10 Juillet

Plongée dans le bleu d’Yves Klein, au musée Soulages de Rodez

 

C'est un face-à-face des plus grandioses. Le peintre du bleu, du rose, du feu et de l’or, Yves Klein, s’invite au temple de l’outrenoir, le musée Soulages à Rodez. Klein, mort brutalement d’une crise cardiaque à 34 ans, en 1962, seulement deux ans après avoir cofondé le groupe des “Nouveaux Réalistes”, laisse derrière lui une œuvre majeure et puissante, à découvrir jusqu’au 3 novembre.

Par Auguste Schwarcz

Vue de l’exposition “Yves Klein, des cris bleus” au musée Soulages, Rodez, avec trois œuvres de la série “Anthropométries de l’époque bleue” (1960). © Musée Soulages, Rodez/Photo Thierry Estadieu

Le musée Soulages de Rodez, dans le sud de la France, a déjà accueilli nombre de grandes figures tels le groupe japonais Gutai, Le Corbusier, Picasso ou Alexander Calder. Désormais, c’est au tour d’Yves Klein et de son œuvre monochrome, d’investir les cimaises du musée. L’artiste s’est rendu célèbre dès ses premières manifestations artistiques dans les années 1950, notamment avec la célèbre Exposition du Vide du 12 mai 1958 où l’artiste présente une anti-exposition : une galerie désertée par ses œuvres. Cette pratique radicale, non dénuée de poésie, se retrouve dans ses toiles monochromes ; comme chez Pierre Soulages, qui peint avec la même audace des toiles intégralement noires.

Yves Klein, Cosmogonie sans titre (COS 24) (1961), Pigment pur et liant sur papier marouflé sur toile, 105 x 75,5 cm. © Succession Yves Klein / ADAGP Paris, 2019

Yves KLein, Monogold sans titre (MG 45) (1959), Feuilles d’or, 18,5 x 14,2 cm. © Succession Yves Klein / ADAGP Paris, 2019

Même si ses tableaux apparaissent radicalement abstraits, l’humain n’a jamais été autant présent que dans les toiles d’Yves Klein, surtout lorsqu’il trempait les corps de ses modèles de son fameux bleu IKB (International Klein Blue, la teinte de bleu dont l’artiste avait déposé le brevet en 1960) avant que ces derniers ne se jettent sur de larges toiles blanches pour créer ses Anthropométries. Quant à Soulages, si ce n’est pas l’humain, n’est-ce pas le divin, la lumière même, qui irrigue ses larges toiles d’“outrenoir”, cette teinte de noir réfléchissant, si caractéristique de son travail, qui sculpte la lumière ? N’est-ce pas de l’ombre que surgit la lumière ? N’est-ce pas par la lumière qu’on remarque l’ombre ?

 

Située dans une partie dédiée du musée, l’exposition d’Yves Klein rassemble toutes les facettes de son œuvre. On y découvre également ses larges bassins de pigments, ses toiles où la peinture se recouvre d’or, de rose ou de bleu, ses miniatures de statues grecques revêtues de son bleu IKB ou encore ses slendides portrait-reliefs. Si le bleu est symbole du monde aquatique, avec Klein, il devient terrien voire lunaire... Paul Éluard ne disait-il pas : “La terre est bleue comme une orange ?

 

Exposition Yves Klein, des cris bleus, au musée Soulages, Rodez, jusqu’au 3 novembre 2019.

Yves Klein, Relief Planétaire bleu sans titre (RP 004) (1961), Pigment pur et résine synthétique sur polyester et fibre de verre, 54 x 38 x 5,5 cm. © Succession Yves Klein / ADAGP Paris, 2019

Yves Klein, Relief Éponge bleu sans titre (RE 39) (1960), Pigment pur et résine synthétique, éponges naturelles et cailloux sur panneau, 93 x 74 x 5,5 cm. © Succession Yves Klein / ADAGP Paris, 2019

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