Le 9 novembre 1978 ouvrit à New York, dans TriBeCa, une étrange galerie dans un loft situé 84 West Broadway, appartenant au peintre conceptuel britannique Peter Nadin. En compagnie de Christopher D’Arcangelo (un artiste anarchiste aux performances radicales – il s’était ainsi enchaîné à la porte du Whitney Museum lors de la biennale du musée en 1975), il fonda ce lieu dont la première exposition consista à montrer simplement l’espace, vide et fraîchement repeint. Elle s’intitula 30 Days Work, désignant les trente jours nécessaires pour transformer le loft en galerie.

 

Pour la seconde exposition, Daniel Buren conçut une œuvre mettant en scène son “outil visuel” de bandes colorées, qui demeura en place dans les deux suivantes ; le principe étant que les expositions se succédaient sans que les œuvres précédentes ne soient décrochées – ni vendues d’ailleurs, comme l’imposait la règle de la galerie. “Pas le meilleur modèle qui soit”, avouera Peter Nadin... Les cartons d’invitation pour chaque nouvelle exposition indiquaient : “Les œuvres exposées dans ce lieu sont une réponse aux conditions et/ou aux œuvres montrées précédemment dans ce même espace.” Sean Scully installa sur les bandes de Buren une grande peinture, dans laquelle Jane Reynolds fit ensuite un trou servant d’œilleton qui permettait de voir l’espace où vivait Peter Nadin. Dan Graham, Peter Fend ajoutèrent leurs œuvres dans ce qui ressemble un peu à un cadavre exquis d’inspiration surréaliste. À la mort soudaine de Christopher D’Arcangelo à l’âge de 24 ans, en 1979, Louise Lawler, Lawrence Weiner, Peter Nadin et Dan Graham sérigraphièrent leurs noms sur le sol de la galerie.

 

Daniel Buren s’est assurément souvenu de cette expérience lorsqu’en 1982, en compagnie du commissaire d’exposition Michel Claura et de Sarkis, il investit une église abandonnée de la rue d’Ulm, à Paris. La manifestation, intitulée À Pierre et Marie, une exposition en travaux, eut lieu de 1982 à 1984 et à la trentaine d’œuvres de l’exposition inaugurale vinrent progressivement s’en ajouter d’autres. Des commissaires et artistes plus jeunes poursuivirent cette expérience singulière : Bertrand Lavier, Tony Cragg, Sophie Calle, Ange Leccia, Philippe Cazal, Louise Lawler, Thomas Schütte... “Nous voulions, en opposition à la vision conservatrice des musées, une exposition qui soit faite par les artistes, et qui ne soit pas figée, expliqua Sarkis. Quiconque voudrait changer l’exposition devrait pouvoir le faire. Ce serait par ailleurs une seule exposition, étirée dans le temps, en perpétuel mouvement. Le lieu serait presque un atelier. [...] Nous voulions que l’exposition collective elle-même devienne une création.”