01 Février

Rencontre avec Francis Kurkdjian, le nez qui assouplit les frontières entre masculin et féminin

 

Prenant pour point d’inspiration la question du genre dans le champ du parfum, le compositeur imagine deux nouvelles fragrances. Rencontre. 

par Laurence Hovart

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    Numéro : Vous lancez deux nouveaux parfums sous le même nom, Gentle Fluidity. La question du genre est plus que d’actualité…

    Francis Kurkdjian : Cette notion m’intéresse bien évidemment car elle questionne l’époque, et je me sens dans mon époque. Je compose des parfums pour aujourd’hui et parfois pour demain s’ils deviennent des classiques. Donc, oui, ce qui m’entoure socialement m’intéresse. Mais, en grande partie pour une raison industrielle, le parfum n’est pas assez connecté à la société aujourd’hui. Je regrette que ce soit très compliqué d’être en accord avec une forme d’actualité. Et particulièrement en ce moment.

     

     

    Quelle est la genèse de ce projet ?

    Tout a commencé il y a trois ans lorsque la presse américaine m’a demandé ce que représentait pour moi la “gender fluidity” en parfumerie. Spontanément, j’ai cité l’eau de Cologne, première forme olfactive non “genrée”, puis des parfums ambrés comme Ambre Sultan de Serge Lutens, qui va autant aux hommes qu’aux femmes. C’est plus tard que je me suis demandé quel était l’équivalent, dans le parfum, de ce qui constitue l’essence dans la coupe d’un vêtement masculin ou d’un vêtement féminin. Si les femmes s’autorisent à aller chercher leur fragrance côté garçon, les hommes ont du mal à assumer l’identité féminine d’un parfum. À l’exception des pays du Golfe où les hommes portent des fragrances à base de rose ou de jasmin sans complexe, la parfumerie occidentale a gagné l’ensemble du monde et la fleur est devenue LE code du parfum féminin. La plupart des féminins vendus aujourd’hui sont donc floraux, et la proposition sans fleur majeure reste confidentielle, voire anecdotique.

     

    Donc vous apportez une réponse à un manque de proposition qui se situe plus du côté de la parfumerie masculine ?

    Probablement. Si les filles qui ne trouvent pas ce qu’elles veulent dans le vestiaire olfactif féminin vont voir chez les garçons, l’inverse n’existe pas vraiment. Avec Gentle Fluidity, il ne s’agit pas pour moi de créer des parfums unisexes, mais de trouver une formule fluide allant d’un sexe à l’autre. D’ailleurs mes deux nouveautés ne se nomment pas “gender” mais “gentle”.

     

    Comment avez-vous traduit cela ?

    J’ai travaillé mes deux formules en parallèle. J’ai poussé l’exercice de composition jusqu’à obtenir une liste commune de 49 ingrédients, avec parmi eux la baie de genièvre – à la fois ultra froide et épicée –, la noix de muscade – épicée et boisée sec –, la graine de coriandre – un ingrédient intrinsèquement ambigu avec sa note florale légèrement freesia –, des notes musquées poudrées mais pas animales, des bois ambrés – avec un cèdre très net et assez métallique – et un accord vanille qui apporte un souffle sucré. C’est leur agencement et leurs proportions qui font que je suis dans une architecture d’aromatique-boisé pour l’un et d’oriental-musqué pour l’autre.

     

    Comment passez-vous de la proposition argentée plus masculine, à celle, dorée, plus féminine.

    L’or ou l’argent ne sont plus l’apanage de la femme ou de l’homme. Donc cette perception de masculin et de féminin est très personnelle et même culturelle. Avec Gentle Fluidity, je souhaite aller au-delà. Avec les mêmes ingrédients, j’ai fait varier la proportion de matières premières d’une fragrance à l’autre. À la fin, la version dorée est un oriental-musqué dominé par un accord musc-vanille-coriandre “miélé”, alors que la version argent est un aromatique-boisé au fond dominé par une note boisée ambrée traversée de muscade et de genièvre.

     

    Gentle Fluidity, eau de parfum, MAISON FRANCIS KURKDJIAN. 150 euros chaque parfum de 70 ml.

     

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    Numéro : Vous lancez deux nouveaux parfums sous le même nom, Gentle Fluidity. La question du genre est plus que d’actualité…

    Francis Kurkdjian : Cette notion m’intéresse bien évidemment car elle questionne l’époque, et je me sens dans mon époque. Je compose des parfums pour aujourd’hui et parfois pour demain s’ils deviennent des classiques. Donc, oui, ce qui m’entoure socialement m’intéresse. Mais, en grande partie pour une raison industrielle, le parfum n’est pas assez connecté à la société aujourd’hui. Je regrette que ce soit très compliqué d’être en accord avec une forme d’actualité. Et particulièrement en ce moment.

     

     

    Quelle est la genèse de ce projet ?

    Tout a commencé il y a trois ans lorsque la presse américaine m’a demandé ce que représentait pour moi la “gender fluidity” en parfumerie. Spontanément, j’ai cité l’eau de Cologne, première forme olfactive non “genrée”, puis des parfums ambrés comme Ambre Sultan de Serge Lutens, qui va autant aux hommes qu’aux femmes. C’est plus tard que je me suis demandé quel était l’équivalent, dans le parfum, de ce qui constitue l’essence dans la coupe d’un vêtement masculin ou d’un vêtement féminin. Si les femmes s’autorisent à aller chercher leur fragrance côté garçon, les hommes ont du mal à assumer l’identité féminine d’un parfum. À l’exception des pays du Golfe où les hommes portent des fragrances à base de rose ou de jasmin sans complexe, la parfumerie occidentale a gagné l’ensemble du monde et la fleur est devenue LE code du parfum féminin. La plupart des féminins vendus aujourd’hui sont donc floraux, et la proposition sans fleur majeure reste confidentielle, voire anecdotique.

     

    Donc vous apportez une réponse à un manque de proposition qui se situe plus du côté de la parfumerie masculine ?

    Probablement. Si les filles qui ne trouvent pas ce qu’elles veulent dans le vestiaire olfactif féminin vont voir chez les garçons, l’inverse n’existe pas vraiment. Avec Gentle Fluidity, il ne s’agit pas pour moi de créer des parfums unisexes, mais de trouver une formule fluide allant d’un sexe à l’autre. D’ailleurs mes deux nouveautés ne se nomment pas “gender” mais “gentle”.

     

    Comment avez-vous traduit cela ?

    J’ai travaillé mes deux formules en parallèle. J’ai poussé l’exercice de composition jusqu’à obtenir une liste commune de 49 ingrédients, avec parmi eux la baie de genièvre – à la fois ultra froide et épicée –, la noix de muscade – épicée et boisée sec –, la graine de coriandre – un ingrédient intrinsèquement ambigu avec sa note florale légèrement freesia –, des notes musquées poudrées mais pas animales, des bois ambrés – avec un cèdre très net et assez métallique – et un accord vanille qui apporte un souffle sucré. C’est leur agencement et leurs proportions qui font que je suis dans une architecture d’aromatique-boisé pour l’un et d’oriental-musqué pour l’autre.

     

    Comment passez-vous de la proposition argentée plus masculine, à celle, dorée, plus féminine.

    L’or ou l’argent ne sont plus l’apanage de la femme ou de l’homme. Donc cette perception de masculin et de féminin est très personnelle et même culturelle. Avec Gentle Fluidity, je souhaite aller au-delà. Avec les mêmes ingrédients, j’ai fait varier la proportion de matières premières d’une fragrance à l’autre. À la fin, la version dorée est un oriental-musqué dominé par un accord musc-vanille-coriandre “miélé”, alors que la version argent est un aromatique-boisé au fond dominé par une note boisée ambrée traversée de muscade et de genièvre.

     

    Gentle Fluidity, eau de parfum, MAISON FRANCIS KURKDJIAN. 150 euros chaque parfum de 70 ml.

     

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