Terre n’est qu’un petit pois parmi d’autres, qu’elle décline à l’infini dans ses peintures, sculptures, installations… mais aussi sur des vêtements et des accessoires, d’abord pour les acteurs de ses nombreuses performances, puis pour sa propre marque, fondée en 1968, la Kusama Fashion Company Ltd. Cette porosité entre la mode et l’art, la plasticienne continue de l’exploiter aujourd’hui pour des marques comme Uniqlo, mais aussi pour des grandes maisons françaises comme Louis Vuitton, avec laquelle elle a collaboré à plusieurs reprises depuis 2012 sur des collections capsules.

 

Internée de son plein gré dans un hôpital psychiatrique au Japon depuis 1977, elle ne quitte à présent ses appartements que pour rejoindre son atelier, où elle continue de créer encore aujourd’hui, alors qu’elle est âgée de plus de 90 ans. Sans prendre une ride, sa pratique artistique prolonge les codes esthétiques et conceptuels qu’elle a établis depuis ses débuts : “Je ne vois aucune différence entre mes premières créations et les dernières”, déclarait-elle le 3 janvier dernier dans une interview accordée au quotidien Art Newspaper. Ainsi s’explique peut-être le succès encore récent de ses installations immersives Infinity Mirrors imaginées au début des années 60, qui plongent les visiteurs dans des salles tapissées de miroirs et de lumières colorées déclinées à l’infini, mais aussi celui de ses collaborations mode pour lesquelles elle applique en série ses fameux pois colorés sur des sacs, des robes ou des bottes. Quant à la perruque arborée par ce nouveau robot insolite à son effigie, elle reprend la forme de ses célèbres Pumpkin, motifs en forme de citrouille à pois que l’artiste a décliné aussi bien sur ses toiles que sous forme gonflable et monumentale, comme sa version XXL installée sur la place Vendôme de Paris lors de la FIAC 2019.

Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel.Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel. Photo: Martin Colombet Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel.Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel. Photo: Martin Colombet
Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel.Le stand de Louis Vuitton à Paris+ par Art Basel. Photo: Martin Colombet

Pour accompagner la sortie de cette nouvelle collection, la maison Louis Vuitton a vu les choses en grand : boutiques éphémères, campagne publicitaire avec les mannequins les plus célèbres de leur génération, Bella HadidGisele BündchenNatalia VodianovaKarlie Kloss ou encore Devon Aoki, auxquelles vient donc s’ajouter cet animatronique à l’effigie de Yayoi Kusama. Mais ce n’est pas la première fois que l’artiste est remplacée par une version robotique d’elle-même : très souvent absente lors des derniers événements qui ont rythmé la scène artistique depuis 1977, cette dernière s’est fait remplacer à plusieurs reprises par des sculptures en cire à taille humaine, ultra réalistes, comme lors des foires Paris+ Art Basel en octobre ou Design Miami/ en décembre. Une nouvelle occasion pour la plasticienne de faire de sa propre image, désormais emblématique, une œuvre d’art à part entière tout en exploitant les technologies les plus à la pointe pour produire une machine aussi fascinante qu’inquiétante.

 

 

Louis Vuitton x Yayoi Kusama, première partie disponible en boutique. Deuxième partie disponible le 31 mars.